huilé. Cela a fonctionné sur une partie de mon Tour de France. Mais, à emlyon, l'école que je visais en priorité, la matinée a été difficile. Mes oraux de langues ne se sont pas bien passés. À ce moment-là, je me suis dit que je n'avais plus rien à perdre. J'ai laissé tomber le discours préparé pour parler avec sincérité. J'ai été 100 % moi-même, et c'est l'entretien qui s'est le mieux déroulé. C'est sans doute pour cela qu'aujourd'hui, en tant que jury, je cherche d’abord à comprendre qui est réellement la personne en face de moi. C.C. À mon époque, les dispositifs étaient beaucoup moins structurés. Les candidats étaient davantage soumis à la subjectivité du jury, à ses centres d'intérêt, à la dynamique du moment, pour le meilleur et pour le pire. J'en garde des souvenirs marquants. C'est aussi pour cela que le considère le cadre proposé aujourd'hui par emlyon comme très précieux. Il permet de limiter la subjectivité tout en laissant suffisamment de liberté pour que le candidat puisse aussi orienter l'échange. C.C. Les cartes sont un prétexte, et c'est précisément ce qui fait leur force. Elles ouvrent un accès à la personnalité du can- didat sans l'enfermer dans un format figé. Elles permettent d'explorer différentes dimensions : le sens des responsabi- lités, la disposition à encadrer, la créativité, la réflexivité. Et puis, il y a toujours un moment d'échange plus libre durant lequel le candidat peut mettre en valeur ce qui n'aurait pas émergé grâce aux cartes : un centre d'intérêt, une compé- tence, quelque chose qui lui tient à cœur. Ce sont des instants de grande authenticité. Le jeu de cartes fait partie de ce cadre. Quel regard portez-vous sur ce dispositif ? N.G. Le format de l'entretien ne fait pas la qualité de l'échange. Ce sont les jurys et le candidat qui la construisent. Les cartes ont cet avantage de faire sortir les candidats du discours préparé pour les amener sur des sujets qu'ils n'auraient pas spontané- ment mis en avant. Elles révèlent une capacité d'adaptation, une manière de penser, une personnalité. Que cherchez-vous à déceler chez un candidat ? Et, à l'inverse, qu'est-ce qui peut vous freiner ? C.C. Nous ne cherchons pas des profils “finis”, mais des trajectoires en construction. Ce qui nous importe, ce sont des qualités en devenir : sens des responsabilités, dispositions à encadrer, ouverture à la créativité, réflexion sur soi. Ce n’est pas tant ce que le candidat a accompli que la manière dont il
en parle qui m'intéresse. Je suis toujours sensible à quelqu’un qui, à 20 ans, s’interroge déjà sur ce que signifie être manager, sur le style qu’il souhaite développer, sur le chemin qu’il veut emprunter. Ce qui me freine, en revanche, c’est une vision réductrice du monde économique, limitée à l’idée d’apprendre des recettes pour avoir du succès. N.G. Ce qui peut poser problème, c’est l’incapacité à écouter. Certains candidats restent enfermés dans une idée qu’ils veulent absolument placer, sans jamais véritablement entrer dans l’échange. À l’inverse, les profils les plus marquants sont ceux qui savent défendre leurs convictions tout en restant ouverts à la contradiction. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, les candidats assument davantage leurs points de vue, qu’ils sont moins lisses. C’est une évolution très positive. Et puis, à emlyon, qui est société à mission, les enjeux sociaux et envi- ronnementaux ne sont pas périphériques. Un candidat qui n’en a aucune conscience, ou qui les balaie, envoie un signal rarement positif.
Pour le jury, qu'est-ce qui fait une bonne session d'entretiens ? C.C. C'est, selon moi, le sentiment d'avoir rencontré des jeunes en mouvement. Pour eux-mêmes, pour l'école, pour le monde. Nos diplômés évoluent partout à l'international : per- cevoir ce potentiel en entretien est quelque chose de très fort. Une bonne journée d'entretiens, c'est aussi lorsque le candidat a perçu quelque chose d'emlyon qui lui donne envie de venir. Nous ne sommes pas là uniquement pour évaluer, mais aussi pour transmettre. N.G. Pour moi, c’est assez simple : une bonne session, c’est quand je me dis que ces candidats ont leur place à l’école et que l’école a quelque chose à leur apporter. Quand cette adéquation est évidente dans les deux sens, la journée est réussie ! ◗
des aspects de ma personnalité que je n'aurais pas spontanément mis en avant. Et c'est précisément ce qui a intéressé le jury. Le moment où l'on m'a dit que l'école ne s'arrêtait pas au nom d'une prépa, mais cherchait des profils variés, a été un vrai déclic.Je me suis sentie légitime. Je garde aussi en tête la bienveillance de mon examinateur d'anglais, qui m'a aidée à retrouver mes moyens alors que je commençais à perdre pied. Après les épreuves, la balade en bateau sur le Rhône avec les étudiants du Petit Paumé s'est avérée parfaite pour relâcher la pression ! Paul. J'ai été frappé par la qualité de l'accueil. Les admisseurs étaient présents,
disponibles, vraiment investis. Entre les épreuves, l'ambiance est détendue, ce qui aide à garder de l'énergie jusqu'au bout. Je suis arrivé plutôt serein en fin de journée pour mon entretien de personnalité. J'ai été très attentif à la présentation du jury pour comprendre qui j'avais en face de moi et engager un échange plus naturel, notamment avec le professeur de stratégie, à l’écoute de mes aspirations professionnelles liées à la diplomatie. Très vite, j'ai eu le sentiment d'être dans une vraie discussion tout en traitant les différentes cartes. L'entretien se joue vraiment sur la capacité à créer un lien avec le jury et pas sur la récitation d'un discours parfait… »
Chloé. Préparez-vous sérieusement pour maîtriser
les codes, mais gardez de la spontanéité. Montrez votre curiosité, votre envie d'agir, c'est au cœur de l'ADN de l'école. Et si vous le pouvez, venez passer vos oraux à plusieurs de la même prépa, c'est un vrai soutien. Paul. Prenez chaque épreuve indépendamment. Une mauvaise performance en langue ne doit pas impacter votre entretien de personnalité. Remettez les compteurs à zéro à chaque fois. Vous n'avez pas besoin d'avoir toutes les réponses, mais vous devez savoir où vous voulez aller et pourquoi à emlyon en particulier. Et surtout : allez-y avec envie. C'est la première chose que le jury perçoit.
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n°20 Mai 2026
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