Grazia Daily Cannes Jour 7

DA I LY CANNES

M E R 16 mai

DOWN non plus des affiches de blockbusters américains, comme ce fut la tradition durant le Festival. Elles ont beau avoir amené la pluie ce week-end à Cannes, Les Filles du soleil rayonnent à l’international. Le film d’Eva Husson a vu ses droits de distribution vendus dans plus de quinze pays, dont la Chine, l’Allemagne et le Japon. Alors que le docu HBO Jane Fonda in Five Acts de Susan Lacy a connu les honneurs du tapis rouge hier, celui consacré à sa consœur Pam Grier peine à trouver des financements. Ce projet de Carol Ann Shine est adapté de l’autobiographie de la star afroaméricaine de la blaxploitation, Foxy: My Life in Three Acts. La quasi-totalité des panneaux publicitaires longeant la Croisette mettent en valeur des marques de luxe, et UP BLACK & WHITE MARCHÉ DU SOLEIL SIGN O’ THE TIMES

Cannes sans dormir JOUR 7 Par Philippe AZOURY C omme en prélude à un film 3D, on déambulait rue d’Antibes, en trench d’inspecteur, transi de froid. La neige venait de tomber sur Cannes. Par 12 °C, la rue d’Antibes n’était pas belle à voir, vidée de ses habituels zombis. Où étaient les Gha- néennes, le runner nocturne, les pingouins ivres, le nœud pap dans le caniveau? Même au Mc Kebab du port ouvert non-stop, peu d’attente, pourtant c’est, à pas d’heure, le seul endroit où des actrices en robe fourreau, des cinéastes en compétition croisent les zouz et zouzettes de la Bocca pour «un dernier panini de cinq du» , la seule came matinale autorisée. Les au- torités préféraient fermer les yeux sur la sauce au pi- ment du chef, il fallait bien que le festival continue jusqu’à samedi, et l’être humain est faible. Comme la chair. Le lundi soir, c’est en général celui des confes- sions intimes. Les gens sont là depuis une semaine, la retenue tombe. Il y a celles qui ont fait une connerie durant le week-end, «mais tu le répéteras pas, hein?». Il y a les néo-Casanovas, qui partent avec une fille et croisent, attends-moi une seconde, je dois parler à quelqu’un, la proie de la veille. Il y a celles qui encore une fois s’amusent à filer in extremis entre les doigts du garçon que pourtant elles draguent ouvertement. Jouer au chat et à la souris est un sport cannois de compétition. Il y a A., la plus belle fille du monde, qui nous avoue dans un hug du bord des larmes qu’elle n’a pas été embrassée depuis six mois, qu’elle crève. Il y a les journalistes, enfin, ceux qu’on appelle entre nous les journalistes, toujours postés dans les coins où ça a lieu, à observer, impavides. Ils constituent des dossiers pour les ressortir le jour venu. C’est leur seule façon de s’amuser, ah les sales petits enfants de la Sta- si. Et il y a moi, qui réalise que je suis descendu à Cannes pour voir Long Day’s Journey Into Night, le film d’un garçon qui cherche une fille qu’il a aimée il y a dix ans et n’arrive pas à la chasser de sa mémoire, et au lieu d’être au cinéma en train de le voir, je suis dans ce bureau glacial à vous écrire cette bouteille à la mer.

personnages, qui jouent entre eux, profitant de nos absences, la physique des plans séquences voluptueux et interminables augmentant cet effet d’outre-mondemalgré nous. Parfois on ressent que le film s’égare dans son réseau et nous perd. Sauf qu’ici, la perdition est le centre d’une gra- vité centrifuge qui, entre autres liber- tés, donne l’autorisation de n’y rien comprendre, tout dumoins avec les outils rabat-joie du bon sens. Pourtant l’histoire est simple: un homme, Luo Hongwu, qui part à la recherche de Wan Quiwen, une femme autrefois aimée. Mais à force de répétitions, à mille différences et détails près, cette matrice va proliférer en cosmos, à la lumière rêveuse des étoiles innom- brables ou à la lueur cauchemardesque d’une apesanteur où l’on ne peut s’appuyer que sur du vide pour se reposer. Taraudé par un doute caté- gorique qui frôle l’autodestruction, Bi Gan filme le beau désastre de son film en autant d’anecdotes de la vie qui sont des aphorismes de la pensée; un gamin, faux as du ping-pong dans le boyaud’unemine, la jeune patronne d’une salle de billards, une jolie pute dans un claque de carton-pâte, la longue descente dans une nacelle fragile au-dessus d’une vallée. S’envo- ler est une des utopies du film. Voler c’est décoller (la caméra furtive est comme un planeur), mais c’est aussi, un jour ou l’autre, atterrir et disparaître à jamais dans la glaise. Un grand voyage vers la nuit a failli s’appeler «Dernier crépuscule sur terre». LONG DAY’S JOURNEY INTO NIGHT de Bi Gan (Un certain regard)

On avait découvert Bi Gan avec Kaili Blues, Il revient avec un film partiellement en 3D, mais totalement en pavot. Par Gérard LEFORT Notre film du jour Long Day’s Journey Into Night

C’est un film qui rêve qu’il rêve. Et que les rêves sont des souvenirs. Autant dire qu’il encourage à la som- nolence comme état de semi-veille idéal pour le regarder, comme dé- foncé à jeun. A la jointure de l’hyper- conscience de l’allumé et de l’infra- réalité du comateux, il y a du jeu entre les plans, et surtout entre les deux parties, la première, en 2D, intitulée Mémoire, la deuxième, en 3D, inti- tulée Pavot. Cette articulation est la philosophie du film: la platitude du temps infuse le relief de l’espace. Autrement dit: «Je me suis endormi dans un cinéma et jeme retrouve ici.» Mais aussi bien, ce sont les lumières, le son, le décor, les dialogues, les

Notre coverstar #7: Leïla Bekhti, sexy en diable en chemise Alix NYC et boucle Chloé, nous entraîne dans les profondeurs de ses yeux.

MERCREDI 16.05.2018 - 1

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