FNH N° 1225

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 12 février 2026 - 8 DH - N° 1225

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Cofinancement

Sahara marocain Place au réalisme politique !

Vers une mécanique plus collective

 Massad Boulos, conseiller de Trump pour l'Afrique et le Moyen-Orient

P. 8

P.26

P. 10 à 13

Port Nador West Med

Près de 2,5 milliards de dirhams pour accélérer les réformes Partenariat Maroc-UE

«Un hub de nouvelle génération pour l’énergie et les industries lourdes»

 Entretien avec Khalid Kabbadj, économiste

P.16/17

P.18/19

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

SOMMAIRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 12 FÉVRIER 2026

Voyons voir : Corruption : Un modèle économique invisible Ça se passe au Maroc 4 5 ACTUALITÉ

24 L'UNIVERS DES TPME

Editorial

Entretien avec Bilal Ararou : Nuelink, «La pré- sence digitale est devenue indispensable, mais elle reste chronophage et souvent mal structurée»

BOURSE & FINANCES

Point Bourse Hebdo : Un marché toujours sans appétit Cofinancement : Vers une mécanique plus collective Marché boursier : Ce qui a changé et ce qui reste à faire Marché à terme : Les conditions du vrai décollage Recettes publiques : L’Etat franchit un nouveau cap en 2025

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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication

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Mondial 2030

Salé, lors du Forum d’affaires Maroc–Espagne–Portugal consa- cré à la Coupe du monde de football 2030, tenu le 10 février, les échanges entre responsables publics et acteurs économiques ont mis en lumière la portée stratégique de cet événement. En effet, cette Coupe du monde s’impose déjà comme un révélateur des transformations profondes à l’œuvre dans les économies marocaine, espagnole et portugaise. Car derrière l’événement sportif, il y a surtout un grand chantier politique, A Un projet économique tripartite économique et entrepreneurial, où la coopération s’impose comme une pra- tique structurante. Le ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, ne dit pas autre chose. Selon lui, «ces concertations permettent de mutualiser les compétences, par- tager les meilleures pratiques et dégager une valeur ajoutée durable» . Cette phrase dit beaucoup de la philosophie qui sous-tend le projet. Il ne s’agit pas seulement d’ériger des stades ou d’organiser des matchs, mais de construire une mécanique collective capable de produire des effets durables. Et ce, d’autant plus que le Mondial 2030 impose une gouvernance complexe, fondée sur la coordination permanente entre Etats, territoires et acteurs privés. Les défis logistiques, sécuritaires et organisationnels sont considé- rables, surtout dans un tournoi éclaté sur plusieurs pays et marqué par une forte mobilité des équipes et des supporters. En insistant sur le caractère fédérateur du projet, Lekjaa rappelle que le football devient ici un levier de cohésion sociale, de rapprochement entre les peuples et de projection stra- tégique vers l’avenir. En cela, le rôle central du secteur privé apparaît comme une évidence. Le patron de la CGEM, Chakib Alj, l’exprime sans détour en appelant à «mettre en place un cadre de collaboration concret, utile et opérationnel» . Et d’ajou- ter que «nous avons la forte conviction que c’est en unissant nos forces, en partageant nos savoir-faire et en construisant des projets communs que les entreprises des trois pays gagneront en impact, en résilience et en compé- titivité». Cette vision trouve un écho du côté espagnol. Antonio Garamendi, président de la Confédération espagnole des organisations entrepreneuriales (CEOE), insiste sur la dimension intégratrice du projet et rappelle que «le projet de la Coupe du monde de football 2030 ne se limite pas à l’organisation d’un grand événement sportif, mais repose sur une ambition plus large d’intégra- tion économique, sociale et territoriale entre les trois pays». Le propos est clair. Le Mondial devient ainsi une plateforme de convergence des politiques d’infrastructures, de mobilité, de tourisme et d’innovation. Il offre un cadre unique pour accélérer les investissements et moderniser les services, tout en posant les bases d’un partenariat durable et équilibré entre les rives de la Méditerranée et de l’Atlantique. Tout cela renforce l’idée que le Mondial 2030 n’est pas une parenthèse, mais un accélérateur de trajectoires déjà amorcées. Mieux encore, un outil de développement partagé. u

26 POLITIQUE

Sahara marocain : Place au réalisme politique !

27 HIGH-TECH

IA générative : Trois modèles, trois stratégies dominantes

ECONOMIE

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Maroc-Espagne-Portugal : Le business s’invite au cœur du Mondial 2030 Entretien avec Khalid Kabbadj : Port Nador West Med «Un hub de nouvelle génération pour l’énergie et les industries lourdes» Partenariat Maroc-UE : Près de 2,5 milliards de dirhams pour accélérer les réformes Entretien avec Dr Mohammed Benchekroun : Défaillances d’entreprises, «Un signal encoura- geant, mais pas encore un retournement structurel» Idarati X.0 : Le pari d’une administration intégrée

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• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal

• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL

• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

VOYONS VOIR

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Corruption

Un modèle économique invisible

le classement Doing Business et remonter de vingt-cinq places dans l’indice de compétitivité du Forum économique mondial. Dix ans après, non seulement ces objectifs ne sont pas atteints, mais le Maroc se retrouve avec un indice inférieur à celui de 2018. La rupture la plus marquante ne se lit pas seule- ment dans les classements internationaux, mais dans les choix législatifs récents. Le retrait de projets de loi structurants sur l’enrichissement illicite et l’occupation illégale des biens publics a envoyé un message désastreux. Celui d’un com- bat remis à plus tard, voire édulcoré. La suite n’a guère rassuré. L’adoption de textes controversés, notamment la réforme de la procédure pénale limitant l’action des associations dans les affaires de fonds publics, a accentué le sentiment d’un recul. En restreignant l’accès à la plainte, on res- treint mécaniquement la capacité de la société à se défendre contre les abus. A cela s’ajoute le «gel de la promulgation d’un corpus juridique anticorruption préconisé par la Constitution de 2011, notamment la loi régis- sant les conflits d'intérêts et la révision des lois connexes, y compris la loi sur le droit d'accès à l'information, la loi sur la déclaration de patri- moine et la loi sur la protection des lanceurs d'alerte» , dénonce Transparency Maroc. Or, sans ces garde-fous, la lutte contre la cor- ruption se transforme en exercice théorique,

déconnecté du quotidien des citoyens et des entreprises.

L a publication par Transparency International de l’Indice de perception de la corruption pour 2025 est révélateur d’un profond malaise que les discours officiels peinent à dissiper. Avec un score de 39 sur 100 et une 91 ème place mondiale sur 182 pays, le Maroc confirme une stagnation inquiétante. Depuis 2012, le Royaume navigue dans une zone grise et alterne entre espoirs et rechutes régu- lières. L’embellie de 2018 (73 ème sur 180 pays avec un score de 43), saluée à l’époque comme un tournant, apparaît aujourd’hui pour ce qu’elle fut sans doute, un sursaut plus qu’un changement de cap. En sept ans, ce sont quatre points perdus et dix-huit places envolées, symbole d’une volonté politique perçue comme laxiste. Le contraste est d’autant plus saisissant que le Maroc a lancé en grande pompe, en 2016, sous la houlette du PJD, la stratégie nationale de lutte contre la corruption. Ambitieuse sur le papier, avec ses seize axes, 239 projets, dix programmes et une enveloppe annon- cée de 1,8 milliard de dirhams, elle s’était fixée des objectifs chiffrés précis à l’horizon 2025 : atteindre un score de 60 sur 100 à l’Indice de per- ception de la corruption, gagner vingt rangs dans Par D. William

Un fléau qui pèse lourd sur l’économie La corruption n’est pas seulement une question morale ou institutionnelle. Elle est devenue un paramètre économique à part entière. Les esti- mations de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) parlent d’un coût annuel avoisinant 50 milliards de dirhams, soit entre 3,5 et 6% du PIB. Cette somme colossale échappe à l’investisse- ment productif, aux politiques publiques et à la création d’emplois. Elle nourrit des rentes, conso- lide des positions acquises et creuse les inéga- lités. Parmi les premières victimes, il y a les très petites, petites et moyennes entreprises, colonne vertébrale du tissu économique national. Or, ce sont précisément ces entreprises qui absorbent chaque année une partie des milliers de jeunes arrivant sur le marché du travail. Leur fragilisation se traduit directement par un chômage plus élevé. Bref, la corruption au Maroc n’est pas un accident du système : elle en est devenue l’un des rouages silencieux. Tant qu’elle sera tolérée sous des formes banalisées, du petit billet présenté comme une faveur au grand détournement déguisé en habileté administrative, elle continuera d’étouffer l’économie et d’éroder le lien entre l’Etat et les citoyens. ◆ oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

ÇA SE PASSE AU MAROC

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L e ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration a annon- cé le retour à l’heure légale du Royaume, alignée sur le temps de Greenwich (GMT), à l’occasion de l’arrivée du mois de Ramadan. Selon le communiqué, l’heure sera retardée d’une heure à 03h00, le dimanche 15 février 2026. La mesure est prise conformément à une décision du chef du gouverne- ment, datée du 29 janvier 2026. Le ministère précise qu’à l’issue du mois de Ramadan, l’heure avan- cera de 60 minutes. Le passage est programmé à 02h00, le dimanche 22 mars 2026. ■ Ramadan Retour à l’heure légale ce dimanche 15 février

Prévention de la corruption L’INPPLC et l’ANGSPE unissent leurs efforts L’ Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) et l'Agence nationale de gestion stratégique des participations de l'Etat et de suivi des performances des établissements et entreprises publics (ANGSPE) ont signé, mardi à Rabat, un mémorandum d'entente dans le cadre des efforts visant à renforcer les principes de probité, de transparence et de prévention de la corruption au sein des secteurs public et privé. Ce mémorandum d'entente a pour but d'instaurer un cadre institutionnel de coopération, de coordination et de concertation entre les deux parties dans les

domaines de la prévention et de la lutte contre la corruption, de la consolidation des principes de bonne gouvernance et d'éthique, et de la moralisation de la vie publique dans le champ d'intervention de l'Agence, en accompagnement des objectifs de réforme des établissements et entreprises publics, et en vue de renforcer l'efficacité, la transparence et la corrélation entre responsabilité et reddition des comptes. Les domaines de coopération portent notamment sur l'échange d'expertises et d'expériences, l'élaboration et la mise en œuvre de programmes de formation conjoints, la réalisation d'études et de recherches communes, la contribution à l'élaboration de cartographies des risques de corruption, l'organi- sation conjointe de séminaires et de rencontres de sensibilisation, l'échange de connaissances sur les meilleures normes et pratiques internationales, ainsi que l'accompagnement des établissements et entreprises publics dans la mise en place de dispositifs efficaces de gestion des risques de corruption et de conflits d'intérêts. Le mémorandum prévoit également la mise en place d'un comité conjoint de suivi, chargé d'élaborer un plan d'action annuel, d'assurer le suivi de la mise en œuvre des activités programmées et d'établir des rapports d'évaluation périodiques. ■

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Point Bourse Hebdo Un marché toujours sans appétit

Evolution de l'indice Masi depuis début février 2025

L Cette semaine encore, le marché n’a pas trouvé le point d’appui qui lui aurait permis d’inverser la dynamique. Le MASI termine en repli de 1,93%, une baisse atténuée de justesse par un rebond de fin de séance vendredi dernier, plus technique que réellement convaincant. Sans ce sursaut tardif, l’ardoise aurait été plus lourde. e bilan depuis le début de l’an- née parle de lui-même. Sur cinq semaines de cotation possibles, trois se sont soldées par une baisse, une par un statu quo et une seule par une hausse. Par Y . Seddik

modifier leur lecture du marché. À ce climat déjà pesant s’ajoutent plusieurs facteurs plus techniques. Les analystes de BKGR identi- fient cinq éléments ayant contri- bué à la pression baissière en jan- vier. D’abord, la non-récurrence du new cash injecté en janvier 2025 dans le sillage de l’amnistie fiscale. Ensuite, les mouvements de rachat au sein des OPCVM, qui ont par- ticulièrement affecté les grandes capitalisations. Troisième facteur, les arbitrages opérés en faveur des minières, dont l’indice sectoriel a progressé de 32,8% en janvier en drainant près de 13% des flux du mois. Quatrième élément, la remon- tée des rendements des bons du Trésor à deux ans, qui a redonné de l’attrait au portage obligataire au détriment des actions. Enfin, des prises de bénéfices logiques dans un marché évoluant sur des niveaux de valorisation historiquement éle- vés. On note que depuis son plus haut

TOP Performances

FLOP Performances

SMI Minière Touissit Managem

-19,89%

+4,13% +3,78%

Oulmès Fenie Brossette Bank Of Africa

Le sentiment de marché reste tendu. Pas dans le sens d’une panique, mais dans celui d’une prudence générali- sée. Comme évoqué dans un papier publié récemment sur boursenews. ma, les phases de météo dégradée (au sens large) pèsent parfois sur la psychologie des investisseurs, indépendamment d’une détériora- tion immédiate des fondamentaux. Les inondations et intempéries qui touchent le Nord et le Nord-Ouest du Royaume n’échappent pas à cette logique. Et cette météo lourde, au sens propre comme au figuré, n’incite clairement pas à l’initiative. Ainsi, ce cumul de fragilités a fini par installer une psychologie négative. Les opérateurs temporisent, évitent toute prise de risque et attendent un catalyseur crédible capable de

-18,45%

-8,5%

+1,95%

du 6 janvier, le MASI a cédé 6,37%. Depuis le début de l’année, la baisse atteint 2,86%, un mouvement encore plus marqué sur le MASI20, en repli de 4,20%. Les grandes capitalisa- tions concentrent l’essentiel de l’ajustement. Les minières, justement, ont brutale- ment rappelé que la volatilité ne va jamais dans un seul sens. La nervo- sité observée sur les métaux pré- cieux à l’international a lourdement pesé sur le compartiment. Managem a reculé de 8,50% sur la semaine, SMI de 20% et CMT de 18,45%. En l’espace de cinq séances, la perfor- mance sectorielle est passée de 33%

à 18,71%. Le retour de flamme a été rapide et douloureux. Côté volumes, l’activité reste plu- tôt correcte, avec des échanges hebdomadaires dépassant 2,4 mil- liards de dirhams, réalisés principa- lement sur le marché central actions. Attijariwafa bank concentre 14,23% des flux, devant TGCC (7,62%) et Label Vie (6,81%). Pour l’instant, le marché avance sans appétit, sans conviction, et sans catalyseur évident. Et tant qu’aucun élément clair ne viendra réenclen- cher la prise de risque, les opéra- teurs continueront de regarder le marché… à distance raisonnable. ◆

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mieux» qu’un projet mené seul. Le DG de l’AFD a cité un ordre de grandeur d’environ 35 milliards de dollars de cofinancement et finan- cement parallèle sur une décennie entre l’AFD et la Banque mondiale. Il a aussi décrit l’élargissement de la coopération à d’autres banques et institutions publiques, puis la structuration progressive d’une «machine» européenne de cofi- nancement à travers l’approche Team Europe, combinant finance- ments publics, bras armé pour le privé et assistance technique. Pour Rioux, le contexte s’est encore durci en 2025, rendant la coopération «encore plus impor- tante» , notamment pour éviter la fragmentation et maintenir une dynamique de multilatéralisme opérationnel. De son côté, Anshula Kant, Directrice générale et direc- trice financière du Groupe de la Banque mondiale, a mis en avant la trajectoire récente du Groupe de la Banque mondiale sur le cofi- nancement. Elle a cité un record atteint sur l’exercice fiscal 2025 de 7,6 milliards de dollars de cofinan- cement provenant de partenaires prêteurs. Elle a aussi insisté sur l’ampleur des besoins, évoquant une estimation de 4,25 trillions de dollars requis pour l’infrastructure dans les marchés émergents. La dirigeante a défendu une approche «groupe», insistant sur une meilleure coordination interne entre les entités (IFC, MIGA, IBRD, IDA…). Dans la même logique d’industrialisation, elle a mis en avant la Global Collaborative Co-Financing Platform, présen- tée comme un outil pour rappro- cher projets et partenaires. Selon ses propos, plus de 230 projets figurent déjà sur cette plateforme, lancée en 2024, avec des volumes se chiffrant «en milliards de dol- lars». Anshula Kant a également rappelé que, pour des projets «transfor- mateurs», parfois même de plus petite taille, la clé se joue souvent côté fonds propres, ce qui ren- voie au besoin de faire évoluer le co-financement vers une logique plus proche du co-investissement, en mobilisant davantage le secteur privé, en dette comme en equity. ◆

 Le Maroc a réuni décideurs publics et grands bailleurs autour du cofinancement, devenu un axe structurant du financement du développement.

Cofinancement Vers une mécanique plus collective N Casablanca a accueilli, mercredi 11 février 2026, l’événement «The Power of Joining Forces : Cofinancing for Progress», coorganisé par le Groupe de la Banque mondiale, le ministère de l’Économie et des Finances et le Groupe Agence française de développement (AFD). Pour les acteurs, le cofinancement n’est plus un simple montage, mais une méthode de travail appelée à se généraliser pour porter des programmes plus vastes, plus complexes et mieux alignés sur les priorités des pays. Par Y. Seddik une logique combinant rentabilité et impact. Ensuite, un levier orienté vers le tissu privé, en réponse au défi- cit de fonds propres, via le pri- vate equity. Hayat a souligné que lors d’une première sélection, 14 fonds ont été retenus, permettant de mobiliser jusqu’à 20 milliards de dirhams, montant qu’elle a comparé au total investi au Maroc via le private equity sur les vingt dernières années.

adia Fettah, ministre de l’Écono- mie et des Finances, a présenté le cofinancement comme « un choix politique » : coopérer plutôt que se concurrencer, concentrer les efforts plutôt que les disper- ser, et passer de projets isolés à une logique « systémique» et «à l’échelle». La ministre a rattaché cette approche aux priorités de développement comme l’énergie, la mobilité, la protection sociale, l'emploi et la résilience. Elle a aussi insisté sur l’idée que l’enjeu, désormais, n’est plus de multi- plier les cofinancements au cas par cas, mais de les déployer à grande échelle. Aki Nishio, vice-président de la Banque mondiale pour le finance- ment du développement, a justifié le choix du Maroc comme hôte en rappelant l ’«expérience» accumu- lée sur le cofinancement, présen- tée comme un outil permettant

de mobiliser plus de ressources et d’obtenir plus d’impact. Il a également souligné un repère his- torique évoqué durant la session : la première réunion «cofinancing» de la Banque mondiale se serait tenue au Maroc, à Marrakech. Intervenant sur le rôle du Fonds Mohammed VI pour l’Investis- sement, Nezha Hayat, Directrice générale du Fonds, a replacé le cofinancement au centre du mandat de l’institution, créée pour mobiliser capitaux publics et privés autour des priorités économiques et stratégiques. Ainsi, deux axes ont été détaillés. D’abord, l’intervention en parte- nariats public-privé, avec un rôle d’apport en fonds propres et de structuration, notamment dans l’infrastructure, la logistique et l’énergie, avec un objectif d’ac- célérer les projets et attirer des investisseurs de long terme, dans

«Partnership by design», une doctrine devenue nécessité Rémy Rioux, Directeur général de l’AFD, a retracé l’adoption de la doctrine «Partnership by design», née, selon lui, d’une contrainte de montée en puissance de l’AFD après 2015, dans le sillage des ODD et de l’Accord de Paris. L’idée martelée est qu’un projet mené avec un partenaire «vaut

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Société Anonyme au Capital de 261.916.300 Dirhams Siège Social : 120-122, Bd Hassan II- CASABLANCA RC Casablanca 22 829 / IF : 108 48 66

Les actionnaires de la Société « AXA CREDIT » sont convoqués à l’Assemblée Générale Extraordinaire qui se tiendra le 16 Mars 2026 à 10 heures , au siège social de la société, à l’effet de délibérer sur l’ordre du jour suivant : AVIS DE CONVOCATION DES ACTIONNAIRES A L’ASSEMBLEE GENERALE EXTRAORDINAIRE DU 16 MARS 2026 A 10 HEURES

1. Approbation et ratification de la convocation ; 2. Changement de la dénomination sociale ; 3. Adoption des statuts refondus ; 4. Questions diverses ; 5. Pouvoirs pour l’accomplissement des formalités légales.

Toute demande d’inscription de projets de résolutions à l’ordre du jour doit être adressée au siège social de la société par lettre recommandée avec accusé de réception dans le délai de dix (10) jours à compter de la publication de l’avis de convocation.

Un actionnaire ne peut se faire représenter que par son conjoint, un ascendant, descendant ou par un autre actionnaire justifiant d’un mandat.

Le Conseil d’Administration

PROJET DE RESOLUTIONS SOUMIS A L’ASSEMBLEE GENERALE EXTRAORDINAIRE DES ACTIONNAIRES

PREMIERE RESOLUTION

L’Assemblée Générale approuve et ratifie la convocation qui lui a été faite dans toutes ses modalités et la considère valable dans tous ses effets.

DEUXIEME RESOLUTION

L’Assemblée Générale décide le changement de la dénomination de la société AXA Crédit SA qui devient « STELLANTIS SALAF MAROC SA ».

TROISIEME RESOLUTION

En conséquence de ce qui précède, l’Assemblée Générale décide d’adopter les statuts refondus ci-joints.

QUATRIEME RESOLUTION

Tous pouvoirs sont conférés au porteur d’une copie ou d’un extrait certifié conforme du procès-verbal de la présente Assemblée pour effectuer les formalités prévues par la loi.

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Marché boursier Ce qui a changé et ce qui reste à faire D Le lancement du marché à terme, désormais fixé au 6 avril 2026, marque une étape attendue pour la place casablancaise. Pour autant, la date mise de côté, la première conférence annuelle de l’APSB a surtout mis en lumière le véritable enjeu du moment, à savoir transformer une dynamique retrouvée en un marché plus profond, plus liquide et plus lisible. Un défi qui concerne l’ensemble de l’écosystème (autorités, intermédiaires et infrastructures), alors même que la place aborde une nouvelle phase de maturité. Par Y. Seddik

ès l’ouverture, le président de l’Association professionnelle des sociétés de Bourse (APSB), Amine Maamri, a posé le décor en insistant sur la séquence 2025, marquée par une Bourse plus active, une capitalisation au-delà de 1.000 milliards de dirhams, des volumes en hausse et un regain du marché primaire. À ce stade, la place pèse désor- mais plus de 60% du PIB, signe d’un rôle plus marqué dans le financement des entreprises et l’accompagnement des transfor- mations économiques. Pour autant, l’APSB a évité toute autosatisfaction, rappelant qu’un marché ne se juge pas unique- ment à son niveau ou à sa capi- talisation, mais aussi et surtout à sa capacité à créer du mou- vement, à générer de la liquidité et à attirer durablement de nou- veaux investisseurs. En ce sens, si les progrès sont réels, les exi- gences montent sur la profon- deur du marché, la diversification des instruments et l’élargisse- ment de la base d’investisseurs. Dans la continuité, la ministre

de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, a repris une image parlante : «la Bourse est souvent vue comme un ther- momètre, mais dans les phases d’accélération, elle doit deve- nir un moteur» . Son interven- tion a ainsi articulé une lecture macroéconomique et une feuille de route marché. Elle a rappe- lé que le Maroc est «de retour en Investment Grade», avec une croissance annoncée à 5% en 2025 et attendue à 5% en 2026, dans un cycle d’investis- sement qualifié de «structurant». Dès lors, la question n’est plus seulement de financer l’écono- mie, mais aussi de diversifier les sources de financement et de mieux partager la création de valeur, ce qui renvoie directe- ment au rôle du marché actions. Pour illustrer cette dynamique, la ministre a cité 168.000 particu- liers ayant participé à la dernière IPO (un record historique), un MASI en hausse de plus de 60% sur trois ans et une capitalisation dépassant les 1.000 milliards de dirhams. Elle a toutefois pris soin de souligner une limite majeure: une dynamique encore très concentrée sur un nombre res- treint de grandes capitalisations, alors même que le marché doit aussi devenir un outil de crois-

sance pour les PME et les petites et moyennes capitalisations. Dans ce contexte, le point saillant de la matinée reste l’annonce tant attendue par les professionnels : le lancement effectif du marché à terme le 6 avril. Pour la ministre, il s’agit d’une étape «structurante» , appelée à offrir des outils de couverture, à améliorer la for- mation des prix et à renforcer l’attractivité globale de la place. Mais, a-t-elle insisté, la liquidité ne se décrète pas par la loi. Elle se construit par des stratégies cohérentes, par l’innovation des acteurs privés et par un marché secondaire vivant, notamment sur les valeurs moyennes. Plus d’investisseurs, plus d’exigence sur l’information et les standards Dans le prolongement de ces constats, le président de l’AMMC, Tarik Senhaji, a cadré l’enjeu de responsabilité collec- tive. Il reconnaît qu’un palier a été franchi, avec une forte mobilisa- tion de l’épargne nationale, une complémentarité renforcée avec les investisseurs institutionnels et l’industrie du capital-inves- tissement, des introductions plus dynamiques, une liquidité mieux orientée et une diversi- fication sectorielle plus visible.

Cependant, cette démocratisa- tion, matérialisée par la progres- sion des investisseurs particulier, impose, selon lui, une élévation des standards. À ce titre, il a insisté sur la qualité de la communication financière, sa régularité et sa clarté, ainsi que sur le besoin de renforcer la recherche et l’analyse finan- cière produites par les acteurs du marché. Dans le même esprit, l’éducation financière s’impose comme un chantier prioritaire: protéger l’investisseur, c’est aussi lui donner les outils néces- saires pour interagir avec le mar- ché de façon responsable. S’agissant des instruments, Tarik Senhaji a salué l’annonce du calendrier du marché à terme et rappelé la logique d’ensemble: diversification des produits, développement de mécanismes d’animation (market making, prêt-emprunt de titres, ETF) et montée en attractivité internatio- nale. Il a, à ce titre, explicitement relié cette ambition à la capacité de la place à séduire et retenir, au-delà des institutionnels et des personnes physiques, une troi-

Le marché à terme est appelé à offrir des outils de couverture, à améliorer la formation des prix et à renforcer l’attractivité globale de la place.

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de titres, la mise en place d’une chambre de compensation jouant le rôle de contrepartie centrale, la diversification des instruments financiers via la modernisation du cadre des OPC, ainsi que la transformation de la Bourse de Casablanca en groupe intégré réunissant marché cash, dérivés, compensation, briques techno- logiques et participations stra- tégiques.

Le post-marché revient au centre

Dernier étage de la fusée, sou- vent moins visible, le post-mar- ché a également été remis au cœur du débat. Le président de Maroclear, Mounir Razki, a rap- pelé que la solidité d’un marché se teste surtout dans les phases de tension, lorsque les volumes augmentent et que les chaînes opérationnelles révèlent leurs limites. À ce titre, il a mis en avant quatre critères structurants : robustesse, modernité (entendue comme la capacité à intégrer de nouvelles technologies), résilience et qua- lité de la gouvernance. Il a éga- lement pointé une digitalisation encore hétérogène de l’écosys- tème, une automatisation perfec- tible et des délais de traitement appelant une remise à plat des pratiques existantes et une meil- leure standardisation des flux. Dans ce cadre, les avancées engagées en matière de dématé- rialisation des procédures visent à limiter les dépôts physiques, fluidifier les échanges d’infor- mation et accélérer le dénoue- ment des opérations, un chantier jugé essentiel pour accompa- gner la montée en charge des volumes et réduire durablement les risques opérationnels. Au fil des interventions, une ligne directrice s’est imposée. Le 6 avril 2026 constitue un jalon majeur pour la place, mais la véritable épreuve commencera après. Animation du marché, pédagogie, qualité de l’informa- tion, discipline opérationnelle et capacité des infrastructures à absorber des volumes crois- sants détermineront la réussite de cette nouvelle phase. ◆

 La première conférence annuelle de l’APSB a mis en lumière le véritable enjeu du moment, à savoir transformer une dynamique retrouvée en un marché plus profond, plus liquide et plus lisible.

avec les investisseurs internatio- naux et partenaire durable des émetteurs. Selon lui, la réussite du marché à terme, des ETF et des outils de couverture repose- ra largement sur la capacité des acteurs à animer et structurer ce nouveau jeu, dans un cadre strict de conformité et de maîtrise des risques.

sième catégorie d'investisseurs, celle des étrangers, indispen- sables pour équilibrer la base, diversifier les volumes et renfor- cer la crédibilité du marché. L’intermédiaire devient «architecte» de la liquidité Sur un registre plus micro struc- turel, le président du Conseil d’administration de la Bourse de Casablanca, Brahim Benjelloun Touimi, a rappelé que la trans- formation du marché ne peut se limiter à une amélioration conjoncturelle. Elle doit, au contraire, produire un dévelop- pement durable, avec un marché capable d’absorber des flux, de résister aux chocs et de fonc- tionner avec des mécanismes identifiés, en l'occurrence le prêt- emprunt, les contrats et, désor- mais, les dérivés. Dans cette configuration, l’inter- médiaire boursier change de sta- tut. Longtemps centré sur l’exé- cution dans un marché dominé par le cash, il devient progressi- vement organisateur de la liqui- dité, catalyseur de nouveaux produits, interface stratégique

tissement, avec des opérations comme SGTM, Vicenne ou Cash Plus, ce qui montre le rôle clé de la Bourse dans le « recyclage» du capital-investissement. Sur le marché secondaire, il a relevé un MASI en progression moyenne de 20% par an sur trois ans, des volumes de transac- tions atteignant 121 milliards de dirhams et un ratio de liquidité (le taux d’utilité) de 16%, présenté comme un point de vigilance. Par ailleurs, la part des particuliers dans les volumes serait passée de 10% à près de 30% en deux ans, portée par la digitalisation et les actions de promotion, avec en contrepartie, un impératif accru de pédagogie. Dans cette optique, cinq réformes ont été identifiées comme leviers de changement de dimension : le lancement du marché à terme le 6 avril, le déploiement du market making adossé au prêt-emprunt

Cinq réformes pour rehausser les standards

De son côté, le Directeur géné- ral de la Bourse de Casablanca, Nasser Seddiqi, a apporté une photographie chiffrée et une feuille de route. Il a décrit les trois dernières années comme une véritable phase de bascule. Ainsi, entre 2023 et 2025, plus de 300 milliards de dirhams ont été mobilisés sur le marché primaire, dont plus de 15 milliards de dirhams en capitaux propres via IPO et augmentations de capital, sur des secteurs variés (infras- tructures, BTP, santé, agro- business). Autre enseignement structurant, six des huit dernières introductions ont été portées par des fonds de capital-inves-

Six des huit dernières introductions ont été portées par des fonds de capital- investissement, avec des opérations comme SGTM, Vicenne ou Cash Plus.

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Marché à terme Les conditions du vrai décollage Le 6 avril, le marché à terme doit entrer dans sa phase opérationnelle. L’enjeu est d’aligner l’architecture de risque, la qualité du post-marché et les mécanismes d’animation pour éviter un démarrage sans profondeur. Prêt-emprunt de titres, collatéral, appels de marge et Chambre de compensation concentrent l’essentiel des conditions de confiance.

gère la négociation, la Chambre de compensation prend la main sur la gestion du risque, ce qui est, selon lui, le cœur de la crédi- bilité d’un marché à terme. Cette séparation des fonctions répond, a-t-il expliqué, à un impératif de clarté des rôles, de transparence et de robustesse opérationnelle. Il a parlé d’un choix assumé, celui d’un marché réglementé et transparent, pensé pour attirer la confiance des investisseurs. Sur la construction, il a souligné la mobilisation de l’écosystème. Il a cité l’appui des pouvoirs publics et des régulateurs, ainsi que l’implication d’associations professionnelles, dont l’APSB. Le chantier, dans sa version opéra- tionnelle, a couvert les modèles de gestion du risque, l’ouverture des systèmes des partenaires et des intermédiaires, ainsi que des volets comptables et fis- caux rattachés à ces métiers. Il a aussi évoqué l’accompagnement des membres et futurs membres, présenté comme une condition pour que le dispositif ne reste pas théorique. Pour les premiers temps, Ahmed Arharbi a évo- qué le rôle attendu d’acteurs capables d’apporter une pré- sence de marché, en citant l’As- sociation des salles de marché, dans l’idée d’éviter un démar- rage sans profondeur et sans continuité de prix.

Par Y. Seddik

 À l’approche du lancement opérationnel du marché à terme, le régulateur et les professionnels convergent sur l'impératif de sécuriser l’architecture de risque.

L

ors de la conférence annuelle de l’Association professionnelle des sociétés de Bourse (APSB), Bassil Zekri, responsable du département des marchés à l’AMMC, a inscrit les évolutions en cours dans une séquence de réformes démarrée au début des années 1990 et prolongée par l’introduction de nouveaux mar- chés et instruments. Son inter- vention s’est concentrée sur le cadre juridique lié aux produits dérivés et aux opérations qui en découlent, avec un objectif de modernisation et d’alignement sur des standards internatio- naux. Le point sur lequel il a le plus insisté reste la solidité juri- dique des opérations. Le projet évoqué doit, selon lui, recon- naître juridiquement les contrats,

conforter leur validité et renfor- cer la sécurité des transactions. Dans ce même ensemble, il a mis en avant l’intégration d’un dispositif de close-out netting, présenté comme un mécanisme attendu dans l’architecture de gestion du risque. La question de la compensation revient égale- ment dans son propos. Le texte introduit la possibilité, pour le régulateur, d’exiger la compen- sation de certaines opérations lorsqu’elles sont suffisamment standardisées. L’AMMC travaille, a-t-il précisé, avec le ministère de l’Économie et des Finances sur les textes d’application. Sur la transparence, Bassil Zekri a insisté sur la remontée d’in- formations aux régulateurs sur les contrats et les positions, en rappelant que l’absence de don- nées peut empêcher une réac- tion à temps lorsque les ten- sions montent. Le message est resté technique : une stratégie sur les dérivés suppose des obli-

gations de reporting, faute de quoi la surveillance se fait avec retard. Il a aussi cité l’introduc- tion, sous conditions fixées par le régulateur, de la possibilité pour les personnes physiques d’emprunter des titres, dans une logique qu’il rattache à l’inclusion financière. Enfin, il a ouvert un débat sur l’usage des opérations observées, en indiquant qu’au Maroc la majorité des opérations qu’il voit remonter est affectée à des besoins de refinancement, alors qu’à l’international, la part la plus importante est orientée vers des opérations de marché, notamment liées à l’animation. Double infrastructure Ahmed Arharbi, directeur exécu- tif des opérations marchés à la Bourse de Casablanca, a insisté sur la nature du chantier. Il ne décrit pas un simple lancement de contrat, mais la mise en place de deux infrastructures dotées de leur gouvernance. Une entité

Carnet d’ordres, market making et arbitrage

Youssef Benhaddouch, expert consultant indépendant, a pris le sujet par le carnet d’ordres. Pour lui, l’équilibre d’un marché se lit d’abord dans le spread, puis dans la profondeur. Un spread serré ne suffit pas si la profon- deur manque, car un ordre de taille significative déforme le prix. Il insiste sur la nécessité d’avoir plusieurs niveaux de carnet avec des quantités affichées et « signi- ficatives», condition qui, selon lui, devient visible précisément lorsque le marché traverse des phases de stress. La profondeur de carnet renvoie, dans son pro- pos, au nombre d’intervenants et à la diversité de leurs intérêts. Il compare cela à une table qui

Lancer un marché à terme, ce n’est pas introduire un produit, c’est installer une mécanique complète où la gestion du risque devient l’infrastructure centrale.

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pleinement. Il propose de suivre le notionnel traité sur le contrat à terme et de le comparer au volume du comptant, en citant, sur l’exemple évoqué (celui du CAC40), des volumes comptant entre 3 et 6 milliards d’euros par jour et un notionnel future mul- tiple. Il souligne aussi un point de départ chiffré, notamment un flottant réel d’environ 25% contre 50 à 60% sur des marchés qu’il qualifie de plus «naturels». Pour lui, cela renforce l’urgence d’un mécanisme de prêt-emprunt capable de recycler les titres disponibles. Il conclut sur une mise en garde : la technicité doit rester au service d’une logique pragmatique, sans devenir une fin en soi, et insiste sur le rôle du dépositaire central dans la chaîne, notamment pour le prêt- emprunt et le collatéral, avec des modèles d’accords décrits comme un passage obligé. ◆

a besoin d’invités nombreux et, surtout, d’intérêts divergents. Il le dit sans habillage : «l’entre- soi mène en général à l’immobi- lisme». Sur le marché à terme, son pro- pos ne s’arrête pas à l’usage des futures. Il insiste sur les effets induits, l’animation et l’arbitrage. Le point opérationnel qu’il mar- tèle est le démarrage. Le pre- mier jour, il ne veut ni spreads larges, ni liquidité «à la peine» . Il estime donc que les market makers doivent être opération- nels dès l’ouverture, et que les paramètres de spread qu’on leur demande doivent rester cohé- rents avec ceux du spot. Il décrit ensuite la relation entre future et comptant : le future s’aligne sur le spot, une relation de pari- té s’établit, et l’arbitrage vient corriger les écarts. Il résume le mécanisme par une séquence, à savoir vendre le contrat à terme et acheter au comptant les constituants de l’indice, tout en portant la position jusqu’à l’échéance. L’arbitrage, dans ce cadre, devient un moteur d’ali- gnement des prix. Dans cette architecture, le prêt- emprunt de titres n’est jamais présenté comme un produit. Il le décrit comme un mécanisme de circulation de l’actif entre déten- teurs de long terme et interve- nants actifs, dont les arbitra- gistes et les market makers. Il rattache aussi la vente à décou- vert à ce même mécanisme, en rappelant qu’elle est encadrée et qu’elle ne fonctionne pas sans la capacité d’emprunter et de livrer. Les filtres des investisseurs internationaux De son côté, Karim Allouache, Director of International Procurement - Sub Custodians Network, CACEIS, a ramené la discussion sur les attentes des investisseurs institutionnels et internationaux. Il ne commence pas par les textes. Il commence par le quotidien, la qualité du post-marché. Le règlement-livrai- son doit se faire sans accrocs, les incidents doivent être gérés proprement, et le moindre inci- dent peut, selon lui, «créer de la

défiance» . Il insiste sur la capa- cité de traitement des incidents, car ce type de marché, dit-il, n’est «pas un fleuve tranquille». Il explique le prêt-emprunt de titres comme un mécanisme qui empêche les titres de rester figés dans les portefeuilles. Sans ce mécanisme, les titres «restent là où ils sont nés» et circulent moins, ce qui rigidifie le mar- ché lorsque des acteurs veulent couvrir, arbitrer ou animer. En rendant les titres temporaire- ment disponibles, le détenteur conserve son exposition tout en alimentant la capacité du marché à livrer. Il cite des effets directs : un impact sur la liquidité, la réduction des pénuries artifi- cielles, et une meilleure capacité à absorber des besoins de vente, de couverture et d’arbitrage. Il relie ensuite ce mécanisme à l’animation. Un market maker est censé afficher des prix en conti- nu, mais il ne peut pas vendre des titres qu’il ne peut pas livrer. Sans accès aux titres via le prêt- emprunt, il se protège en élargis- sant ses spreads. Le mécanisme vise donc, selon lui, à limiter ces spreads défensifs. Il élargit aussi le lien avec les marchés à terme en évoquant la livraison des sous-jacents et la néces- sité de maintenir la relation entre contrat à terme et comptant. Enfin, il évoque l’impact sur les ETF, en rappelant que la création et la destruction de parts se font par paniers, et qu’un intervenant peut ne pas détenir immédia- tement la totalité des titres du panier, en quantité ou en répar- tition. Sur le plan juridique, il insiste sur des contrats alignés sur des standards internationaux et sur la notion de transfert de proprié- té. Lorsqu’un investisseur prête ses titres, il n’en est plus pro- priétaire temporairement, et cela soulève des questions pratiques. Les coupons et intérêts se com- pensent financièrement. Le vote, lui, peut devenir bloquant si les titres ne reviennent pas à temps, dans un environnement où l’exer- cice du vote est décrit comme un acte de gestion. Le dernier bloc concerne le col-

Un marché à terme se juge sur la qualité de ses spreads, à la profondeur du carnet d’ordres et à la fluidité du prêt-emprunt de titres lorsque le marché entre en stress.

latéral et la gestion du risque. Karim Allouache insiste sur l’exigence de collatéral, la régu- larité des appels de marge, la valorisation fiable du collatéral et un dispositif opérationnel qui tient. Il résume la logique en une phrase courte : la confiance «ne se décrète pas». En fin d’échange, Youssef Benhaddouch est revenu sur le temps d’apprentissage et a proposé des repères de suivi. Il évoque des marchés où il a fallu plus de cinq ans pour que les volumes s’installent et que l’arbitrage et l’animation jouent

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