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S ECTEUR PRIVÉ DE LA SANTÉ

Ressources humaines Une pénurie inquiétante

L’insuffisance de personnel médical et paramédical s’installe comme un défi central du système de santé marocain. Les besoins dépassent largement les capacités de formation, tandis que la demande en soins augmente.

L

e Maroc souffre d’un déficit avéré en per- sonnel de santé, médecin ou paramé-

dical. Les statistiques récentes le confir- ment : malgré les efforts, le pays est lar- gement en dessous des standards inter- nationaux. Cette carence affaiblit l’accès aux soins, met sous pression les services existants, et pose un risque sérieux à la montée en charge du système de santé. Selon la carte sanitaire publiée en 2024, le Maroc compte 32.665 médecins dans le public et le privé. Dans le détail, les effectifs du secteur public s’élèvent à 15.452 médecins, tandis que le privé regroupe environ 17.213 praticiens. En valeur absolue, ces chiffres semblent significatifs. Rapportés à la population, ils témoignent d’une carence profonde: le ratio national ressort à environ 0,73 médecin pour 1.000 habitants, soit moins de 1 médecin par millier d’habi- tants, un niveau très inférieur aux stan- dards internationaux. Certaines estimations situent la den- sité médicale marocaine entre 7,8 et 7,9 médecins pour 10.000 habitants, confir- mant ce déficit structurel. En 2025, le ministère de la Santé a évalué le besoin supplémentaire en ressources humaines à plus de 96.000 profession- nels, dont 32.000 médecins et 64.000 infirmiers. Pour corriger ce déséquilibre, le pays doit simultanément accroître sa capaci- té de formation, améliorer l’attractivité

des carrières hospitalières et freiner la fuite des compétences vers l’étranger ou vers les secteurs privés les mieux dotés.

Avec une population estimée à 37,7 millions d’habitants en 2023, le Maroc affiche des ratios très inférieurs aux seuils nécessaires pour garantir une couverture sanitaire adéquate. La demande de soins augmente sous l’effet du vieillissement, de la pro- gression des maladies chroniques, de l’urbanisation et de la généralisation de la couverture médicale. L’offre, elle, s’ajuste lentement. Cette inadéquation se traduit par des délais d’attente plus longs, une surcharge des équipes et des disparités territoriales accrues. L’urgence est claire : accélérer la for- mation médicale et paramédicale, ren- forcer la rétention des professionnels, valoriser les spécialités en tension et instaurer un pilotage national de la répartition des effectifs. Il s’agit aussi d’améliorer l’attractivité de l’hôpital public : revalorisation des rémunérations, amélioration des condi- tions de travail, disponibilité des équi- pements, développement de la forma- tion continue. Sans un effort coordonné sur ces différents leviers, la montée en puissance du système de santé (infras- tructures, prestations, couverture médi- cale) restera limitée.

En 2025, le ministère de la Santé a évalué le besoin supplémentaire en ressources humaines à plus de 96.000 professionnels, dont 32.000 médecins et 64.000 infirmiers.

Des disparités territoriales et par spécialité

La répartition géographique des méde- cins reste très inégale : la majorité des praticiens se concentre dans les régions Casablanca-Settat et Rabat-Salé- Kénitra, tandis que plusieurs zones rurales ou périphériques souffrent d’un déficit sanitaire critique. Certaines spécialités sont particulière- ment touchées : anesthésie-réanima- tion, radiologie, soins de bloc opéra- toire, disciplines chirurgicales et spécia- lités lourdes. Ces domaines cumulent faible disponibilité de spécialistes, forte demande et conditions d’exercice exi- geantes. Le secteur paramédical n’est pas épar- gné. Le nombre d’infirmiers polyva- lents dans le public avoisine 18.147, les sages-femmes 6.527, et l’ensemble du corps paramédical public environ 40.102 personnes. Là encore, l’offre est insuffisante pour répondre aux besoins d’un système en expansion.

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 96

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