FNH N° 1160

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JEUDI 18 JUILLET 2024 / FINANCES NEWS HEBDO

ECONOMIE

Campagne 2024/2025

gner pour financer les travaux lors de la prochaine saison, sachant que tous les intrants ont connu une flambée des prix. Les agriculteurs seront également confrontés à une pénurie de main-d’œuvre. Sous l’effet de la sécheresse, plusieurs travailleurs ont boudé le secteur agricole, préférant d’autres activités plus stables et moins liées aux aléas climatiques. Certains ont même quitté les campagnes pour les villes» . En effet, au cours du premier trimestre 2024, on signale la perte de 159.000 postes d’em- plois dans le secteur agricole. Ce phénomène n’est pas nouveau, puisque selon le HCP, le nombre d’emplois dans le monde rural a diminué de plus d’un million entre 2006 et 2023. «Si la sécheresse persiste, les pertes d’emplois devraient se poursuivre dans le monde rural et peut-être d’une façon accen- tuée. De ce fait, la population devrait chercher d’autres alterna- tives pour gagner sa vie. L’exode rural sera l’option la plus sollici- tée. Sauf que cette situation n’a pas été accompagnée par un développement de la mécanisa- tion. En conséquence, le secteur aura besoin de main-d’œuvre pour fonctionner» , explique Guennouni. Par ailleurs, il est utile de préci- ser qu’il faut éviter le scénario de la pénurie des semences ou la hausse de leurs prix. Le gouver- nement s’est engagé à soutenir les semences des céréales cer- tifiées d’environ 40% pour main- tenir les prix à la portée des agri- culteurs. Il intégrera également de nouvelles espèces, notam- ment les légumineuses et les fourrages. Il est prévu d’alimen- ter le marché de 650.000 tonnes d’engrais phosphatés au même prix que celui de l’ancienne cam- pagne. Mais à chaque saison, les exploitants trouvent beaucoup de difficultés pour s’approvi- sionner en certaines variétés de semences et si elles sont dispo- nibles, elles sont proposées à un prix supérieur à celui fixé par le gouvernement. ◆

Une saison agricole compliquée en perspective Faute de trésorerie suffisante, les fellahs ne peuvent démarrer les travaux dans les meilleures conditions. Sous l’effet de plusieurs années successives de sécheresse, les travailleurs agricoles cherchent d’autres activités. Par C. Jaidani C

onscient de la situation difficile que traverse le monde rural et le secteur agricole, le gouverne- ment a pris une série de mesures en prévision de la prochaine sai- son. Mohamed Sadiki, ministre de l’Agriculture, a évoqué, lors d’une réunion tenue dernière- ment, l’impact négatif des années successives de sécheresse. Au 14 juillet 2024, le cumul plu- viométrique national est de 240 mm, soit un recul de 30% par rapport à une année normale. Cela a réduit considérablement les réserves en eau du Royaume. Ainsi, le volume des retenues des barrages a atteint, au 15 juillet 2024, 4,76 milliards de m 3 , soit un niveau au-dessous du seuil fatidique des 30%. Ce niveau

est appelé à baisser davantage dans les mois à venir car c’est la période estivale et la météo annonce des chaleurs canicu- laires. De nombreux périmètres irrigués sont à l’arrêt. Seuls ceux du Loukkous et du Tafrata conti- nuent à assurer les approvision- nements en eau normalement. Les autres ont subi des restric- tions drastiques. Parmi les projections du dépar- tement de tutelle pour la pro- chaine campagne agricole, figure un programme prévisionnel des cultures d’automne de 4,36 mil- lions d’hectares de céréales, près de 545.900 ha de cultures four- ragères et 105.860 hectares de maraîchage d’automne. «C’est une hypothèse diffici-

lement tenable, et ce pour de nombreuses raisons. Même en présence d’une pluie abondante bien répartie dans l’espace et dans le temps, les agriculteurs n’ont pas la trésorerie suffisante pour financer les différentes opérations. La plupart d’entre eux sont lourdement endettés. Ces dernières années, la super- ficie semée en céréales d’au- tomne n’a cessé de baisser pour atteindre 2,47 millions d’hectares pour la saison 2023/2024, soit une baisse de plus de 76% par rapport à la normale», souligne Abdelmounaim Guennouni, ingé- nieur agronome. Et de poursuivre qu’ «il est impor- tant de rééchelonner les dettes des fellahs et de les accompa-

 Le nombre d’emplois dans le monde rural a

diminué de plus d’un million entre 2006 et 2023.

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