Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc
Du 15 janvier 2026 - 8 DH - N° 1221
PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC
Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli
Financement
Ressources hydriques Les pluies reconfigurent la campagne agricole
Pourquoi la dette de marché supplante le crédit bancaire
P. 11
P.16/17
● Amina Benkhadra, Directrice générale de l’ONHYM, détaille la feuille de route d’un sous-sol marocain devenu un véritable
levier de souveraineté énergétique et de transformation économique.
P. 12 à 14
Sahara marocain
Marché de capitaux
Sardines congelées
Quels drivers de croissance pour 2026 ?
2026, une année charnière pour la résolution du conflit ?
Le Maroc parie sur la durabilité de la ressource
Entretien avec Yasmina Asrarguis, géopolitologue
P.37 à 39
P.21
P. 8
Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma
SOMMAIRE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026
4 Voyons voir : Iran, L’ordre par les balles ACTUALITÉ BOURSE & FINANCES
34 L'UNIVERS DES TPME
Editorial
Entretien avec Imad Benallai : Nhancit, «Notre impact se traduit par une meilleure capacité des entreprises à piloter le changement»
Point Bourse Hebdo, Un démarrage solide, sans emballement, pour les actions Entretien avec Rachid El Fakir : Maroc-FMI, Vers une fiscalité capable de combiner efficacité, équité et soutenabilité Marché de capitaux : Quels drivers de croissance pour 2026 ? Bourse de Casablanca, Les repères clés pour bien aborder 2026 Financement, Pourquoi la dette de marché supplante le crédit bancaire
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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication
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POLITIQUE
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Aziz Akhannouch
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Maroc–Algérie : Deux visions du sport, deux méthodes Sahara marocain : 2026, une année charnière pour la résolution du conflit ? Entretien avec Yasmina Asrarguis : Sahara marocain, «2026 pourrait marquer une avancée poli-tique majeure pour le Maroc»
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D Savoir partir
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ans la vie politique marocaine, il est une règle tacite que personne n’ose vraiment inscrire noir sur blanc : lorsqu’on atteint le sommet d’un parti, on s’y installe durablement. On y prend racine et on y façonne les sta- tuts, parfois jusqu’à les modeler à sa propre longévité. Les congrès deviennent des formalités, les mandats des routines et l’alternance interne une promesse toujours repoussée à demain.
ECONOMIE
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Enretien avec Amina Benkhadra : Gaz-Hydrogène- CO2, L’ONHYM redessine la carte énergétique du Maroc Conjoncture : Le Maroc retrouve un horizon économique dégagé Ressources hydriques : Les pluies reconfigurent la campagne agricole Entretien avec Dr Mohamed Benchekroun : Conjoncture économique, «L’environnement macro favorable doit être converti en croissance de l’emploi» Sardines congelées : Le Maroc parie sur la durabilité de la ressource Textile : L’attractivité retrouvée, mais à quel prix industriel ? Entretien avec Khalid Doumou : CAN 2025, «Un véritable multiplicateur d’investissement et un outil de soft power pour le Maroc» Produits halal : 3% du marché mondial à décrocher par les entreprises marocaines Mont Tropic : Un trésor minéral qui teste la relation Maroc–Espagne Entretien avec Faouziya Haissen : Mont Tropic, «La géologie ne connaît pas de frontières, seule la coopération est viable» Villes intermédiaires : Quel rôle dans le développe- ment territorial ?
C’est dans ce paysage politique particulier que la décision d’Aziz Akhannouch de ne pas briguer un troisième mandat à la tête du Rassemblement national des indépendants (RNI) est un geste suffisam- ment rare pour être souligné. Mais au fond, ce retrait pose une question plus large : pourquoi appa- raît-il aujourd’hui comme singulier ? Simplement parce que Akhannouch a choisi de respecter la limitation statutaire à deux mandats. Et s’y tenir. Ce refus de «tripatouiller» les règles internes est un signal. A la classe politique d’abord, sommée implicitement de réfléchir à ses propres pratiques. Aux citoyens ensuite, dont une partie observe la vie partisane avec une distance croissante, parfois teintée de désaffection. Car, il faut bien le dire, l’image de dirigeants qui s’accrochent vaille que vaille à leurs fauteuils est ancrée dans la conscience collective. Dans ce contexte, partir volontairement peut devenir un message aussi puissant que rester. D’autant qu’il s’agit de montrer qu’un parti n’est pas une propriété privée et que l’exercice du pouvoir peut avoir une fin choisie. C’est dire que cette décision de Akhannouch renvoie chaque parti poli- tique marocain à sa propre pratique. Savoir partir sans y être contraint. Préparer la relève sans crise interne. Respecter les textes sans les réé- crire à sa convenance. Offrir aux citoyens une image de responsabilité politique mature. Dans un pays où la confiance partisane reste fragile, ce type de geste, même partiel, peut produire un effet d’entraînement. Ou au moins sus- citer une interrogation salutaire. Oui, la politique peut survivre à ses chefs. Et parfois, il faut savoir partir au bon moment. Reste maintenant l’après-Akhannouch. Qui pour lui succéder ? Qui pour maintenir le RNI dans sa trajectoire actuelle et le porter encore une fois au sommet lors des législatives prévues fin septembre ? Reconnaissons-le : si, en tant que chef de gouvernement, Akhannouch n’aura pas été épargné par la critique tout au long de ses deux mandats, en sa qualité de chef de parti, il aura fait depuis 2016 un travail colossal pour propulser le RNI comme première formation politique du Royaume. En 10 ans, il l’a refaçonné, discipliné et profondément réorganisé. A tel point que le parti est aujourd’hui intimement associé à son architecte. Ce qui rend la succession délicate. Mais, comme le dit le dicton, per- sonne n’est irremplaçable. u
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40 Climat : 2025, l’année où le monde a basculé DEVELOPPEMENT DURABLE
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42 43 HIGH-TECH
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Gaming : 2026, l’année où le cycle change IA : Le Maroc enclenche la phase opérationnelle de «Maroc IA 2030»
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• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk, Désy Mbakou • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal
• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri, Rania Benchaib • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL • Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021
• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com
VOYONS VOIR
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Iran
L’ordre par les balles
une agression extérieure. Et pour achever la mise en scène, la rue progou- vernementale a été mobilisée pour répondre à la rue insurgée, en arborant des banderoles «Mort à Israël, mort à l’Amérique». Deux foules face à face donc. L’une armée de slogans officiels. L’autre de désespoir. Feu de paille ? Le régime iranien a les chocottes. C’est le moins que l’on puisse dire. Il sait que ce soulèvement n’est pas un feu de paille. Il sait qu’il touche toutes les couches sociales, des commerçants aux étudiants, en passant par les classes populaires et une cer- taine élite. Il sait aussi que l’isolement économique, aggravé par le retour des sanctions onusiennes et la guerre éclair avec Israël en 2025, a considérable- ment affaibli le pays et aggravé la crise sociale. D’où cette fuite en avant. Couper Internet pour taire la réalité et mieux travestir les faits. Organiser des contre-manifestations pour prouver que le régime dispose encore d’une base populaire solide. Qualifier les protestataires d’« émeutiers» , de «terro- ristes» et de «criminels». Et placer la crise sous le signe d’une guerre hybride où l’Amérique et Israël sont cités comme adversaires permanents. La dimension internationale ajoute, en effet, à la tension. L’Union européenne préconise de nouvelles sanctions contre les Mollahs. La Chine appelle au calme et s’oppose à toute ingérence étrangère. Le président américain Donald Trump affirme que Téhéran veut «négocier» et qu’une réunion est
«en cours de préparation», tout en évoquant des «options très fortes». En réponse, Ghalibaf promet que l’armée iranienne infligerait à Trump «une leçon inoubliable» en cas d’attaque américaine. Le ministre des Affaires étran- gères, Abbas Araghchi, joue une partition plus diplo- matique, mais tout aussi révélatrice. «La République islamique d’Iran ne cherche pas la guerre, mais est tout à fait préparée pour la guerre» , affirme-t-il, ajoutant que «nous sommes également prêts à des négociations, mais ces négociations doivent être équitables (…) et fondées sur le respect mutuel» . Quant à l’ayatollah Khamenei, il compare Trump aux «tyrans de ce monde» et affirme qu’il «sera renversé». Le président Massoud Pezeshkian, pour sa part, reprend la même ligne. Il appelle à une «marche de résistance» nationale pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des «criminels terroristes urbains» . Là encore, la rue qui manifeste contre la vie chère et l’autoritarisme est requalifiée en bande armée téléguidée de l’étranger. C’est pourquoi, d’ailleurs, les forces de sécurité s’autorisent à tirer à balles réelles sur les manifestants. Voilà donc un régime qui tire sur sa jeunesse pour rester debout. Alors, que reste-t-il d’une République quand elle ne survit plus que par ses forces de sécurité ? Combien de sang faudra-t-il encore pour que ce pouvoir comprenne qu’un peuple qui crie sa faim et sa colère n’est pas un ennemi extérieur ? Trump mettra-t-il fin à cette répression sanglante en Iran ? ◆ oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)
L a République islamique est confrontée depuis le 28 décembre dernier à l’un des soulèvements les plus massifs depuis 1979, nourri par l’hyperinflation, la fatigue d’un peuple sous sanctions et l’usure d’un régime qui semble avoir confondu longévité et droit divin. La réponse ? Une répression d’une rare bruta- lité, maquillée en défense nationale. Les chiffres en témoignent. Au moins 192 manifes- tants tués selon Iran Human Rights, mais probable- ment bien davantage. Malgré Internet coupé depuis plus de cinq jours, des images ont pu fuiter montrant des dizaines de corps dans des sacs noirs. Et pen- dant ce temps, les dirigeants iraniens montent sur scène pour tenter de transformer une crise intérieure en une histoire de résistance. Par D. William
Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a ainsi choisi un vocabulaire guerrier. Devant des milliers de partisans rassemblés à Téhéran, il a déclaré que «l’Iran mène une guerre sur quatre fronts», citant « une guerre économique, psychologique, une guerre militaire contre les Etats- Unis et Israël, et à présent une guerre contre des terroristes». Dans cette phrase, tout est dit. Les manifestants ne sont pas des citoyens en colère, mais des ter- roristes. La contestation n’est pas politique, elle est
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Point Bourse Hebdo Un démarrage solide, sans emballement, pour les actions Evolution de l'indice Masi depuis début janvier 2025
L La nouvelle année boursière a commencé sur un rythme soutenu. L’énergie observée en décembre s’est prolongée sur cette première semaine de janvier, avec un marché clairement orienté à la hausse et des volumes qui confirment une reprise active des positions. e MASI progresse de 1,36% sur la semaine (5 au 9 janvier 2026) pour s’établir à 19.469 points. Les échanges dépassent 3,45 milliards de dirhams, dominés par SGTM (19,29% des volumes), Attijariwafa bank (11,81%) et BCP (10,31%). Un niveau d’activité qui traduit un retour rapide des gérants sur le marché, mais aussi une présence toujours marquée des investisseurs particu- liers. Par Y . Seddik
des métaux précieux. L’argent, en particulier, affiche un début d’an- née spectaculaire. Sur les valeurs, Managem (+13,68% à 7.389 DH), Zellidja (+12,72% à 243,75 DH) et SMI (+11,93% à 4.701 DH) se dis- tinguent nettement. À l’inverse, les dégagements ont concerné Minière Touissit (-6,08%), Promopharm (-5,41%) et Maroc Leasing (-5,22%). Côté actualité, la semaine est restée relativement calme, aussi bien sur le plan macro que microéconomique. Rien d’inhabituel pour une reprise post-fêtes. Les investisseurs savent que les annonces plus consistantes devraient arriver dans les prochaines semaines, au fur et à mesure que les entreprises et les autorités écono- miques sortiront du mode «début d’année». Par ailleurs, il faut dire que le mois de janvier est historiquement favo- rable aux actions, porté par ce que
TOP Performances
FLOP Performances
Minière Touissit Promopharm Maroc Leasing
-6,08%
+13,68% +12,72%
Managem Zellidja SMI
-5,41%
-5,22%
+11,93%
l’on appelle l’«effet janvier». Après le grand ménage opéré en décembre, les opérateurs soumettent leurs convictions pour l’année à venir. Ce remaniement des portefeuilles entraîne mécaniquement de nou- velles prises de position et, parfois, un décalage haussier des cours. Parallèlement, le sentiment de mar- ché reste largement positif. Selon un sondage réalisé par Boursenews auprès de 340 investisseurs, 67% anticipent une poursuite de la hausse, 20% tablent sur une progres- sion plus modérée et sélective, 8% sur une phase de consolidation, et 5% seulement envisagent une baisse
du marché en 2026. Ce baromètre reflète assez fidèlement l’état d’es- prit ambiant. Même chez les analystes, le biais demeure favorable, malgré trois années consécutives de hausse. Le marché reste porté par une com- binaison de facteurs macroéco- nomiques, sectoriels et financiers qui soutiennent l’attrait relatif des actions. Pour autant, l’époque de la dispersion généralisée semble révolue. Les niveaux de valorisa- tion atteints sur certaines poches imposent davantage de discerne- ment. La volatilité, elle, n’a pas dit son dernier mot. ◆
Ces volumes en hausse reflètent une phase de mise en place des stratégies pour 2026. Institutionnels, gérants d’OPCVM et particuliers cherchent déjà à se positionner sur les dossiers jugés attractifs, qu’il s’agisse de valeurs décotées, de secteurs porteurs ou de profils défensifs offrant de la visibilité. Côté secteurs, les Mines signent la meilleure performance de la semaine (+11,38%), portées par la hausse
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Maroc-FMI Vers une fiscalité capable de combiner efficacité, équité et soutenabilité
nomique reste l’épine dorsale de toute politique budgétaire sou- tenable, avec des ressources en amélioration durable. Dans ce contexte, le rapport du FMI sur l’évaluation du système d’administration fiscale ne peut qu’être salué pour mettre l’ac- cent sur l’état d’avancement de la réforme fiscale au Maroc. Les outputs du rapport en matière d’efficacité de la collecte d’im- pôts, de l’élargissement de l’assiette fiscale, la simplifica- tion des procédures de collecte d’impôts et de règlement des différends entre l’administra- tion fiscale et les contribuables ne peuvent que représenter un cadre stratégique pour l’accom- pagnement de la réforme fiscale au Maroc. En effet, ce diagnostic du FMI permet de mesurer objective- ment la performance de l’admi- nistration fiscale et d’identifier les priorités de réforme, de ren- forcer la crédibilité vis-à-vis des investisseurs et des bailleurs de fonds internationaux, d’amélio- rer la prévisibilité des recettes fiscales et d’évaluer l’aligne- ment du Maroc sur les stan- dards internationaux en matière d’administration fiscale. F. N. H. : Le FMI salue la digitalisation, la gestion des risques et l’élargisse- ment de l’assiette fiscale. Selon vous, ces avancées traduisent-elles un réel progrès du civisme fiscal ou un renforcement de la capacité de contrôle de l’État ? R. E. F. : Ces progrès notables sont en ligne avec les dispo- sitions de la loi cadre sur la réforme fiscale au Maroc. L’élargissement de l’assiette fiscale assouplit les contraintes sur les finances publiques, le processus de digitalisation de la procédure fiscale favorise la transparence, la rapidité des recouvrements d’impôts et la collecte d’informations au ser- vice des mécanismes de ges- tion des risques favorisent la prospection et l’estimation fiable des recettes fiscales pour
Sur la base du récent rapport d’évaluation de la performance du Fonds monétaire international (FMI) mettant en avant les réformes réalisées au Maroc en matière d'administration fiscale, Rachid El Fakir, professeur d’économie monétaire, nous explique comment la fiscalité est devenue cette épine dorsale capable d’apporter le flux de financements nécessaires à l’atteinte des objectifs que poursuit le Royaume.
Propos recueillis par Désy M.
Finances News Hebdo : Dans quel contexte éco- nomique et budgétaire s’inscrit cette deuxième évaluation du FMI sur l’ad- ministration fiscale maro- caine, et pourquoi ce type de diagnostic est-il stra- tégique pour le Royaume aujourd’hui ? Rachid El Fakir : Ce rapport intervient dans un contexte marqué principalement par la mise en œuvre du chantier de la réforme fiscale au Maroc, qui a débuté suite à l’appro- bation en 2021 de la loi cadre n° 69-19 portant réforme fis- cale. Les orientations de ladite loi reflètent bien les recom- mandations des assises fis- cales, notamment celle de 2019 visant à redéfinir le système fis- cal et à promouvoir l'équité fis- cale au Maroc. L’efficience de toute finance publique ne peut être atteinte sans une telle équi- té, où tous les contribuables sont égaux devant l’impôt et où la justice fiscale en demeure le gage.
Le rapport du FMI intervient après trois Lois de Finances ayant porté plusieurs actions en matière de réforme graduelle de la TVA, l’IS et l’IR (2023- 2024-2025). Le contexte éco- nomique marocain demeure soumis depuis la pandémie du COVID-19 à plusieurs chocs tant internes qu’externes. Ces chocs se sont reflétés négative- ment sur l’économie marocaine en termes d’atonie de la crois- sance, de déséquilibres budgé- taires, de détérioration du pou- voir d’achat, de creusement du déficit commercial qui continue de pénaliser le compte des tran- sactions courantes ainsi que du niveau alarmant de l’endette- ment public qui en découle. En outre, les finances publiques souffrent de grandes pressions liées aux engagements du Royaume à de grands projets
structurants de son économie. Les chantiers d’infrastructures, les stratégies sectorielles de développement, l’organisation des Coupes d’Afrique et du monde ou encore la générali- sation de la protection sociale sont des investissements for- tement capitalistiques. Ainsi, la recherche des moyens de finan- cement pour honorer ces enga- gements demeure une mission impossible sans une fiscalité capable de combiner efficacité, équité et soutenabilité. Ainsi, améliorer les recettes fis- cales en minimisant la pres- sion et les dépenses fiscales demeure une mission difficile mais possible, en présence d’une discipline budgétaire adossée à un volontarisme éta- tique bien prononcé. Une opti- misation de la collecte d’impôts favorisant l’émancipation éco-
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lé par le diagnostic du FMI, le Maroc est appelé à conforter sa sortie de la zone grise de l’UE et du groupe d’action financière (GAFI) et concrétiser davantage sa volonté pour une réforme fis- cale axée sur l’équité et la pré- servation des droits des contri- buables. L’opérationnalisation de ladite volonté ne peut qu’être saluée par les organismes inter- nationaux et les contribuables. ◆
une bonne programmation bud- gétaire sur le moyen et long terme. Avec les téléprocédures et la disponibilité d’informations personnelles, la relation contri- buable-Administration devient transparente. Cette transpa- rence facilite le calcul et l’adhé- sion à l’impôt pour les contri- buables potentiels, notamment ceux du secteur informel, sur- tout avec la réduction des coûts liés à une telle adhésion favo- risée par la digitalisation des procédures. Avec les systèmes d’analyses de données, l’ad- ministration manipule un outil performant de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale suite à la rapide identification des contribuables potentiels, avec une équité fiscale escomptée. Ainsi, au-delà du renforcement du contrôle fiscal favorisé par ces avancées, la confiance des contribuables en le système fiscal marocain va sans doute s’améliorer, ce qui favoriserait le civisme, loin de toute perception de ce contrôle comme moyen de surveillance qui risque de stimuler la méfiance des agents économiques. F. N. H. : Le rapport pointe la lenteur et la faible uti- lisation des procédures contentieuses fiscales. En quoi cette faiblesse peut- elle affecter la sécurité juridique des entreprises, la confiance des contri- buables et l’attractivité économique du Maroc ? R. E. F. : L’avenir incertain nuit à toute activité économique. L’esprit entrepreneurial se déve- loppe rapidement avec la certi- tude et la confiance en la justice. La prise de décision en matière d’investissement craint toute insécurité juridique prolongée sur l’issue de tout litige. Avec les faiblesses des procédures contentieuses en matière fiscale au Maroc révélées par le rap- port du FMI, la perception d’une justice fiscale lente ou ineffi- cace peut miner la confiance des contribuables en l’équité du système juridique marocain. Les
La prise de décision en matière d’investissement craint toute insécurité juridique prolongée sur l’issue de tout litige.
investisseurs, tant marocains qu’étrangers, accordent plus d’importance à la prévisibilité et la rapidité de règlement des dif- férends. Le capital craint l’incer-
titude et les risques, et recherche les environnements les plus fiables et les plus certains en matière d’affaires et de justice fiscale. Avec ce biais fiscal révé-
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Plusieurs secteurs devraient conti- nuer de jouer un rôle moteur. Le BTP apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires du cycle en cours, soutenu par les projets d’infrastructures liés aux grands événements sportifs, mais aussi par le programme de reconstruc- tion des régions touchées par le séisme d’Al Haouz, doté d’un bud- get de 120 milliards de dirhams sur cinq ans. La poursuite de la reprise du secteur immobilier, portée par le programme d’aide au logement prévu sur la période 2024-2028, renforce également la visibilité du secteur. À ces relais traditionnels s’ajoutent les investissements liés à la transi- tion énergétique. Les projets dans les énergies renouvelables, l’hy- drogène vert, le dessalement de l’eau de mer et les infrastructures associées devraient continuer de soutenir l’activité dans l’électricité, l’ingénierie et la construction. Par ailleurs, l’intégration progressive des technologies numériques et de l’intelligence artificielle consti- tue un levier de croissance pour les entreprises de l’IT et des services informatiques, à travers des gains de productivité et une demande accrue en solutions technolo- giques. Marché actions : continuité, mais sélectivité Dans ce cadre, le marché actions devrait poursuivre sa dynamique, dans la continuité de la tendance enclenchée depuis 2023. Après une année 2025 marquée par une forte progression de la masse bénéfi- ciaire, 2026 bénéficierait d’un effet de continuité, soutenu notamment par le retour à une dynamique normalisée des résultats de Maroc Telecom et par la bonne tenue des secteurs bancaire et du BTP. Toutefois, le contexte de valorisa- tions élevées et la hausse obser- vée de la volatilité appellent à une plus grande sélectivité. Le mar- ché devrait rester porté par des fondamentaux solides, mais avec des écarts de performance plus marqués entre les valeurs. Dans cette perspective, la possible réin- tégration du Maroc au sein de l’in- dice MSCI Emerging Markets, à la faveur de l’amélioration de la liqui-
2026 s’annonce comme une année de continuité pour les marchés de capitaux marocains.
Marché de capitaux Quels drivers de croissance pour 2026 ?
institutionnels vers des horizons d’investissement plus longs. L Après trois années de hausse soutenue, le marché de capitaux marocains aborde 2026 dans une configuration globalement plus favorable, malgré un environnement international encore marqué par des tensions géopolitiques et commerciales persistantes. Par Y. Seddik Cette dynamique devrait s’inscrire dans un contexte de besoins de financement soutenus, liés à la poursuite des grands chantiers d’infrastructures, à la transition énergétique et aux programmes de reconstruction et de logement. Croissance économique et visibilité sectorielle
e principal moteur de cette confi- guration reste d’ordre macroéco- nomique et monétaire. L’inflation, attendue autour de 1% en 2026, devrait rester largement contenue, offrant à Bank Al-Maghrib une marge de manœuvre confortable pour maintenir une orientation accommodante de sa politique monétaire. Après les ajustements opérés en 2024 et 2025, le taux directeur devrait évoluer dans une zone favorable à la croissance, contribuant à la détente des taux courts et à une meilleure visibilité sur les conditions de financement. Cette orientation constitue un pivot central pour l’ensemble des mar- chés de capitaux. Elle soutient les arbitrages en faveur des actifs ris- qués, allège le coût du finance- ment pour les entreprises et le Trésor, et favorise un repositionne- ment progressif des investisseurs
Marché obligataire : un environnement plus porteur Dans ce contexte, le marché obli- gataire devrait bénéficier d’une amélioration graduelle de ses fon- damentaux. La détente attendue des taux souverains, combinée au retour du Maroc à son statut «Investment Grade», devrait contri- buer à réduire le coût de finance- ment extérieur et à élargir la base des investisseurs, aussi bien sur le marché domestique qu’à l’inter- national. Pour le Trésor comme pour les émetteurs privés, 2026 pourrait ainsi offrir des conditions plus favorables en matière d’émissions, avec des possibilités accrues d’allongement des maturités et de diversification des instruments.
Sur le plan macroéconomique, l’économie nationale devrait conserver une trajectoire solide, bien qu’à un rythme légèrement plus modéré qu’en 2025. Après une croissance estimée autour de 5% en 2025, le PIB devrait pro- gresser d’environ 4,5% en 2026. Cette évolution serait portée à la fois par une amélioration atten- due de la campagne agricole, à la faveur de précipitations plus favorables, et par la résilience des activités non agricoles.
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ché actions; arbitrage, enfin, entre rendement et risque dans un envi- ronnement international encore incertain. Si la volatilité reste un paramètre à surveiller, la combinai- son d’une inflation maîtrisée, d’une politique monétaire accommo- dante et de fondamentaux écono- miques solides continue de plaider en faveur d’un rôle accru des mar- chés de capitaux dans le finance- ment de la croissance en 2026. ◆
dité, constituerait un catalyseur supplémentaire pour les flux étran- gers, sans pour autant remettre en cause la nécessité d’une approche prudente et discriminante. Financement de l’économie : montée en puissance des marchés Au-delà des performances de mar- ché, 2026 pourrait marquer une nouvelle étape dans le rôle des mar- chés de capitaux dans le finance- ment de l’économie. Introductions en Bourse, augmentations de capi- tal et recours accru aux émissions obligataires devraient accompa- gner les besoins croissants des entreprises, dans un contexte où les marchés viennent de plus en plus compléter le financement bancaire traditionnel. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de diversi- fication des sources de finance- ment, favorisé par un cadre régle- mentaire plus mature, une base
Le recours marqué de l’État aux financements innovants, notamment via les OPCI, constitue un paramètre de liquidité à suivre.
d’investisseurs élargie et un regain d’intérêt des particuliers pour les instruments de marché. 2026 : une année d’arbitrages En définitive, 2026 s’annonce comme une année de continui-
té pour les marchés de capitaux marocains, mais sous le signe de l’arbitrage et de la sélectivité. Arbitrage entre actions et obliga- tions, dans un contexte de taux plus favorables; arbitrage entre visibilité et valorisation sur le mar-
EN BREF HPS
BKGR relève son objectif de cours à 705 DH et maintient l’achat B MCE Capital Global Research (BKGR) maintient sa recom- mandation à l’achat sur HPS et relève son objectif de cours à 705 DH, contre 686 DH auparavant. Cette révision fait ressortir un potentiel de hausse de +21,6% par rapport au cours de 580 DH observé le 6 jan- vier 2026, dans un contexte marqué par un rattrapage opérationnel au troisième trimestre et une visibilité accrue sur les exercices à venir. Le premier semestre 2025 a été mar- qué par un décalage comptable lié à l’intégration de la filiale irlandaise CR2, pesant temporairement sur la lecture des performances. Malgré ce contexte, HPS a respecté sa tra- jectoire de rattrapage au troisième trimestre, avec des réalisations conformes aux guidances annon- cées. Les produits d’exploitation du T3 ressortent à 358 MDH, en hausse de +21,4% en glissement annuel, confirmant la solidité du modèle opé- rationnel. BKGR anticipe une poursuite de cette dynamique au quatrième trimestre, portée par la reconnais- sance des revenus issus des grands projets On-Premise et par la montée en charge progressive des contrats SaaS, permettant au groupe d’at- teindre ses objectifs annuels.
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026
Bourse de Casablanca Les repères clés pour bien aborder 2026 Après une année 2025 exceptionnellement dynamique, la Bourse de Casablanca entame 2026 sur des bases solides, mais dans un environnement où les marges d’erreur se réduisent. Valorisation, niveaux techniques, taux d’intérêt et perspectives macroéconomiques constituent autant de paramètres à intégrer dès les premières semaines de l’année.
taux et le rythme des adjudications du Trésor resteront des indicateurs suivis, tant pour leur impact sur le coût du financement que pour leur influence sur les flux entre classes d’actifs. Sur un autre volet, le recours marqué de l’État aux financements innovants, notam- ment via les OPCI, constitue un paramètre de liquidité à suivre. En 2025, ces opérations ont entraîné une réallocation de flux de la part des investisseurs institutionnels, au détriment des OPCVM, contribuant ponctuellement à des tensions sur les marchés actions et obligataire. Près de 35 milliards de dirhams avaient été budgétés au titre des financements innovants en 2025, contre 20 milliards de dirhams pré- vus en 2026. L’évolution du rythme de ces opérations restera un repère important pour apprécier la liquidité du marché des capitaux. Autres dossiers à suivre Enfin, plusieurs dossiers demeurent présents en toile de fond du mar- ché. • MSCI Emerging Markets La possibilité d’une intégration du marché marocain au sein de l’indice MSCI Emerging Markets, non actée lors de la dernière revue de juin, reste suivie par les investisseurs. L’amélioration progressive de la liquidité et de la structure du mar- ché continue d’alimenter ce dos- sier, même s’il ne constitue pas un catalyseur de court terme. • Introductions en Bourse La dynamique des IPO observée ces derniers mois devrait se pour- suivre. Elle contribue à élargir l’offre de titres, à diversifier les opportuni- tés d’investissement et à soutenir l’animation du marché, notamment auprès des investisseurs particu- liers. • Marché à terme L’opérationnalisation progressive du marché à terme, avec un premier produit sur actions (Future sur le MASI.20), constitue une évolution structurante. À mesure que ces ins- truments seront adoptés, ils pour- raient renforcer les outils de cou- verture et, à terme, améliorer la pro- fondeur et la liquidité du marché. ◆
Par Y. Seddik
Entre normalisation des valorisations, détente des taux et enjeux de liquidité, la Bourse de Casablanca aborde 2026 dans un environnement plus exigeant et plus sélectif.
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out d’abord, le niveau de valori- sation du marché s’est nettement amélioré en 2025. Le PER global est passé de 35,3x en 2024 à 22,9x en 2025e, sous l’effet de la forte pro- gression de la masse bénéficiaire des sociétés cotées, avant de bais- ser à 21,04x en 2026e. Cette évolution s’explique princi- palement par un rattrapage des résultats, après une année 2024 marquée par plusieurs éléments exceptionnels. En comparai- son internationale, la Bourse de Casablanca demeure plus valorisée que les marchés frontières et émer- gents, tout en restant légèrement en retrait par rapport aux grands indices développés. Pour 2026 donc, le marché devrait continuer d’afficher un niveau de valorisation intéressant (inférieur à sa moyenne sur 5 ans). Les publications annuelles, atten- dues au plus tard fin mars, devraient confirmer une année 2025 de fran- chissement de cap. Selon les esti- mations de BMCE Capital Global Research, le bénéfice net part du groupe (RNPG) agrégé du marché
atteindrait 41,2 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 30,8% par rapport à 2024. Pour 2026, les projections tablent sur une pour- suite de la croissance à un rythme plus normatif. Le RNPG agrégé est attendu à 44,4 milliards de dirhams, en progression de 7,7%, tandis que le chiffre d’affaires atteindrait 323,9 milliards de dirhams (+8,2%) et le résultat d’exploitation 91,3 milliards de dirhams (+8,3%). Selon BKGR, cette trajectoire bénéficiaire se traduirait par une détente graduelle des multiples, le PER agrégé étant attendu autour de 21,3x en 2025, puis 19,8x en 2026, toutes choses égales par ailleurs. Sur le plan monétaire, le contexte demeure favorable. Bank Al-Maghrib dispose encore d’une marge de manœuvre pour pour- suivre l’assouplissement de sa poli- tique monétaire. Dans un environ- nement d’inflation maîtrisée autour de 1% en 2026, une poursuite de la détente des taux reste envisagée, avec une première cible du taux directeur autour de 2% en 2026, selon les observateurs.
Taux et actions : écart resserré L’environnement de taux constitue un autre repère important en ce début d’année. Après le pic observé en 2022-2023, les rendements sou- verains se sont progressivement stabilisés, tout en restant à des niveaux significatifs sur les maturi- tés longues. Le taux des bons du Trésor à 10 ans évolue ainsi autour de 3%, après avoir dépassé 4% en 2022. Dans le même temps, le rendement du dividende du marché actions s’est contracté sous l’effet de la forte hausse des cours enregistrée en 2025. Il ressort autour de 2,9% en 2025e, contre des niveaux supé- rieurs à 3,5% sur la période 2016- 2019. Pour 2026p, le Dividend yield du marché est attendu autour de 3% contre un BDT à 2,8%. Ce rapprochement entre le rende- ment du dividende et le taux sans risque illustre un arbitrage moins marqué entre actions et obligations qu’au cours des dernières années. Le marché obligataire conserve, dans ce contexte, son rôle de baro- mètre. L’évolution de la courbe des
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Financement Pourquoi la dette de marché supplante le crédit bancaire L Placements privés, obligations ordinaires, dette subordonnée, obligations remboursables en actions : en 2025, le marché de la dette a connu une accélération sans précédent. Face à une dette bancaire devenue moins compétitive et parfois plus contraignante, les grandes entreprises privilégient désormais les financements de marché. Par Y. Seddik Même les établissements finan- ciers ont massivement utilisé cet outil, à l’image de CDG Capital, CIH Bank, Crédit Agricole du Maroc ou BCP, souvent à travers des émissions subordonnées ou per- pétuelles assimilables à des quasi- fonds propres. ’
du Trésor à 52 semaines augmenté de 200 points de base. Autrement dit, une grande banque marocaine se finance elle-même à un coût inférieur à celui auquel elle prête à de nombreuses entreprises. Parallèlement, la dette privée offre des avantages opérationnels déterminants. Un placement privé peut être structuré et exécuté en quelques semaines, sans les lour- deurs des comités de crédit, des sûretés multiples et des clauses restrictives propres au financement bancaire. Les maturités sont adap- tées aux projets, les taux peuvent être fixes ou révisables, et les structures -subordonnées, perpé- tuelles, convertibles- sont négo- ciées sur-mesure. Pour des groupes engagés dans des programmes industriels lourds ou des opérations de croissance externe, cette réactivité est deve- nue stratégique. Akdital, CMGP, Phosboucraa ou Alliances ont tous pu sécuriser rapidement des ressources longues pour finan- cer leurs plans d’expansion, sans immobiliser leurs lignes bancaires. Une demande institutionnelle en pleine expansion Ce basculement est aussi alimen- té par l’appétit des investisseurs institutionnels. Caisses de retraite, compagnies d’assurances, OPCVM obligataires, banques recherchent activement des actifs offrant un rendement supérieur aux Bons du Trésor, dans un contexte de détente monétaire et de normali- sation de l’inflation. La dette pri- vée répond parfaitement à cette demande. Elle offre des primes de risque substantielles, une duration attractive et, dans de nombreux cas, des signatures quasi publiques ou de grands groupes notés, ce qui en fait un actif de portage privilégié. À fin novembre 2025, l’ensemble des financements levés sur le marché atteint 106,6 milliards de dirhams. La dette obligataire repré- sente 40,3 milliards, les titres de créance négociables 61,7 milliards, tandis que l’equity reste marginal à moins de 5 milliards. La dette concentre désormais plus de 95% des flux. Le crédit à l'équipement, lui, progresse de 3,9% pour 141,7 milliards de DH d'encours. ◆
année 2025 marque une rupture claire dans la structure du finance- ment des entreprises marocaines. En l’espace de quelques semaines, plus de 6,6 milliards de dirhams ont été levés sur le marché obli- gataire par des entreprises et des banques, hors opérations de titrisa- tion fin 2025. Phosboucraa, Akdital, CIH Bank, RCI Finance Maroc, CMGP Group, Alliances ou encore les Eaux Minérales d’Oulmès ont tous eu recours au marché obli- gataire et aux financements désin- termédiés pour financer leur crois- sance organique ou des opérations d’acquisition Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique bien plus large. Selon les données consolidées de l’Auto- rité marocaine du marché des capi- taux (AMMC), les émissions obli- gataires cumulées atteignent 40,3 milliards de dirhams à fin novembre
2025, contre 12,48 milliards à la même période de 2024 (+223%). La progression est spectaculaire. Plus significatif encore, les émis- sions réalisées par placement privé représentent à elles seules 31,7 milliards de dirhams, soit plus des trois quarts du marché obligataire. Entre mai et fin octobre 2025, l’AMMC a visé plus de vingt opé- rations obligataires réalisées exclu- sivement par placement privé, pour un volume cumulé dépassant 21 milliards de dirhams. La diversité des émetteurs montre la profon- deur du mouvement : infrastruc- tures publiques, télécommuni- cations, distribution, industrie, finance, immobilier et santé. Des groupes comme Maroc Telecom, Autoroutes du Maroc, ONEE, ONDA, Label’Vie, Jet Contractors, Auto Nejma ou Akdital ont tous fait appel au marché.
Coût, rapidité et souplesse font la différence Le facteur clé du basculement est le coût relatif de la dette. Les données de Bank Al-Maghrib montrent que les taux débiteurs bancaires sont restés relativement rigides en 2025, malgré la baisse du taux direc- teur. Le taux moyen global avoisine 4,85% au troisième trimestre, avec des crédits à l’équipement autour de 4,5%, des crédits immobiliers au-delà de 5% et des crédits de trésorerie proches de 4,7%. Dans le même temps, les entre- prises peuvent aujourd’hui se financer sur le marché obligataire en s’adossant aux taux des Bons du Trésor, proches de 2,3%, majo- rés d’une prime de risque généra- lement comprise entre 150 et 250 points de base. Le coût final se situe donc souvent autour de 4% à 4,5%, parfois en dessous du crédit bancaire, mais avec des maturités plus longues, moins de garanties et une flexibilité nettement supé- rieure. L’opération de la BCP en est une illustration parfaite. La banque a émis fin décembre une dette subor- donnée perpétuelle à un taux de 4,31%, indexé sur le taux des Bons
Avec la montée en puissance de la dette privée, le crédit bancaire n’est plus l’unique outil de référence pour les grandes entreprises marocaines.
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ECONOMIE
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Gaz-Hydrogène-CO2 L’ONHYM redessine la carte énergétique du Maroc
partage d’expérience en matière de terminaux, de services aux opérateurs et de modèles écono- miques des hubs d’énergie. F. N. H. : La filiale midstream de l’ONHYM, OMCo, a récem- ment renforcé sa stratégie de gestion des risques, mar- quant une montée en puis- sance dans le transport et le stockage d’énergie. Quels actifs stratégiques OMCo va-t-elle gérer et comment garanti A. B. : OMCo a pour mission d'as- surer la gestion, l’exploitation et la sécurisation des infrastructures gazières qui lui sont confiées. À ce titre, OMCo assure actuelle- ment la gestion du gazoduc GME, infrastructure stratégique pour le système gazier national. À moyen et long termes, dans le cadre des orientations arrêtées par les auto- rités compétentes et sous réserve de la confirmation de son posi- tionnement en tant que gestion- naire du réseau de transport gazier (GRT) national, OMCo est appelée à assurer la gestion et l’exploi- tation des nouvelles infrastruc- tures midstream, notamment les ouvrages de transport et de transit liés aux futurs projets gaziers struc- turants du Royaume, en cohérence avec la feuille de route du gaz. Parallèlement, OMCo est déjà engagée dans la mise en œuvre de projets opérationnels en cours, visant à renforcer l’interconnexion du gazoduc GME avec les prin- cipaux pôles de consommation et de production électrique. Ces projets comprennent l’appui tech- nique à la connexion des cen- trales de l’ONEE, notamment les nouvelles centrales d’Al Wahda et de Tahaddart, ainsi que le déve- loppement d’une nouvelle bretelle de connexion de la centrale de Tahaddart, d’une longueur d’envi- ron 14 km. Ces projets contribuent directement à la sécurisation de l’approvisionnement gazier et à l’optimisation de l’utilisation des infrastructures existantes. La pérennité financière et opéra- tionnelle de ces actifs repose sur plusieurs leviers structurants. Sur le plan opérationnel, OMCo, cer- tifiée ISO 9001 et ISO 45001, met
Stockage stratégique du gaz, préparation de l’hydrogène et du captage du CO 2 , montée en puissance du midstream et attractivité internationale accrue, l’ONHYM élargit son champ d’action bien au-delà de l’exploration classique. Amina Benkhadra, Directrice générale de l’ONHYM, dévoile la feuille de route d’un sous-sol marocain appelé à devenir un pilier de souveraineté, de résilience et de décarbonation. Entretien.
Propos recueillis par Désy M.
Finances News Hebdo : En septembre 2025, l’ONHYM a lancé une étude nationale pour évaluer le potentiel de stockage géologique des res- sources énergétiques (gaz, hydrogène, CO2). Quelle est la finalité stratégique de cette étude et quels scé- narios l’Office privilégie-t-il pour sécuriser ou diversifier le mix énergétique national ? Amina Benkhadra : Cette étude, que nous avons lancée en sep- tembre 2025, s’inscrit dans une ambition de sécurisation de l’appro- visionnement énergétique du Maroc pour le gaz naturel bien sûr, mais aussi, à terme, pour l’hydrogène et pour le CO 2 dans des schémas de captage et stockage. Concrètement, l’étude doit car- tographier les formations géolo- giques susceptibles d’accueillir du stockage de façon sûre et durable, modéliser plusieurs sites pilotes et proposer une feuille de route d’investissements : quels volumes peuvent être stockés, à quels coûts, dans quels délais et avec quels par- tenariats. Dans nos scénarios, nous privilégions d’abord un stockage stratégique de gaz articulé avec
trois grands projets : la reconver- sion et l’optimisation du GME, le Gazoduc africain atlantique (AAGP) et le terminal GNL de Nador. Cela permet d’atténuer les chocs de prix et de sécuriser l’alimentation des centrales électriques et de l’indus- trie. À moyen terme, nous voulons aller vers des hubs de stockage multiproduits où l’on pourra, dans le même écosystème, stocker du gaz, préparer le stockage d’hydro- gène et envisager des solutions de séquestration du CO2 dans le cadre de projets de décarbonation industrielle. F. N. H. : Début octobre 2025, l’ONHYM a signé deux proto- coles de coopération tech- nique et scientifique avec des entités des Émirats comme Fujairah, dans le domaine des ressources minières et des sciences de la Terre. Quels sont les objectifs visés de ces accords à court ou moyen terme ? A. B. : Les deux protocoles
signés début octobre 2025 avec la Fujairah Natural Resources Corporation (FNRC) et la Fujairah Oil Industry Zone (FOIZ) ont un objectif très clair : accélérer la montée en gamme du Maroc sur les minéraux stratégiques et les hubs énergétiques, en s’adossant à un partenaire qui est déjà un acteur mondial du stockage et de la logistique d’hydrocarbures. Du côté FNRC, la priorité est de renforcer la coopération scienti- fique et technique en géosciences: échanges de données géolo- giques, missions croisées d’ex- perts, programmes conjoints de cartographie, de géophysique et de géochimie sur les minéraux cri- tiques. À court terme, cela se traduira par des formations et des projets pilotes; à moyen terme, par des co- investissements dans des projets miniers ciblés. Avec FOIZ, la discussion se situe davantage sur le terrain des zones industrielles énergétiques et du stockage. Nous travaillons sur le
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