ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026
à la transition énergétique - une demande qui dépassera l’offre dans un futur proche, comme l’indiquait déjà la Commission européenne en 2017 -, ces ressources repré- sentent effectivement un enjeu stratégique majeur pour le Maroc. F. N. H. : Une coopération bilatérale entre le Maroc et l’Espagne vous paraît-elle réaliste à moyen terme ? F. H. : Une coopération bilatérale sur l’exploitation future du Mont Tropic est, selon moi, la seule solution réaliste et viable pour les deux pays. Nous disposons d’un excellent historique de coopération scientifique, dont l’un des meilleurs exemples reste l’ensemble des avancées géologiques majeures réalisées dans le Sahara marocain depuis 2010 par des équipes hispa- no-marocaines. Il s’agirait d’une coopération scien- tifique, mais également géostra- tégique, menée en toute transpa- rence entre les deux pays. F. N. H. : La création d’une zone de développement conjoint serait-elle une solu- tion viable pour le Mont Tropic ? F. H. : L’article 83.3 de la Convention de Montego Bay constitue la seule solution viable pour une exploi- tation future du Mont Tropic. Le Maroc dispose de droits légitimes sur l’extension de son plateau continental, conférés par le droit
tellique que nous avons datées et caractérisées sur les plans litho- logique et géochimique (Montero et al., 2016). Cela constitue un exemple clair montrant que l’his- toire géologique des îles Canaries et celle du Maroc, depuis les Provinces sahariennes jusqu’au Rif, est une histoire commune qui doit être abordée comme telle. Cette situation crée un contexte particulier, qui ne pourrait être traité que dans un climat clair de dia- logue, de coopération stratégique et de bon voisinage entre les deux pays. F. N. H. : Existe-t-il actuel- lement des projets de recherche sur le Mont Tropic impliquant le Maroc ? F. H. : À ma connaissance, les seules équipes travaillant actuel- lement sur la géologie du Mont Tropic sont britanniques, espa- gnoles, italiennes et brésiliennes. Malheureusement, il n’existe pas, à ce stade, d’équipes conjointes his- pano-marocaines spécifiquement dédiées au Mont Tropic. F. N. H. : Dans le contexte de la transition énergétique mondiale, ces ressources représentent-elles un enjeu stratégique majeur pour le Maroc ? F. H. : Compte tenu de la demande croissante en éléments critiques indispensables aux technologies à faibles émissions de carbone et
international, mais la proximité du Mont Tropic avec les îles Canaries pourrait devenir une source de dis- corde. Pour cette raison, la meilleure solu- tion «gagnant-gagnant» reste un accord bilatéral entre les deux pays voisins. Une coopération scientifique, mais également géostratégique, menée en toute transparence entre les deux pays, constitue le seul moyen et le seul langage possible pour traiter le dossier du Mont Tropic. F. N. H. : Quels bénéfices économiques potentiels le Maroc pourrait-il tirer d’une telle coopération ? F. H. : Le Maroc occupe déjà une position notable sur le plan géolo- gique et minier. Toutefois, à l’image des grandes nations minières, il doit mobiliser tous les moyens néces- saires pour sécuriser des réserves futures en éléments critiques. Disposer de réserves potentielles d’une telle importance est capital. Une coopération autour du Mont Tropic pourrait être bénéfique pour les deux pays sur les plans éco- nomique, scientifique, géostraté- gique et environnemental, tout en
contribuant à renforcer des liens durables de coopération et de bon voisinage. Pour cette raison, la meilleure solution inclut la création d’une zone de développement conjoint. L’Espagne a beaucoup à gagner de la vision marocaine pour le déve- loppement de la façade atlantique. Une collaboration étroite avec le Maroc pourrait conférer aux îles Canaries un rôle clé dans ces pro- jets et une visibilité accrue, renfor- çant ainsi leur position géostraté- gique. F. N. H. : Le rapprochement diplomatique entre Rabat et Madrid peut-il faciliter un compromis sur ce dossier ? F. H. : Le rapprochement diploma- tique croissant entre l’Espagne et le Maroc, notamment à travers le sou- tien au plan d’autonomie marocain, devrait aboutir à des résolutions concrètes, telles que la reconnais- sance des droits du Maroc à révi- ser et à asseoir ses limites territo- riales, à gérer son espace aérien au-dessus des provinces du Sud, et à instaurer un climat durable de confiance mutuelle entre les deux pays voisins. ◆ * Faouziya Haissen est professeure-cher- cheuse en pétrologie, géochimie et géochro- nologie à la Faculté des sciences Ben M’sik - Université Hassan II de Casablanca. Elle est impliquée depuis 2009 dans plusieurs projets de coopération internationale sur les structures géologiques du Maroc, notamment dans les Provinces sahariennes, en collaboration avec l’Université de Grenade et l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM).
À l'image des grandes nations minières, le Maroc doit mobiliser tous les moyens nécessaires pour sécuriser des réserves futures en éléments critiques.
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