FNH N° 1221

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026

Mont Tropic «La géologie ne connaît pas de frontières, seule la coopération est viable»

Miguel Oliver et Hespérides. Ces premières expéditions ont mis en évidence la présence de plu- sieurs montagnes sous-marines au nord et au sud des îles Canaries, dont le Mont Tropic, le plus éloigné vers le sud. Cependant, dans la presse, on évoque principalement l’expédition britannique RRS James Cook (JC142), menée dans le cadre du Marine E-Tech Project. C’est lors de cette expédition que le Mont Tropic a été étudié par des méthodes géophysiques et qu’un échantillonnage ciblé des croûtes ferromanganésiennes a été réalisé afin de procéder à la caractérisation lithologique de ces dépôts marins. Les échantillons prélevés ont ensuite été étudiés par des équipes de géologues britanniques, espa- gnoles, italiennes et brésiliennes (Marino et al., 2018, 2019, 2023 ; Yeo et al., 2018, 2019; Josso et al., 2019, 2021). Ces études approfon- dies portaient sur la composition lithologique, géochimique et les datations de ces croûtes ferroman- ganésiennes. Ces travaux fournissent des esti- mations de teneurs très élevées en éléments stratégiques tels que le tellure et le cobalt, ainsi que d’autres éléments comme le néo- dyme, le titane ou le nickel. Il faut toutefois souligner que les estima- tions avancées indiquent que le Mont Tropic constitue une excel- lente cible d’exploration pour ces éléments critiques. La détermination des teneurs réelles de ces éléments néces- sitera davantage d’études géo- logiques et un échantillonnage couvrant l’ensemble des surfaces portant des croûtes ferromanga- nésiennes. Néanmoins, les estima- tions actuelles indiquent clairement que le Mont Tropic constitue un excellent objectif d’exploration pour ces éléments critiques. F. N. H. : Quels sont les prin- cipaux défis techniques pour une éventuelle exploitation de ces ressources ? F. H. : Les croûtes ferromanga- nésiennes ne sont pas exploitées actuellement en tant que res- sources économiques. Quelques contrats d’exploration ont été auto- risés par l’Autorité internationale

Volcan sous-marin ancien, riche en métaux critiques indispensables à la transition énergétique mondiale, le Mont Tropic est aujourd’hui au cœur de débats scientifiques, économiques et diplomatiques entre le Maroc et l’Espagne. Pour Finances News Hebdo, la professeure Faouziya Haissen* livre une lecture rigoureuse, fondée sur la géologie, loin des raccourcis politiques, et plaide pour une approche basée sur la coopération scientifique et le respect du droit international.

Propos recueillis par R. Mouhcine

Finances News Hebdo : D’un point de vue purement géologique, quel est le lien entre le Mont Tropic et les îles Canaries ? Est-il plus proche géologiquement des Canaries ou du plateau conti- nental marocain ? Faouziya Haissen : Le Mont Tropic fait partie d’une grande pro- vince volcanique appelée Western Saharan Seamount Province (WSSP). Il est situé au sud des îles Canaries, en face de la ville marocaine de Dakhla, à environ 400 kilomètres de la marge passive africaine. D’un point de vue géomorpholo- gique, ce paléovolcan présente une forme en diamant ou en étoile. Il est situé à environ 1.000 mètres sous le niveau de la mer, avec une

hauteur d’environ 3.200 mètres, une largeur de 37 kilomètres et une longueur de 42 kilomètres. Géologiquement, le Mont Tropic est un volcan d’âge crétacé, daté à environ 119 millions d’années, ce qui en fait le plus ancien par rapport aux autres montagnes sous-marines voisines. Il est le résultat d’une activité magmatique ayant débuté au Crétacé et qui s’est poursuivie jusqu’au Néogène, dont on retrouve les traces depuis les îles Canaries jusqu’au Sahara marocain, en passant par l’Anti- Atlas, le Moyen Atlas, le Rif et le sud de la péninsule Ibérique. La géologie ne connaît pas de fron- tières étatiques. Les événements géologiques qui ont donné nais- sance aux îles Canaries ont égale- ment affecté le Maroc. En réalité, la réponse à cette question est que les îles Canaries elles-mêmes sont géologiquement proches du Maroc.

F. N. H. : Les croûtes fer- romanganésiennes Fe-Mn du Mont Tropic sont riches en tellure, cobalt, nickel et vana- dium. Selon les études les plus récentes, dispose-t-on d’estimations actualisées des réserves ? Ont-elles évolué depuis les découvertes bri- tanniques de 2016-2017 ? F. H. : Les croûtes ferromangané- siennes sont des dépôts minéraux marins qui s’accumulent sur des substrats rocheux par précipitation de métaux dissous dans l’eau de mer et par accrétion de colloïdes métalliques, comme l’ont décrit Hein et Koschinsky (2014). Ces croûtes Fe-Mn ont été étudiées pour la première fois lors de l’expé- dition allemande SONNE SO83 dans les années 1990, puis entre 2010 et 2013 lors de l’expédition RV Miguel Oliver DRACO0511, qui faisait partie des croisières océanographiques menées par les navires espagnols

Tellure, cobalt, nickel, vanadium, terres rares : les croûtes du Mont Tropic concentrent des éléments devenus essentiels aux batteries de véhicules électriques.

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