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CULTURE

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FINANCES NEWS HEBDO MERCREDI 30 SEPTEMBRE 2026

Arts plastiques «Je peins les émotions et j’accompagne les transformations»

lier, est dépositaire d’une mémoire considérable. Elle transmet des gestes, des récits, des valeurs, par- fois sans avoir conscience de tout ce qu’elle préserve. À travers elle, je peins aussi la transmission, la résis- tance, la liberté et la capacité de se réinventer. J’aime la représen- ter comme une présence vivante, jamais comme une figure figée. F. N. H. : Que représente la nature pour vous et comment cette relation se traduit-elle dans votre peinture ? A. R. : La nature est probablement notre première expérience de la profondeur. La mer, par exemple, peut être parfaitement limpide et demeurer insondable. Cette coexis- tence entre ce qui se donne à voir et ce qui nous échappe me fascine. La mer occupe une place particu- lière dans mon travail. Elle m’attire autant qu’elle me donne le ver- tige. Elle représente le mouvement, l’inconnu, la liberté, mais aussi l’impossibilité de tout maîtriser. La lumière, les arbres, les fleurs ou les paysages ne sont donc jamais de simples décors dans mes toiles. Ils deviennent des états intérieurs. Lorsque je peins la nature, je ne cherche pas seulement à la repro- duire. J’essaie de traduire ce qu’elle provoque en moi : l’apaisement, le trouble, l’élan ou parfois la nostal- gie. Le paysage extérieur devient alors un paysage intime. F. N. H. : Quelle place la cou- leur occupe-t-elle dans votre langage artistique et dans la transmission de vos émotions ? A. R. : La couleur est mon premier langage. Elle arrive souvent avant la forme et parfois même avant l’idée. Je ne la choisis pas uniquement pour sa beauté ou pour son harmo- nie : je la choisis pour sa justesse émotionnelle. Une couleur peut réchauffer un sou- venir, créer une distance, faire sur- gir une présence ou introduire un trouble. Elle peut dire la joie sans être légère, ou la mélancolie sans

Dans un univers coloré, Asmaâ Ryad puise dans la mémoire du Maroc, la figure féminine et la nature pour «donner forme à l’invisible». Dirigeante et artiste-peintre, elle fait dialoguer accompagnement et création autour du ressenti. Une démarche illustrée notamment par une œuvre consacrée

au Malhoun, acquise par le Musée de la Poste de Rabat et choisie pour devenir un timbre. Rencontre.

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Vous êtes à la fois dirigeante, coach, consultante et artiste- peintre. Comment ces deux univers, «accompagnement et création», se nourrissent- ils ? Asmaâ Ryad : Je ne les ai jamais vraiment vécus comme deux uni- vers séparés. Dans l’accompagne- ment comme dans la peinture, je m’intéresse à ce qui ne se montre pas immédiatement, à savoir une émotion retenue, une tension, une aspiration, une part de soi qui cherche à émerger. Mon expérience de dirigeante m’a appris à regarder la réalité dans ce qu’elle a de plus concret, notam- ment les décisions, les responsabi- lités, les transformations humaines et organisationnelles. Le coaching m’a appris à écouter autrement, à poser les questions qui permettent à chacun de trouver sa propre réponse. La peinture, elle, me per- met d’exprimer ce qui échappe par- fois aux mots. Dans les deux cas, je ne cherche pas à imposer une direction. J’accompagne une forme qui est déjà là, mais qui demande à appa- raître. Je pourrais résumer ce lien ainsi : je peins les émotions et

j’accompagne les transformations.

représentations convenues; fémi- nine sans être enfermée dans les clichés, contemporaine sans perdre son âme. Je voudrais laisser moins une image précise qu’une sensation de familiarité, comme le souvenir d’un lieu que l’on aurait peut-être aimé avant même de le connaître. F. N. H. : La femme occupe une place considérable dans votre œuvre. Qu’est-ce qui vous inspire dans ses dif- férents visages et dans ce qu’elle représente pour vous ? A. R. : La femme m’inspire précisé- ment parce qu’elle ne peut pas être réduite à un seul visage. Elle peut être douce et déterminée, silen- cieuse et profondément présente, vulnérable et puissante. Ces dimen- sions ne s’opposent pas : elles coexistent. Je ne cherche pas uniquement à peindre sa beauté visible. Je m’inté- resse à ce qui se passe derrière un regard, à ce qu’une posture révèle ou dissimule, à toutes les histoires qu’un visage porte sans les racon- ter. La femme marocaine, en particu-

F. N. H. : À travers vos toiles, quelle vision du Maroc sou- haitez-vous raconter et quelle empreinte souhaitez- vous laisser dans le regard de ceux qui les découvrent ? A. R. : Je ne cherche pas à peindre un Maroc de carte postale. Je sou- haite raconter un Maroc intérieur : celui des présences, des gestes transmis, des maisons anciennes, des étoffes, des visages de femmes, des conversations autour d’une table et de cette lumière si particu- lière qui se pose sur nos paysages. Notre mémoire n’est pas seulement constituée de grands événements. Elle habite aussi des détails très simples : une porte entrouverte, une couleur sur un mur, une sil- houette aperçue dans une médina, la lumière de l’Atlantique ou un objet conservé sans que l’on sache exactement pourquoi. J’aimerais que celui qui regarde mes toiles y reconnaisse quelque chose sans nécessairement l’avoir déjà vu. Une mémoire marocaine sensible et chaleureuse, loin des

Une culture demeure vivante lorsqu’elle accepte d’être regardée autrement et réinter- prétée par chaque génération.

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