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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 12 FÉVRIER 2026
Corruption
Un modèle économique invisible
le classement Doing Business et remonter de vingt-cinq places dans l’indice de compétitivité du Forum économique mondial. Dix ans après, non seulement ces objectifs ne sont pas atteints, mais le Maroc se retrouve avec un indice inférieur à celui de 2018. La rupture la plus marquante ne se lit pas seule- ment dans les classements internationaux, mais dans les choix législatifs récents. Le retrait de projets de loi structurants sur l’enrichissement illicite et l’occupation illégale des biens publics a envoyé un message désastreux. Celui d’un com- bat remis à plus tard, voire édulcoré. La suite n’a guère rassuré. L’adoption de textes controversés, notamment la réforme de la procédure pénale limitant l’action des associations dans les affaires de fonds publics, a accentué le sentiment d’un recul. En restreignant l’accès à la plainte, on res- treint mécaniquement la capacité de la société à se défendre contre les abus. A cela s’ajoute le «gel de la promulgation d’un corpus juridique anticorruption préconisé par la Constitution de 2011, notamment la loi régis- sant les conflits d'intérêts et la révision des lois connexes, y compris la loi sur le droit d'accès à l'information, la loi sur la déclaration de patri- moine et la loi sur la protection des lanceurs d'alerte» , dénonce Transparency Maroc. Or, sans ces garde-fous, la lutte contre la cor- ruption se transforme en exercice théorique,
déconnecté du quotidien des citoyens et des entreprises.
L a publication par Transparency International de l’Indice de perception de la corruption pour 2025 est révélateur d’un profond malaise que les discours officiels peinent à dissiper. Avec un score de 39 sur 100 et une 91 ème place mondiale sur 182 pays, le Maroc confirme une stagnation inquiétante. Depuis 2012, le Royaume navigue dans une zone grise et alterne entre espoirs et rechutes régu- lières. L’embellie de 2018 (73 ème sur 180 pays avec un score de 43), saluée à l’époque comme un tournant, apparaît aujourd’hui pour ce qu’elle fut sans doute, un sursaut plus qu’un changement de cap. En sept ans, ce sont quatre points perdus et dix-huit places envolées, symbole d’une volonté politique perçue comme laxiste. Le contraste est d’autant plus saisissant que le Maroc a lancé en grande pompe, en 2016, sous la houlette du PJD, la stratégie nationale de lutte contre la corruption. Ambitieuse sur le papier, avec ses seize axes, 239 projets, dix programmes et une enveloppe annon- cée de 1,8 milliard de dirhams, elle s’était fixée des objectifs chiffrés précis à l’horizon 2025 : atteindre un score de 60 sur 100 à l’Indice de per- ception de la corruption, gagner vingt rangs dans Par D. William
Un fléau qui pèse lourd sur l’économie La corruption n’est pas seulement une question morale ou institutionnelle. Elle est devenue un paramètre économique à part entière. Les esti- mations de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) parlent d’un coût annuel avoisinant 50 milliards de dirhams, soit entre 3,5 et 6% du PIB. Cette somme colossale échappe à l’investisse- ment productif, aux politiques publiques et à la création d’emplois. Elle nourrit des rentes, conso- lide des positions acquises et creuse les inéga- lités. Parmi les premières victimes, il y a les très petites, petites et moyennes entreprises, colonne vertébrale du tissu économique national. Or, ce sont précisément ces entreprises qui absorbent chaque année une partie des milliers de jeunes arrivant sur le marché du travail. Leur fragilisation se traduit directement par un chômage plus élevé. Bref, la corruption au Maroc n’est pas un accident du système : elle en est devenue l’un des rouages silencieux. Tant qu’elle sera tolérée sous des formes banalisées, du petit billet présenté comme une faveur au grand détournement déguisé en habileté administrative, elle continuera d’étouffer l’économie et d’éroder le lien entre l’Etat et les citoyens. ◆ oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)
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