FNH N° 1221

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 15 JANVIER 2026

F. N. H. : En parallèle du volet international, le Maroc a engagé une démarche interne iné- dite, à travers des ren- contres entre le Cabinet royal et les partis poli- tiques, invités à élaborer leurs propres visions de l’autonomie. Comment interprétez-vous cette ini- tiative ? Y. A. : Cette démarche tra- duit une volonté de consolider un consensus national, voire de réinventer le patriotisme marocain au-delà du seul cadre diplomatique. Elle montre que Rabat cherche à faire de l’auto- nomie non seulement un ins- trument de politique étrangère, mais un projet politique structu- rant à l’échelle nationale, renfor- çant ainsi sa légitimité dans de futures négociations. F. N. H. : Cette consul- tation des partis traduit- elle la conviction qu’une phase décisive approche, nécessitant une vision marocaine claire, structu- rée et partagée de l’auto- nomie ? Que révèle-t-elle, selon vous, sur la nature du projet d’autonomie envisagé ? Y. A. : Cette consultation reflète l’anticipation d’une phase plus décisive, où une vision maro- caine claire et partagée sera essentielle dans les discus- sions multilatérales à venir. Elle révèle que le projet d’autonomie est pensé comme un modèle politique cohérent, capable de répondre à des attentes locales et souveraines tout en consoli- dant les acquis diplomatiques récents. F. N. H. : Le fait d’im- pliquer l’ensemble de la classe politique maro- caine peut-il renforcer la crédibilité du Maroc à l’in- ternational, en montrant que l’autonomie dépasse le seul consensus diplo- matique pour devenir un véritable projet national ? Y. A. : Oui, cette implication

 L’adoption, fin octobre 2025, de la résolution

2797 du Conseil de sécurité des Nations

unies, a été un véritable succès pour la diplomatie marocaine.

renforce clairement la crédi- bilité internationale du Maroc. Elle montre que l’autonomie ne relève pas uniquement d’une stratégie diplomatique, mais qu’elle s’inscrit dans un projet national porté par une pluralité d’acteurs politiques et sociaux, offrant à Rabat une assise plus solide face à ses partenaires étrangers. F. N. H. : Malgré l’accé- lération diplomatique et cette préparation interne, quels sont, selon vous, les principaux obstacles qui pourraient encore freiner une résolution rapide et durable du conflit ? Y. A. : Les principaux freins restent la rigidité de certaines positions, la dimension mémo- rielle et identitaire du conflit, ainsi que les équilibres poli- tiques internes en Algérie. Ces facteurs rendent toute résolu-

tion rapide délicate, même dans un contexte diplomatique plus favorable au Maroc. F. N. H. : L’horizon 2026 est de plus en plus évo- qué comme une possible année charnière. S’agit- il, selon vous, d’une échéance réaliste pour un tournant politique durable, ou davantage d’un repère diplomatique symbolique ? Y. A. : L’horizon 2026 fonc- tionne davantage comme un repère diplomatique structurant que comme une promesse réa- liste de résolution. Il correspond à une phase de reconfigura- tion régionale et à la montée en puissance économique du Maroc, mais doit être compris comme un moment possible de cristallisation politique, non comme une garantie de bascu- lement définitif.

F. N. H. : Enfin, si 2026 ne devait pas être l’année de la «résolution», quelle pourrait en être, a mini- ma, la portée politique ou diplomatique concrète pour le Maroc ? Y. A. : Même sans accord for- mel, 2026 pourrait marquer une avancée politique majeure : nouvelles reconnaissances du plan d’autonomie, reposition- nement africain plus affirmé, et ancrage du Sahara dans une logique de développement ter- ritorial partagé et visible. F. N. H. : À l’inverse, si un accord ou un cadre politique majeur devait émerger prochainement, peut-on parler d’une réso- lution définitive du conflit ou plutôt de l’ouverture d’une phase irréversible vers sa clôture ? Y. A. : Il serait prématuré de parler de résolution défi- nitive. Il s’agirait plutôt d’un tournant irréversible vers une pacification durable, fondée sur un compromis viable - autonomie, représentativité, intégration économique - sans effacer instantanément les tensions symboliques ou mémorielles. Le véritable changement ne sera pas juridique : il sera culturel et générationnel. ◆

BIOGRAPHIE

Yasmina Asrarguis Chercheuse en géopolitique, Yasmina Asrarguis est Fulbright Visiting Scholar à l’université de Princeton. Diplômée de Sciences Po Paris en sécurité internationale, elle a exercé au sein de l’Unesco, des Nations unies et de la cellule diplomatique de la présidence française. Spécialiste des Accords d’Abraham et des normalisations israélo-arabes, elle est chercheuse associée à la Sorbonne-Nouvelle et membre de l’Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Global Shaper au Forum économique mondial, elle a reçu en 2018 le prix Peter Throughton pour ses travaux de terrain sur l’islamisme en France et s’est engagée dans plusieurs initiatives de dialogue interreligieux en zone euro-méditerranéenne.

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