FNH N° 1225

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 12 FÉVRIER 2026

encore hétérogène et dépend for- tement du secteur, de la taille de l’entreprise et de son pouvoir de négociation face aux donneurs d’ordre. Les chiffres disponibles confir- ment que la loi n°69-21 a enclen- ché un changement mesurable, mais graduel. Elle n’a pas encore totalement résolu la question des tensions de trésorerie, notam- ment pour les entreprises les plus fragiles, mais elle a posé les bases d’une discipline financière nouvelle, indispensable pour assainir durablement le tissu pro- ductif marocain. F. N. H. : Selon Inforisk, les secteurs du commerce (33%), de l’immobilier (21%), du BTP (14%), et du transport et de l’indus- trie manufacturière (envi- ron 8 et 7%) concentrent l’essentiel des défaillances. Quelles fragilités structu- relles expliquent la vulné- rabilité persistante de ces branches d’activité ? Dr M. B. : Ces chiffres traduisent avant tout une fragilité structu- relle ancienne, accentuée par les chocs récents, et qui touche des secteurs à la fois très exposés à la conjoncture et fortement dépendants de la trésorerie. Le commerce, qui concentre à lui seul un tiers des défaillances, est particulièrement vulnérable en raison de marges faibles, d’une forte dépendance au crédit inter- entreprises et de délais de paie- ment historiquement longs. Dans ce secteur, une part significative des entreprises opère avec une trésorerie tendue, parfois équi- valente à moins de deux mois de chiffre d’affaires, ce qui les rend extrêmement sensibles à tout retard de règlement ou ralen- tissement de la demande. L’immobilier, avec 21% des défaillances, souffre d’un désé- quilibre structurel entre cycles longs d’investissement et contraintes de financement à court terme. La hausse passée des taux d’intérêt, le ralentisse- ment des transactions et l’allon- gement des délais de commer- cialisation ont fortement pesé sur

 Commerce, immobilier et BTP concentrent encore l’essentiel des défaillances, révélant des vulnérabilités sectorielles et territoriales persistantes.

les promoteurs, notamment les structures de taille intermédiaire, dont l’endettement reste élevé et la rotation des actifs plus lente. Le BTP, qui représente 14% des défaillances, cumule plusieurs facteurs de risque : dépendance aux marchés publics, retards de paiement chroniques, forte expo- sition à la volatilité des coûts des matériaux et pression sur les marges. Dans certaines branches, les délais de règlement peuvent dépasser 120 à 150 jours, ce qui fragilise particulièrement les PME sous-traitantes. Le transport et l’industrie manufacturière, totali- sant ensemble environ 15% des défaillances, sont confrontés à des contraintes de coûts fixes élevés (carburant, énergie, main- tenance, masse salariale) et à une forte exposition aux variations de la demande. Dans l’industrie, la dépendance aux intrants impor- tés et aux chaînes de valeur inter- nationales accentue la vulnérabi- lité, surtout pour les entreprises peu capitalisées. En effet, ces secteurs partagent des caractéristiques communes, à savoir une forte intensité capi- talistique, dépendance à la tré- sorerie, faible capacité d’absorp- tion des chocs et exposition aux retards de paiement. Tant que ces fragilités structurelles ne seront pas traitées de manière ciblée, via l’accès au finance- ment, la réduction effective des délais de paiement et l’accompa- gnement managérial des TPME, ces branches resteront mécani-

quement surreprésentées dans les statistiques de défaillances.

quelques semaines, peut provo- quer un effet domino sur leur capacité à payer fournisseurs et employés. • Concentration dans des sec- teurs risqués : le commerce, le BTP et les services représentent la part la plus importante des défaillances. Ces secteurs sont soumis à des marges faibles, une forte concurrence et des cycles d’activité courts ou saisonniers. • Accès limité au financement formel : seulement un quart des jeunes PME parvient à obtenir des crédits bancaires structurés. Le reste dépend de l’autofinance- ment ou du crédit fournisseur, ce qui limite leur capacité à croître et à résister aux crises. La combinaison de trésore- rie faible, expérience limitée et exposition aux retards de paie- ment, dans des secteurs à risque, explique pourquoi la majorité des PME échoue avant cinq ans, malgré les mesures de soutien récentes. F. N. H. : La concentra- tion géographique reste très marquée, avec Casablanca-Settat (29%), Rabat-Salé-Kénitra (15%) et Fès-Meknès (12%) en tête. Comment interprétez- vous cette cartographie des défaillances ? Est-elle le reflet du tissu économique ou révèle-t-elle des désé- quilibres territoriaux plus profonds ? Dr M. B. : Je pense que cette

F. N. H. : Les PME repré- sentent 98,8% des entre- prises en défaillance, et la majorité d’entre elles n’at- teint pas cinq ans d’exis- tence. Comment expliquer ce phénomène ? Dr M. B. : Ce phénomène traduit la fragilité structurelle des jeunes PME, qui forment l’essentiel du tissu économique marocain, mais restent très exposées aux chocs. Les causes sont multiples : • Capitaux insuffisants et tré- sorerie tendue : beaucoup de jeunes entreprises naissent avec peu de fonds propres et n’ont pas de réserves pour absorber les imprévus. En pratique, leur trésorerie couvre souvent moins de deux mois de fonctionnement. • Expérience managériale limi- tée : ces entreprises manquent souvent de compétences en gestion, planification et stratégie commerciale, ce qui accroît leur vulnérabilité face aux fluctuations du marché. • Dépendance aux délais de paiement : la majorité des jeunes PME dépend fortement des clients pour leur financement quotidien. Tout retard, même de

Si la conjoncture macroéconomique s’améliore, les entreprises, en particulier les PME, restent confrontées à des fragilités profondes liées à la trésorerie, aux délais de paiement et à l’accès au financement.

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