BOURSE & FINANCES
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026
Financement Pourquoi la dette de marché supplante le crédit bancaire L Placements privés, obligations ordinaires, dette subordonnée, obligations remboursables en actions : en 2025, le marché de la dette a connu une accélération sans précédent. Face à une dette bancaire devenue moins compétitive et parfois plus contraignante, les grandes entreprises privilégient désormais les financements de marché. Par Y. Seddik Même les établissements finan- ciers ont massivement utilisé cet outil, à l’image de CDG Capital, CIH Bank, Crédit Agricole du Maroc ou BCP, souvent à travers des émissions subordonnées ou per- pétuelles assimilables à des quasi- fonds propres. ’
du Trésor à 52 semaines augmenté de 200 points de base. Autrement dit, une grande banque marocaine se finance elle-même à un coût inférieur à celui auquel elle prête à de nombreuses entreprises. Parallèlement, la dette privée offre des avantages opérationnels déterminants. Un placement privé peut être structuré et exécuté en quelques semaines, sans les lour- deurs des comités de crédit, des sûretés multiples et des clauses restrictives propres au financement bancaire. Les maturités sont adap- tées aux projets, les taux peuvent être fixes ou révisables, et les structures -subordonnées, perpé- tuelles, convertibles- sont négo- ciées sur-mesure. Pour des groupes engagés dans des programmes industriels lourds ou des opérations de croissance externe, cette réactivité est deve- nue stratégique. Akdital, CMGP, Phosboucraa ou Alliances ont tous pu sécuriser rapidement des ressources longues pour finan- cer leurs plans d’expansion, sans immobiliser leurs lignes bancaires. Une demande institutionnelle en pleine expansion Ce basculement est aussi alimen- té par l’appétit des investisseurs institutionnels. Caisses de retraite, compagnies d’assurances, OPCVM obligataires, banques recherchent activement des actifs offrant un rendement supérieur aux Bons du Trésor, dans un contexte de détente monétaire et de normali- sation de l’inflation. La dette pri- vée répond parfaitement à cette demande. Elle offre des primes de risque substantielles, une duration attractive et, dans de nombreux cas, des signatures quasi publiques ou de grands groupes notés, ce qui en fait un actif de portage privilégié. À fin novembre 2025, l’ensemble des financements levés sur le marché atteint 106,6 milliards de dirhams. La dette obligataire repré- sente 40,3 milliards, les titres de créance négociables 61,7 milliards, tandis que l’equity reste marginal à moins de 5 milliards. La dette concentre désormais plus de 95% des flux. Le crédit à l'équipement, lui, progresse de 3,9% pour 141,7 milliards de DH d'encours. ◆
année 2025 marque une rupture claire dans la structure du finance- ment des entreprises marocaines. En l’espace de quelques semaines, plus de 6,6 milliards de dirhams ont été levés sur le marché obli- gataire par des entreprises et des banques, hors opérations de titrisa- tion fin 2025. Phosboucraa, Akdital, CIH Bank, RCI Finance Maroc, CMGP Group, Alliances ou encore les Eaux Minérales d’Oulmès ont tous eu recours au marché obli- gataire et aux financements désin- termédiés pour financer leur crois- sance organique ou des opérations d’acquisition Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique bien plus large. Selon les données consolidées de l’Auto- rité marocaine du marché des capi- taux (AMMC), les émissions obli- gataires cumulées atteignent 40,3 milliards de dirhams à fin novembre
2025, contre 12,48 milliards à la même période de 2024 (+223%). La progression est spectaculaire. Plus significatif encore, les émis- sions réalisées par placement privé représentent à elles seules 31,7 milliards de dirhams, soit plus des trois quarts du marché obligataire. Entre mai et fin octobre 2025, l’AMMC a visé plus de vingt opé- rations obligataires réalisées exclu- sivement par placement privé, pour un volume cumulé dépassant 21 milliards de dirhams. La diversité des émetteurs montre la profon- deur du mouvement : infrastruc- tures publiques, télécommuni- cations, distribution, industrie, finance, immobilier et santé. Des groupes comme Maroc Telecom, Autoroutes du Maroc, ONEE, ONDA, Label’Vie, Jet Contractors, Auto Nejma ou Akdital ont tous fait appel au marché.
Coût, rapidité et souplesse font la différence Le facteur clé du basculement est le coût relatif de la dette. Les données de Bank Al-Maghrib montrent que les taux débiteurs bancaires sont restés relativement rigides en 2025, malgré la baisse du taux direc- teur. Le taux moyen global avoisine 4,85% au troisième trimestre, avec des crédits à l’équipement autour de 4,5%, des crédits immobiliers au-delà de 5% et des crédits de trésorerie proches de 4,7%. Dans le même temps, les entre- prises peuvent aujourd’hui se financer sur le marché obligataire en s’adossant aux taux des Bons du Trésor, proches de 2,3%, majo- rés d’une prime de risque généra- lement comprise entre 150 et 250 points de base. Le coût final se situe donc souvent autour de 4% à 4,5%, parfois en dessous du crédit bancaire, mais avec des maturités plus longues, moins de garanties et une flexibilité nettement supé- rieure. L’opération de la BCP en est une illustration parfaite. La banque a émis fin décembre une dette subor- donnée perpétuelle à un taux de 4,31%, indexé sur le taux des Bons
Avec la montée en puissance de la dette privée, le crédit bancaire n’est plus l’unique outil de référence pour les grandes entreprises marocaines.
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