FNH N° 1225

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 12 FÉVRIER 2026

geante, mais les chiffres montrent que la baisse des défaillances reste encore modeste, à -3,3%. Cela révèle que la conjoncture positive seule ne suffit pas : les causes de défaillance sont en grande partie structurelles. Pour moi, plusieurs leviers sont essentiels. D’abord, le renforce- ment de la trésorerie des PME. Aujourd’hui, près de 60% des entreprises en difficulté dis- posent de moins de deux mois de trésorerie. Même avec une croissance de 5%, ces structures restent vulnérables aux retards de paiement et aux fluctuations du marché. Il faut donc élargir l’accès au financement, via des garanties ciblées et des fonds de roulement sectoriels. Ensuite, il est crucial d’amélio- rer la discipline de paiement. La loi 69‑21 est un outil impor- tant, mais son impact réel sur les flux de trésorerie reste pro- gressif. L’application stricte des sanctions et la digitalisation des paiements peuvent rapidement réduire la pression sur les PME. Par ailleurs, la formation et l’accompagnement des entre- preneurs sont déterminants. Beaucoup de jeunes PME échouent avant cinq ans faute de compétences en gestion et stratégie. Un accompagnement ciblé, gestion de trésorerie, pla- nification et diversification, peut considérablement améliorer leur résilience. Enfin, il faut prendre en compte les déséquilibres sectoriels et territoriaux. Les régions et sec- teurs les plus exposés, comme Casablanca-Settat ou le BTP, nécessitent des mesures spéci- fiques pour moderniser les pra- tiques et réduire les vulnérabili- tés. Pour amplifier durablement la réduction des défaillances, il faut une approche intégrée : soute- nir la trésorerie, discipliner les paiements, renforcer les com- pétences des entrepreneurs et cibler les fragilités sectorielles et territoriales. Seule cette combi- naison permettra de transformer la légère baisse observée en ten- dance durable pour le tissu pro- ductif marocain. ◆

 Les chiffres disponibles confirment que la loi n°69-21 sur les délais de paiement a enclenché un changement mesurable, mais graduel.

densité économique qui explique les chiffres, mais aussi la fragi- lité structurelle des entreprises locales. Fès-Meknès, représen- tant 12% des défaillances, illustre une autre réalité : il s’agit d’une région moins industrialisée, avec une forte proportion de petites structures dans le commerce, l’artisanat et le BTP. Ces entre- prises sont très sensibles aux cycles économiques locaux et ont souvent des ressources limitées pour gérer les fluctuations. En ce sens, la concentration des défail- lances reflète bien une vulnérabi- lité structurelle et non seulement la taille du tissu économique. Si l’on regarde l’ensemble du pays, les trois régions les plus touchées cumulent plus de la moitié des défaillances, soit 56%, alors qu’elles représentent environ 55% des entreprises for- melles. Ce parallèle montre que la répartition suit assez fidèlement la densité économique, mais elle met également en évidence des déséquilibres dans la résilience des entreprises selon les terri- toires. Les zones périphériques ou moins développées, comme Tanger-Tétouan-Al Hoceïma ou Souss-Massa, présentent certes moins de défaillances en valeur absolue, mais leurs PME restent très fragiles. En effet, elles dis- posent de moins de capitaux, d’un accès plus limité au finan- cement et d’infrastructures moins développées, ce qui les rend extrêmement vulnérables aux chocs locaux et internationaux.

répartition est à la fois logique et révélatrice. Elle traduit d’abord la structure même de l’économie marocaine, mais elle met éga- lement en lumière des déséqui- libres territoriaux qui persistent depuis plusieurs années. Prenons l’exemple de Casablanca-Settat, qui concentre près de 29% des défaillances. À première vue, cela peut sem- bler disproportionné, mais si l’on considère que cette région repré- sente près de 40% des entre- prises formelles du pays, cela devient plus compréhensible. Casablanca n’est pas seulement le plus grand centre économique du Maroc : c’est un véritable hub où se concentrent les activités industrielles, commerciales et de services. Or, ces secteurs, notam- ment le commerce et le BTP, sont historiquement les plus exposés aux défaillances. La densité des entreprises, la forte concurrence et la pression sur les marges expliquent donc pourquoi nous observons ici un nombre élevé de dépôts de bilan. Rabat-Salé-Kénitra, avec 15% des défaillances, reflète une situation différente. Cette région a un poids institutionnel important et un tissu économique orienté vers le tertiaire, l’immobilier et le commerce. Les défaillances y touchent surtout des PME jeunes et fragiles, qui n’ont pas encore construit de trésorerie suffisante pour absorber les retards de paie- ment ou les aléas du marché. Ici, ce n’est pas seulement la

Cette cartographie est double : elle montre la concentration naturelle des entreprises dans les grands pôles économiques, mais elle révèle aussi les désé- quilibres territoriaux, les diffé- rences de maturité des PME et la capacité variable des régions à absorber les chocs économiques. Pour moi, la leçon à retenir est la suivante : même si Casablanca, Rabat et Fès concentrent la majo- rité des défaillances, il ne faut pas négliger les fragilités structurelles dans les autres régions. Pour limi- ter durablement les défaillances, il faudra agir sur la résilience des PME, l’accès au financement et le soutien aux territoires moins développés, afin que l’équilibre économique du pays ne repose pas uniquement sur quelques pôles. F. N. H. : Malgré des indi- cateurs macroéconomiques globalement positifs (crois- sance avoisinant 5%, amé- lioration de la pluviomé- trie, reprise de certains secteurs), la baisse reste limitée. Que faut-il entre- prendre concrètement pour amplifier durablement la réduction des défaillances ? Dr M. B. : Il est vrai que la situation macroéconomique est encoura-

Dans certaines branches, les délais de règlement peuvent dépasser 120 à 150 jours, ce qui fragilise particulièrement les PME sous-traitantes.

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