ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026
dans les compétences indus- trielles, et sécuriser un cadre incitatif pour attirer d’autres acteurs de l’amont, pas seule- ment des champions isolés. Changer de paradigme Il devient donc impératif de repenser la politique industrielle appliquée aujourd’hui. L’AMITH appelle à réorienter les incita- tions qui demeurent encore trop centrées sur l’investissement matériel, la capacité de pro- duction et le volume d’emplois. C’est utile, mais ce n’est pas stratégique. Ce qui manque clairement, ce sont des leviers ciblés sur la création de valeur, notamment l’innovation produit et process, la R&D appliquée, la formation qualifiante et continue, et l’inté- gration amont/aval. Sur le terrain, les entreprises notamment les PME, le res- sentent très distinctement. «Investir dans une machine est relativement encouragé, inves- tir dans des compétences, des ingénieurs, des techniciens qualifiés ou des projets d’inno- vation l’est beaucoup moins», précise El Ansari. À la croisée des chemins, le textile marocain dispose d’une opportunité de passer d’une politique d’attractivité à une politique de souverai- neté industrielle, ce qui exige plus de sélectivité, plus d’exi- gence, et une vision de long terme. «Attirer des investisseurs est une étape. Construire une industrie souveraine, innovante et compétitive est le vrai chan- tier», résume Anass El Ansari . ◆
Selon le président de l'AMITH : «La souveraineté industrielle commence là où la chaîne d’approvisionnement commence, pas à l’export du produit fini».
est même officiellement identifié comme un secteur stratégique, notamment dans une logique de relocalisation régionale. Progrès que l’AMITH recon- naît. «Les leviers actuels ont rempli une partie de leur mis- sion : ils ont permis d’attirer des investissements et de préserver l’emploi» , souligne El Ansari. En revanche, nuance-t-il, si le Maroc veut réellement réduire sa dépendance, «il doit ces- ser de voir ces investissements comme des solutions miracles, et conditionner les grands IDE à des engagements de sour- cing local, investir massivement
Des projets utiles, mais insuffisants
mence, pas à l’export du pro- duit fini» , renchérit-il. Par ailleurs, sans sous-trai- tance locale, sans co-traitance, sans montée en compétence des acteurs nationaux, ces pro- jets resteront des plateformes industrielles performantes… mais déconnectées du tissu productif marocain. Pourtant, les pouvoirs publics multiplient les signaux positifs, notamment à travers la nou- velle Charte de l’investisse- ment, les incitations fiscales, le soutien à la modernisation, le discours assumé sur la montée en gamme industrielle. Le textile
Concernant la dépendance aux intrants importés, Anass El Ansari reste lucide : «elle ne sera pas réglée par un ou deux projets, aussi intégrés soient-ils». Des investissements comme Euwens Textiles vont clairement dans le bon sens. Ils introduisent une logique d’inté- gration industrielle plus avan- cée, qui manque historique- ment au Maroc, mais ils ne suf- firont pas, à eux seuls, à corri- ger une dépendance construite sur plusieurs décennies. « Un projet isolé reste un îlot indus- triel; il faut une multiplication d’investissements similaires, cohérents, complémentaires, capables de créer un véritable amont textile national», explique El Ansari. De plus, «si les matières pre- mières, les intrants chimiques, les consommables techniques et même certaines compé- tences clés sont importés, la valeur ajoutée locale restera partielle. La souveraineté indus- trielle commence là où la chaîne d’approvisionnement com-
Les attentes de l’AMITH
«Ce que nous attendons et nous exigeons de ce type d’investissement, c’est : • de l’emploi industriel durable, pas précaire; • du transfert de savoir-faire, pas uniquement des lignes d’assemblage; • de l’intégration locale réelle, notamment avec les PME marocaines;
• et une contribution claire à la reconstruction d’un amont textile national, aujourd’hui insuffisant. Et pour garantir une souveraineté industrielle, trois points doivent être repensés dans la politique industrielle du textile : • conditionner une partie des aides à des engagements clairs en matière de formation, de transfert de compétences et de sourcing local; • soutenir réellement les projets de montée en gamme, même quand ils sont moins intensifs en main-d’œuvre mais plus riches en valeur ajoutée; • connecter beaucoup plus fortement l’industrie aux centres de formation et de recherche; • et différencier les dispositifs selon les segments : basique, technique, textile fonctionnel, textile durable».
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