ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026
souligne le professeur. Même si les précipitations ont davantage bénéficié au nord et au couloir atlantique, elles ont suffi à relancer une campagne agricole démarrée dans l’incertitude.
Des effets économiques étendus
Arrivées tardivement, ces pluies ont permis de redresser une saison compromise. Les sols ont retrouvé une humidité favorable, les semis d’automne ont pu être menés à bien et les emblavures céréalières ont repris. Début janvier, plus de 4 millions d’hectares avaient été labourés et près de 3,5 millions d’hectares emblavés en céréales. Le maraîchage d’hiver s’est enga- gé sur une dynamique jugée très positive, renforçant les perspec- tives d’offre sur les marchés dans les mois à venir. Mais l’enjeu dépasse largement la production agricole. «Environ 38% de l’emploi total du pays et jusqu’à 74% de l’emploi en milieu rural dépendent de l’agriculture» , rappelle Oussama Ritahi. Bien que sa contribution moyenne au PIB national avoisine 13%, le secteur joue un rôle de stabilisateur éco- nomique et social majeur. Son effet d’entraînement sur le reste de l’économie est significatif. En effet, chaque Dirham supplémentaire de demande agricole génère environ 1,4 dirham de production totale, tandis que son multiplicateur en aval atteint 1,7 à 1,8, alimentant directement l’industrie agroalimen- taire, le commerce et les services. Cette dépendance structurelle explique pourquoi les aléas cli- matiques continuent de dicter le rythme de la croissance. «En 2022, année de sécheresse historique, la production céréalière a chuté de 67%, entraînant une quasi-sta- gnation de l’économie» , rappelle le professeur. Parallèlement, les aléas clima- tiques imposent des coûts bud- gétaires additionnels. En cas de sécheresse sévère, l’État déploie des programmes d’urgence pour soutenir le monde agricole, comme l’aide à l’irrigation d’appoint, la distribution d’orge subvention- née pour le bétail, l’indemnisation via l’assurance multirisque cli-
Selon les projections, le retour de pluies favorables pourrait soutenir une croissance du PIB agricole de 4,5%.
Ressources hydriques Les pluies reconfigurent la campagne agricole Après sept années de sécheresse quasi continue, les pluies abondantes de l’hiver 2025-2026 ont rompu un cycle éprouvant pour l’agriculture marocaine. Cet épisode climatique exceptionnel révèle surtout la place stratégique du secteur agricole dans l’économie nationale et sa vulnérabilité persistante face aux aléas du climat. Par Désy. M.
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endant plusieurs semaines, la pluie est tombée presque sans discontinuer sur une large partie du territoire. Un événement devenu suffisamment rare pour être perçu comme une rupture. Selon le ministre de l'Equipement et de l'Eau, Nizar Baraka, le Maroc a enregistré, sur la période allant du 1er septembre au 12 janvier, des précipitations de 108 mm, soit un excédent de 95% par rap- port à l'année précédente et de 17,6% par rapport à la moyenne habituelle. Cette situation a eu un impact favorable sur les ressources hydriques : le taux de remplissage des barrages est passé de 28% à la même période l’an dernier à 46% actuellement, représentant un volume de 7,7 milliards de mètres cubes. Dans le même temps, les
apports en eau enregistrés entre le 1er septembre 2025 et le 12 janvier 2026 ont atteint 3,5 milliards de m³, dont 3,1 milliards de m³ au cours du seul dernier mois. Cette séquence a mis fin à un stress hydrique prolongé et ravivé l’espoir d’une campagne agricole plus clémente. D’ailleurs, Baraka fait savoir que ces indicateurs per- mettent d'affirmer que le Maroc a dépassé le stade de la sécheresse, sachant qu'une année sèche est celle où le taux de précipitations est inférieur de plus de 20% à la moyenne, alors qu'un excédent positif a été enregistré cette année. Pour le professeur d’écono- mie à l’université Hassan II de Casablanca, Oussama Ritahi, cet épisode marque un tournant clima- tique. «Depuis le début du mois de
décembre 2025, le Maroc a connu des pluies presque quotidiennes qui ont brisé un cycle alarmant de sept années de sécheresse histo- rique. Ces précipitations hivernales abondantes revêtent un caractère exceptionnel, rappelant les hivers très arrosés des années 1960- 1970. Elles ont permis d’atténuer significativement les conditions de sécheresse extrême et d’ouvrir la voie à des perspectives plus favo- rables pour le secteur agricole», explique-t-il. L’impact hydrique est immédiat. «En quelques semaines, environ un milliard de mètres cubes d’eau se sont déversés dans les barrages, soit près de 60% des besoins annuels en eau potable du pays. C’est un apport salva- teur pour les nappes phréatiques, les écosystèmes et l’agriculture»,
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