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gerie s’implantent là où la demande est solvable et où les infrastructures médicales existent déjà», précise-t- elle. Les limites réglementaires et les leviers pour inverser la tendance Un aspect souvent mentionné mais rarement traité en profondeur concerne les obstacles réglemen- taires et institutionnels. En effet, le Maroc n’a pas encore mis en place les mécanismes incitatifs néces- saires pour réorienter l’offre. «Bien que la loi-cadre 06-22 ait posé les bases d’un nouveau modèle de partenariats public-privé, le Maroc ne dispose pas encore d’un dispositif incitatif robuste. Incitations fiscales, garanties publiques, primes d’ins- tallation, logements fonctionnels et accès facilité à la formation continue sont des pistes régulièrement avan- cées. La télémédecine, en pleine expan- sion, est un levier important… Mais sans un cadre plus attractif et mieux structuré, les déserts médicaux risquent de perdurer», affirme Dr Ghanimi. La spécialiste estime que la réforme

domine. Les investissements sani- taires privés ne ciblent pas les régions défavorisées parce qu’elles ne garantissent ni rentabilité ni sécurité de revenus. «Il y a aussi le problème du manque de ressources humaines médi- cales et paramédicales. Ces régions n’offrent pas toujours un cadre de vie agréable… Sans ces ressources humaines, les investissements en infrastructures sanitaires aussi bien publiques que privées n’auraient servi à rien», sou- ligne Belaïche. Il rappelle d’ailleurs l’épisode de l’affectation obligatoire des jeunes médecins quand El Houssein El Ouardi était ministre de la Santé. Une initiative qui s’est heurtée à une résistance massive des praticiens et de leurs familles, obligeant la tutelle à faire marche arrière. Quand la répartition des ressources humaines freine la réforme Abdelmajid Belaïche expose une réalité difficile, où la répartition des ressources humaines conditionne l’efficacité du système, et où l’ab- sence d’un cadre régulateur cohé- rent complique davantage la donne. «La généralisation de l’assurance maladie est de nature à solvabiliser la demande, mais les écarts entre grandes villes et zones rurales ne cessent de se creuser. La privatisation galopante de l’offre, combinée à l’in- suffisance de l’offre publique et aux difficultés d’accès (routes, électricité, communications), n’arrange pas la situation», note-t-il. Malgré l’élan national, le socle demeure profondément déséquili- bré. «L’inexistence d’une carte sani- taire contraignante et de fortes inci- tations ne permettront pas d’amélio- rer la situation. Ces zones resteront malheureusement exclues d’un accès rapide aux soins de proximité», pré- cise-t-il. La lutte contre les déserts médicaux exige une action coordonnée sur plusieurs fronts. La réforme sani- taire progresse, mais son succès dépend de la nécessité de garantir la présence de professionnels de santé là où les besoins sont les plus criants.

Malgré les réformes, le Maroc ne compte que 8 à 9 médecins pour 10.000 habitants, laissant de larges zones rurales et monta- gneuses sans accès rapide aux soins.

nationale de la santé, inscrite dans la dynamique royale, ouvre bien la voie à ces évolutions, mais sans un cadre plus attractif et structuré, le privé ne s’installera pas «là où il faut» . Abdelmajid Belaïche, expert en industrie pharmaceutique et membre de la Société marocaine de l’économie des produits de santé, partage ce constat. Le secteur privé s’installe-t-il réellement là où les besoins sont les plus urgents ? «Non. Malheureusement, le secteur de santé privé s’installe surtout dans les grandes villes (Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger…). Le reste des villes, moyennes ou petites, sont moins dotées en structures sanitaires publiques, et surtout privées. Quant aux zones rurales ou montagneuses, elles constituent encore de véritables déserts médicaux» . Pour lui, la logique économique

La loi-cadre 06-22 a posé les bases d’un nouveau modèle de partenariat public-privé, mais le Maroc ne dispose toujours pas d’un dispositif incitatif robuste.

95 HORS-SÉRIE N°50 / FINANCES NEWS HEBDO

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