FNH N° 1225

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 12 FÉVRIER 2026

Marché boursier Ce qui a changé et ce qui reste à faire D Le lancement du marché à terme, désormais fixé au 6 avril 2026, marque une étape attendue pour la place casablancaise. Pour autant, la date mise de côté, la première conférence annuelle de l’APSB a surtout mis en lumière le véritable enjeu du moment, à savoir transformer une dynamique retrouvée en un marché plus profond, plus liquide et plus lisible. Un défi qui concerne l’ensemble de l’écosystème (autorités, intermédiaires et infrastructures), alors même que la place aborde une nouvelle phase de maturité. Par Y. Seddik

ès l’ouverture, le président de l’Association professionnelle des sociétés de Bourse (APSB), Amine Maamri, a posé le décor en insistant sur la séquence 2025, marquée par une Bourse plus active, une capitalisation au-delà de 1.000 milliards de dirhams, des volumes en hausse et un regain du marché primaire. À ce stade, la place pèse désor- mais plus de 60% du PIB, signe d’un rôle plus marqué dans le financement des entreprises et l’accompagnement des transfor- mations économiques. Pour autant, l’APSB a évité toute autosatisfaction, rappelant qu’un marché ne se juge pas unique- ment à son niveau ou à sa capi- talisation, mais aussi et surtout à sa capacité à créer du mou- vement, à générer de la liquidité et à attirer durablement de nou- veaux investisseurs. En ce sens, si les progrès sont réels, les exi- gences montent sur la profon- deur du marché, la diversification des instruments et l’élargisse- ment de la base d’investisseurs. Dans la continuité, la ministre

de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, a repris une image parlante : «la Bourse est souvent vue comme un ther- momètre, mais dans les phases d’accélération, elle doit deve- nir un moteur» . Son interven- tion a ainsi articulé une lecture macroéconomique et une feuille de route marché. Elle a rappe- lé que le Maroc est «de retour en Investment Grade», avec une croissance annoncée à 5% en 2025 et attendue à 5% en 2026, dans un cycle d’investis- sement qualifié de «structurant». Dès lors, la question n’est plus seulement de financer l’écono- mie, mais aussi de diversifier les sources de financement et de mieux partager la création de valeur, ce qui renvoie directe- ment au rôle du marché actions. Pour illustrer cette dynamique, la ministre a cité 168.000 particu- liers ayant participé à la dernière IPO (un record historique), un MASI en hausse de plus de 60% sur trois ans et une capitalisation dépassant les 1.000 milliards de dirhams. Elle a toutefois pris soin de souligner une limite majeure: une dynamique encore très concentrée sur un nombre res- treint de grandes capitalisations, alors même que le marché doit aussi devenir un outil de crois-

sance pour les PME et les petites et moyennes capitalisations. Dans ce contexte, le point saillant de la matinée reste l’annonce tant attendue par les professionnels : le lancement effectif du marché à terme le 6 avril. Pour la ministre, il s’agit d’une étape «structurante» , appelée à offrir des outils de couverture, à améliorer la for- mation des prix et à renforcer l’attractivité globale de la place. Mais, a-t-elle insisté, la liquidité ne se décrète pas par la loi. Elle se construit par des stratégies cohérentes, par l’innovation des acteurs privés et par un marché secondaire vivant, notamment sur les valeurs moyennes. Plus d’investisseurs, plus d’exigence sur l’information et les standards Dans le prolongement de ces constats, le président de l’AMMC, Tarik Senhaji, a cadré l’enjeu de responsabilité collec- tive. Il reconnaît qu’un palier a été franchi, avec une forte mobilisa- tion de l’épargne nationale, une complémentarité renforcée avec les investisseurs institutionnels et l’industrie du capital-inves- tissement, des introductions plus dynamiques, une liquidité mieux orientée et une diversi- fication sectorielle plus visible.

Cependant, cette démocratisa- tion, matérialisée par la progres- sion des investisseurs particulier, impose, selon lui, une élévation des standards. À ce titre, il a insisté sur la qualité de la communication financière, sa régularité et sa clarté, ainsi que sur le besoin de renforcer la recherche et l’analyse finan- cière produites par les acteurs du marché. Dans le même esprit, l’éducation financière s’impose comme un chantier prioritaire: protéger l’investisseur, c’est aussi lui donner les outils néces- saires pour interagir avec le mar- ché de façon responsable. S’agissant des instruments, Tarik Senhaji a salué l’annonce du calendrier du marché à terme et rappelé la logique d’ensemble: diversification des produits, développement de mécanismes d’animation (market making, prêt-emprunt de titres, ETF) et montée en attractivité internatio- nale. Il a, à ce titre, explicitement relié cette ambition à la capacité de la place à séduire et retenir, au-delà des institutionnels et des personnes physiques, une troi-

Le marché à terme est appelé à offrir des outils de couverture, à améliorer la formation des prix et à renforcer l’attractivité globale de la place.

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