ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026
Conjoncture économique «L’environnement macro favorable doit être converti en croissance de l’emploi»
de 7%, pour répondre efficace- ment au défi du chômage, notam- ment celui des jeunes. Or, le pays traverse actuellement une phase d’hyper investissement, largement tirée par le BTP et les grands projets d’infrastructures. Pour que cet effort se traduise par une croissance durable et inclusive, il est indispensable que le secteur privé suive et prenne le relais. Dans ce contexte, tant que l’infla- tion restera contenue, un assou- plissement progressif de la poli- tique monétaire en 2026 apparaît non seulement possible, mais souhaitable. Il permettrait de réduire le coût du crédit, de sti- muler l’investissement privé et de renforcer la transmission de la politique monétaire vers l’écono- mie réelle, en cohérence avec les orientations des grandes institu- tions financières internationales, dont la Banque mondiale. L’enjeu central réside donc moins dans le niveau du taux directeur que dans sa capacité à déclen- cher un cycle vertueux d’investis- sement, d’emploi et de création de valeur, condition indispen- sable pour changer durablement d’échelle de croissance. F. N. H. : Le Comité de coordination et de surveil- lance des risques systé- miques (CCSRS) a validé une nouvelle feuille de route pour consolider la stabilité financière nationale. Quels sont les principaux enjeux pour le système financier marocain et quels risques pourraient peser sur cette stabilité dans les années à venir ? Dr M. B. : La nouvelle feuille de route validée par le CCSRS inter- vient dans un contexte où le sys- tème financier marocain demeure globalement solide, mais exposé à des défis croissants. Le sec- teur bancaire reste bien capita- lisé, avec un ratio de solvabilité supérieur à 15%, au-dessus des exigences réglementaires, et un taux de créances en souffrance autour de 8,5%, concentré princi- palement sur les PME et certains secteurs cycliques comme le BTP et le tourisme.
Portée par une inflation maîtrisée de 1,3% en 2026 et des investissements fructueux, l’économie marocaine affiche des perspectives favorables. Mais pour que la croissance, attendue autour de 4,5% en 2026, profite réellement à tous, elle doit devenir équitable et créatrice d’emplois. Entretien avec Mohamed Benchekroun, économiste et professeur universitaire.
Propos recueillis par Ibtissam Z.
Finances News Hebdo : Bank Al-Maghrib prévoit une crois- sance de 5% pour 2025 et une inflation de 0,8%. Comment analysez-vous la situation économique actuelle du Maroc et quelles sont vos prévisions pour 2026 ? Dr Mohamed Benchekroun : La croissance prévue pour 2025 s’ex- plique par une accélération sou- tenue des secteurs non agricoles, notamment l’industrie, les services et l’investissement, mais aussi par une pluviométrie favorable qui a permis à l’agriculture de produire des résultats positifs après plu- sieurs campagnes difficiles. Cette performance agricole, bien que bienvenue, rappelle toutefois une réalité structurelle. En effet, l’écono- mie marocaine demeure encore for- tement dépendante des conditions climatiques, ce qui souligne l’impor- tance de poursuivre les efforts de diversification. La maîtrise de l’inflation, projetée à 0,8%, est le fruit d’une politique monétaire à la fois intelligente et pragmatique, ayant su fixer un taux directeur permettant de contenir les pressions inflationnistes sans péna- liser la dynamique de croissance.
Elle reflète également une gestion rigoureuse des équilibres macroé- conomiques dans un contexte inter- national marqué par l’incertitude. Cette stabilité des prix traduit par ailleurs une forme de souveraine- té économique, l’État ayant joué un rôle central dans la régulation des prix des produits de première nécessité. Et ce, en évitant que les mécanismes du libre marché ne conduisent à une dérégulation excessive, au détriment du pouvoir d’achat des ménages. À l’horizon 2026, les perspectives demeurent globalement positives, avec une croissance appelée à se consolider sur un rythme légè- rement plus modéré mais plus durable. L’enjeu principal consis- tera à transformer cette dynamique conjoncturelle en croissance struc- turelle, moins vulnérable aux aléas climatiques et davantage créatrice d’emplois et de valeur ajoutée.
F. N. H. : La Banque centrale a maintenu son taux directeur à 2,25% pour la troisième fois consécutive, laissant la possibilité d’un assouplisse- ment en 2026. Quelle marge de manœuvre réelle reste à Bank Al-Maghrib et quels impacts cela pourrait-il avoir sur le crédit, l’investissement et l’économie réelle ? Dr M. B. : Le maintien du taux directeur à 2,25% traduit une approche prudente mais straté- gique de Bank Al-Maghrib. BAM conserve une marge de manœuvre réelle, d’autant plus que l’inflation demeure maîtrisée. Cette posture vise à accompagner la croissance sans compromettre la stabilité macroéconomique. Au-delà de la conjoncture, le Maroc fait face à un impératif structurel; il doit booster signifi- cativement sa croissance, autour
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