ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026
limite l’impact sur les revenus réels des ménages. Le Vietnam, quant à lui, com- bine une croissance encore plus robuste, près de 7% et au-dessus des 8% selon cer- taines prévisions, avec un taux de chômage relativement faible, souvent sous les 3%, attestant d’une forte absorption du marché du travail et d’une intégration rapide des jeunes dans l’économie. Cela a été possible grâce à une stratégie d’industrialisation orientée vers l’export, une forte attractivité des IDE et le développement des chaînes de valeur manu- facturières. À l’inverse, la Turquie illustre actuellement les risques d’un déséquilibre entre croissance et stabilité des prix : une inflation très élevée a fortement dété- rioré le pouvoir d’achat et freiné l’investissement privé, créant un environnement moins pro- pice à une croissance soutenue de l’emploi. Pour le Maroc, l’enseignement de ces expériences est sans équivoque. Une croissance modérée mais stable des prix peut effectivement soutenir la création d’emplois si elle est accompagnée de politiques actives en faveur de l’emploi formel, des secteurs intensifs en main-d’œuvre et de la mon- tée en compétences des travail- leurs. Dans le cas marocain où le taux de chômage reste élevé, en particulier chez les jeunes, il ne suffit pas d’avoir de bons agrégats macroéconomiques; il faut que la croissance soit plus inclusive et capable de générer des opportunités d’emploi de qualité. Autrement dit, l’environnement macro favorable (croissance + inflation faible) doit être converti en croissance de l’emploi par des réformes structurelles, l’ac- célération de l’investissement privé productif, ainsi que par une meilleure adéquation entre formation et besoins du mar- ché du travail si l’on veut que le Maroc rejoigne les perfor- mances observées dans des économies comparables. ◆
Le Maroc traverse actuellement une phase d’hyper investissement, largement portée par le BTP et les grands projets d’infrastructures.
à 1,8% du PIB en 2025 et d’une réduction progressive du déficit budgétaire vers 3% du PIB à l’ho- rizon 2026-2028 traduisent globa- lement une trajectoire macroéco- nomique soutenable pour l’éco- nomie marocaine. Elles reflètent un retour graduel aux équilibres, après plusieurs années marquées par des chocs successifs, à savoir pandémie, sécheresse, inflation importée et tensions internatio- nales. Sur le plan extérieur, la maîtrise du déficit courant s’explique par la bonne performance des exportations, notamment dans l’automobile, les phosphates et l’aéronautique, mais aussi par la résilience des transferts des MRE, qui dépassent régulière- ment 100 milliards de dirhams par an, ainsi que par des recettes touristiques record. Cette confi- guration permet de préserver un niveau confortable de réserves de change, équivalant à plus de cinq mois d’importations, renforçant la stabilité financière externe. Sur le plan budgétaire, la tra- jectoire vers un déficit de 3% du PIB traduit une volonté claire de normalisation des finances publiques, tout en maintenant un effort d’investissement élevé. Le défi consiste à concilier cette discipline budgétaire avec une phase d’hyper investissement public, notamment dans les infrastructures, l’énergie, l’eau et
les grands projets structurants, sans alourdir excessivement la dette publique, qui demeure autour de 70% du PIB. Les princi- paux défis restent toutefois struc- turels. Il s’agit d’abord de renfor- cer la croissance potentielle, afin que l’assainissement budgétaire ne se fasse pas au détriment de l’emploi et de la cohésion sociale. Ensuite, la réduction de la dépen- dance climatique, l’élargissement de l’assiette fiscale, l’améliora- tion de l’efficacité de la dépense publique et une plus forte implica- tion du secteur privé dans l’inves- tissement productif seront déter- minants. En résumé, les chiffres traduisent une trajectoire crédible et maî- trisée, mais sa soutenabilité à moyen terme dépendra de la capacité du Maroc à transformer cette stabilité macroéconomique en croissance plus élevée, plus inclusive et moins vulnérable aux chocs externes. F. N. H. : Avec une crois- sance attendue à 4,5% en moyenne et une inflation autour de 1,3% en 2026, comment le Maroc peut-il tirer parti de cette conjonc- ture pour renforcer l’inves- tissement, l’emploi et la résilience face aux incerti- tudes économiques et géo- politiques mondiales ? Dr M. B. : Une croissance
attendue autour de 4,5% en 2026 conjuguée à une inflation maîtrisée autour de 1,3% offre au Maroc une conjoncture très favorable pour stimuler le mar- ché du travail, l’investissement et la résilience économique. Cette combinaison équilibre dynamisme et stabilité des prix, un profil qui a permis à plusieurs économies émergentes de tra- duire leur expansion en créa- tions d’emplois importantes. Par exemple, en Indonésie, un pays de taille et de structure démographique proches de certaines grandes économies africaines, la croissance avoi- sinant 5% s’est accompagnée d’une forte création d’emplois. En effet, au cours de l’année 2025, le nombre de personnes employées a augmenté d’envi- ron 1,9 million, avec une baisse du chômage vers 4,85% du total de la population active. Ce dynamisme s’explique en partie par l’expansion dans l’agricul- ture, les services et l’hospita- lité; mais une grande partie des postes créés reste informelle et à faible productivité, ce qui
L’économie marocaine demeure fortement dépendante des conditions climatiques, ce qui souligne l’importance de poursuivre les efforts de diversification.
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