FNH N° 1221

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026

Sahara marocain «2026 pourrait marquer une avancée politique majeure pour le Maroc»

même si Washington cherche à ouvrir une fenêtre diploma- tique, Alger n’a pas confirmé de négociations officielles directes. Ce contexte suggère que la médiation reste large- ment orchestrée par des tiers et que le dialogue formel entre Rabat et Alger n’a pas encore pleinement commencé. F. N. H. : Le contexte géopolitique africain et sahélien, marqué par des recompositions sécuri- taires et diplomatiques profondes, joue-t-il en faveur du Maroc dans ce dossier ? Y. A. : Le Maroc bénéficie aujourd’hui d’un contexte régio- nal marqué par des recomposi- tions diplomatiques et sécuri- taires au Sahel et en Afrique de l’Ouest, qui semblent jouer en faveur de sa position géostraté- gique. Son rôle croissant dans les initiatives économiques, les projets d’intégration régionale - infrastructures, énergie, mar- chés financiers - et les efforts de sécurité collective ren- forcent sa stature continentale, tandis que l’isolement crois- sant de l’Algérie sur certains dossiers pèse sur sa capacité de négociation. F. N. H. : Pensez-vous que le rapport de force diplomatique est durable- ment en train de basculer en faveur du Maroc ? Y. A. : De l’ONU à la Maison Blanche, jusqu’aux couloirs de l’Élysée, on observe une tendance favorable au Maroc en matière de reconnaissance internationale de son plan d’au- tonomie au Sahara occidental. Cette dynamique est notam- ment perceptible au Conseil de sécurité, y compris à tra- vers des positions d’abstention prudente de la Russie et de la Chine. Elle confère à Rabat un avantage diplomatique réel, même si un basculement «définitif» dépendra encore de développements concrets sur le terrain et, à terme, de concessions réciproques.

Alors que les signaux diplomatiques se multiplient autour du dossier du Sahara, entre déclarations américaines, recompositions régionales et mobilisation politique interne au Maroc, la perspective d’un tournant à l’horizon 2026 s’impose dans les cercles diplomatiques. Négociations directes ou médiation indirecte, rapport de force international, crédibilité du projet d’autonomie : la chercheuse Yasmina Asrarguis analyse les dynamiques en cours et les limites structurelles d’un conflit toujours en quête d’issue durable.

Propos recueillis par R. Mouhcine

Finances News Hebdo : La déclaration récente de Steve Witkoff, évoquant la possibilité d’un accord entre le Maroc et l’Algé- rie «dans les 60 jours», a marqué les esprits. La deadline étant presque arrivée à son terme, pen- sez-vous que des négo- ciations sont actuelle- ment menées en sous- main, notamment sous l’impulsion des États- Unis ? Yasmina Asrarguis : La fameuse déclaration de Steve Witkoff, affirmant qu’un accord entre le Maroc et l’Algérie pour- rait être conclu «dans les 60

jours», a été largement relayée dans la presse américaine comme un signal fort de l’en- gagement des États-Unis dans ce dossier régional. Witkoff, envoyé spécial de l’administra- tion américaine pour le Moyen- Orient et l’Afrique, a indiqué que Washington travaillait acti- vement à une forme de récon- ciliation entre Rabat et Alger, appelant à un accord dans un délai serré. Cette annonce s’inscrit dans une stratégie américaine de pression diplomatique et de cadrage autour de la maroca- nité du Sahara et de la norma- lisation maghrébine. Toutefois, l’absence de réaction officielle d’Alger au plan Witkoff et le démenti implicite du ministre algérien des Affaires étran- gères montrent que ces négo-

ciations, si elles existent, sont toujours conduites en coulisses et de façon prudente, sous l’im- pulsion américaine, mais sans concessions publiques for- melles côté algérien. Peut-on aujourd’hui s’attendre à l’ouverture de négo- ciations directes entre le Maroc et l’Algérie, ou sommes-nous encore dans une phase de médiation indirecte et de cadrage diplomatique ? F. N. H. : Y. A. : Aujourd’hui, nous sommes encore dans une phase de cadrage et de média- tion indirecte plutôt que dans un dialogue bilatéral direct pleinement assumé. La rupture des relations entre le Maroc et l’Algérie remonte à 2021, et

«Les principaux freins au règlement du conflit restent la rigidité de certaines posi- tions, la dimension mémorielle et identitaire du conflit, ainsi que les équilibres politiques internes en Algérie».

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