Finances News Hebdo N° 1074

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BOURSE & FINANCES

FINANCES NEWS HEBDO

VENDREDI 29 JUILLET 2022

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pic à 8,5% au moins de juin 2022 contre 8,6% pour la zone Euro. Concernant l’Italie, il s’agit là du niveau d’inflation le plus élevé jamais enregistré depuis 1986. Et la situation ne va qu’empirer, et risque de présenter des difficul- tés à très court terme. En effet, la BCE vient de remon- ter de 50 points de base son taux de refinancement principal et son taux de refinancement marginal; il s’agit là de la première hausse depuis onze ans. Son objectif : combattre l’inflation qui atteint des sommets jamais enregistrés dans l’Union. La BCE met égale- ment fin à 8 ans de taux négatif sur les dépôts, en ramenant le taux sur les dépôts à zéro. Elle amorce donc un resserrement monétaire, quelques mois après que la Réserve fédérale et la Banque d’Angleterre ont démarré ce même chemin (de façon syn-

chronisée). Elle annonce égale- ment que de futures hausses sont à prévoir, lors des prochains mois. Juste après l’annonce du départ de Draghi, le taux d’intérêt sur la dette italienne à 10 ans a aug- menté de 22 points de base à 3,6%, et le différentiel de taux entre la dette publique allemande et italienne s’est creusé de 30 points de base pour atteindre 2,33%. Le renchérissement du coût de la dette – dû aussi bien au départ de Draghi qu’à la fin du programme de rachat obligataire de la BCE et à la hausse de son taux directeur – alourdira le coût de la dette sur les prochaines émissions obligataires souve- raines, et déséquilibrera davan- tage le budget. Cette hausse du coût de l’emprunt, conjuguée à une faible croissance, aura pour effet d’accroître le poids de la

dette (qui est déjà très élevé à 150% du PIB), ce qui pèsera davantage sur l’économie ita- lienne. Les marchés boursiers italiens se sont repliés de -5% après la démission de Draghi. Depuis le début de l’année, le marché ita- lien est en recul de -23%, contre -17% pour la zone Euro. Bien sûr, nous ne sommes pas à l’abri d’un accident, où les mar- chés refuseraient de reconduire une émission obligataire venant à terme, initiant ainsi un mouve- ment de panique. Le risque est élevé, car d’ici fin 2022, l’Italie doit refinancer plus de 200 mil- liards d’euros de dette. C’est ce que la BCE tente d’anticiper – aussi bien pour l’Italie que pour d’autres pays fragiles – avec un nouveau mécanisme dénommé TPI (Transmission Protection Instrument). De quoi

s’agit-il ? D’un instrument de politique monétaire non conven- tionnelle, qui autorise la BCE à acheter la dette de tous les pays (publique et privée, et sans limite de volume) qu’elle estime pénalisée par une remontée trop abrupte des taux, pouvant mener à des risques de refi- nancement. C’est un joker que la BCE cache sous sa manche, pour réagir rapidement si cette situation se présentait en Italie ou ailleurs. Car, dans la fou- lée, la hausse des taux sur les emprunts italiens s’est accom- pagnée par une hausse sur la dette grecque, espagnole et portugaise. Plusieurs pays euro- péens sont donc concernés. ◆ (*) : Omar Fassal travaille à la stratégie d’une banque de la place. Il est l'auteur de trois ouvrages en finance et professeur en Ecole de commerce. Retrouvez le sur www.fassal.net.

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