FNH N° 1221

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026

anticiper les mutations énergé- tiques mondiales, à sécuriser ses intérêts maritimes sur le long terme et à s’imposer comme un acteur crédible dans la gouvernance des ressources sous-marines. «Avoir des réserves potentielles en éléments critiques est capital» , souligne Faouziya Haissen. «Mais leur valorisation passe aussi par la coopération, le transfert de tech- nologies et une vision partagée des enjeux géostratégiques et environ- nementaux» , précise-t-elle. Sous les eaux de l’Atlantique, le Mont Tropic ne livre pas seulement une promesse minérale. Il impose une question stratégique centrale : comment transformer une richesse lointaine et disputée en un levier de stabilité, de coopération et de pro- jection industrielle. Pour le Maroc comme pour l’Espagne, la réponse se jouera moins dans l’urgence que dans la capacité à penser à long terme. ◆

Cette temporalité longue modifie profondément la nature du débat. Le Mont Tropic n’est pas un dos- sier d’exploitation immédiate, mais un dossier de projection stra- tégique. Il pose la question des réserves futures, du positionne- ment industriel, du transfert de technologies et de la maîtrise des chaînes de valeur liées à la transi- tion énergétique. Un chevauchement juridique qui appelle le compromis Sur le plan du droit de la mer, le Mont Tropic se situe dans une zone sensible. Le Maroc a adopté en 2020 les lois 37.17 et 38.17 pour définir et étendre son pla- teau continental, conformément à la Convention de Montego Bay. L’Espagne, de son côté, a déposé dès 2014 une demande d’exten- sion pour les îles Canaries auprès de la Commission des limites du plateau continental de l’ONU. Cette configuration crée un che- vauchement potentiel. Pour Faouziya Haissen, la lecture scien- tifique ne conduit ni à la confron- tation ni au déni. «Le Maroc a le droit de revendiquer l’extension de son plateau continental en rai- son de l’importance de sa façade atlantique. Mais la position géo- graphique des Canaries crée une

situation particulière qui ne peut être réglée que dans un climat clair de dialogue et de bon voisinage» , explique-t-elle. Le droit international lui-même ouvre cette voie. L’article 83.3 de la Convention de Montego Bay encourage les États concernés à conclure des arrangements provi- soires, notamment sous la forme de zones de développement conjoint, dans l’attente d’un accord définitif. Loin d’être une option théorique, la coopération bilatérale apparaît aujourd’hui comme la seule solu- tion durable. «Une coopération maroco-espagnole sur l’explor a- tion future du Mont Tropic est la seule option réaliste et viable pour les deux pays» , affirme la cher- cheuse. Les précédents existent. Depuis plus d’une décennie, des équipes hispano-marocaines tra- vaillent sur les structures géolo- giques des Provinces sahariennes, en collaboration étroite avec l’Of- fice national des hydrocarbures et des mines (ONHYM). Ces travaux ont débouché sur des publications scientifiques majeures et sur une meilleure visibilité internationale de la géologie marocaine. Dans un contexte de rapproche- ment diplomatique entre Rabat et Madrid depuis 2022, renforcé en 2025, le Mont Tropic pourrait deve-

Tellure, cobalt, nickel, vanadium, terres rares : les croûtes du Mont Tropic concentrent des éléments devenus essentiels aux batteries de véhicules électriques.

nir un terrain d’expérimentation d’une coopération élargie : scien- tifique, technologique, environne- mentale et, à terme, industrielle. Du point de vue scientifique, cette coopération n’apparaît plus comme une option parmi d’autres, mais comme la seule voie réaliste pour aborder durablement le dos- sier du Mont Tropic. Un enjeu stratégique plus large que le seul gisement Réduire le Mont Tropic à un simple réservoir de métaux serait une erreur d’analyse. Ce dossier touche à des enjeux bien plus vastes : la capacité du Maroc à

L'ESSENTIEL

Villes sans bidonvilles

Plus de 382.000 familles bénéficiaires à fin 2025

Les faits

Dénomination : Mont Tropic (Tropic Seamount) Nature géologique : paléovolcan sous-marin (province volcanique saha- rienne occidentale) Âge : ~119 millions d’années (Crétacé) Localisation : océan Atlantique, ~400 km au large de Dakhla ; au sud des îles Canaries Profondeur du sommet : ~970 m sous la surface Hauteur totale : ~3 200 m depuis le plancher océanique Dimensions : ~42 km de long ; ~37 km de large ; ~120 km² de plateau sommital Métaux identifiés : tellure, cobalt, nickel, vanadium, terres rares (REY), manganèse Potentiel en tellure : estimations allant jusqu’à ~2 600–2 700 t (ordre de grandeur, dépendant des zones échantillonnées) Couverture minéralisée : ~35 % du plateau sommital Exploration scientifique : campagnes depuis les années 1990 (équipes européennes et brésiliennes) Exploitation : non industrielle à ce stade ; horizon technologique estimé 10–30 ans Statut juridique : zone de chevauchement potentiel des revendications d’extension du plateau continental (Maroc / Espagne) Cadre de résolution : droit de la mer (Convention de Montego Bay), coopération ou zone de développement conjoint recommandée

Q uelque 382.176 familles ont bénéficié du programme national «Villes sans bidon- villes» au 31 décembre 2025, selon le secrétaire d’État chargé de l’Habitat, Adib Benbrahim. En réponse à une question orale à la Chambre des représentants, il a indiqué que 62 villes et centres urbains sont désormais débarrassés de l’habitat insalubre. Le responsable gouvernemental a souligné que l’Exécutif a adopté, durant le mandat actuel, une nouvelle approche reposant sur une logique de recasement plutôt que de simple relogement. Dans le cadre du programme quinquennal 2024-2028, les données de 120.000 ménages ont été actualisées dans l’ensemble des villes marocaines, avec une implication accrue du secteur privé afin de proposer des logements à moins de 300.000 dirhams. La contribution financière des bénéficiaires peut, dans certains cas, ne pas dépasser 100.000 dirhams. Le programme devrait être achevé fin 2027 ou début 2028, avec des mécanismes de suivi destinés à prévenir toute réapparition des bidonvilles. Par ailleurs, Benbrahim a attribué la hausse des prix immobiliers à une demande soutenue face à une offre limitée, notamment dans les grandes villes. Une étude est en cours pour proposer une formule de location résidentielle à des prix inférieurs d’environ 20% à ceux du marché. ◆

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