Les nudges - Focus RH

LES NUDGES AU SERVICE DE LA FORMATION

Publié initialement le 13/04/2018 sur Focus RH

Popularisés par l’économie comportementale il y a 10 ans de cela, les nudges suscitent aujourd’hui un intérêt grandissant en France. Santé, éducation, développement durable, ou encore finance, de nombreux secteurs ont adopté ces incitateurs pour rendre nos comportements plus vertueux. Fort de leur succès, ils font maintenant leur entrée dans le management et la formation. Focus sur ces leviers neurocognitifs particuliers. Nudge est un terme anglais qui signifie « coup de coude ». Dans les faits, ce sont des incitations non-obligatoires qui visent à rendre nos comportements plus vertueux. Pour cela, ils vont s’appuyer sur la prédictibilité de nos erreurs de jugement, appelés biais cognitifs afin d’orienter « passivement » les personnes vers les options plus « raisonnées ». Ce sont donc des outils très intéressants pour contrecarrer des difficultés dans le cadre de la formation tels que le manque d’attention et de concentration, l’appropriation des connaissances, ou bien encore la pérennisation des acquis. Voici quatre moments forts de la formation où les nudges peuvent être de précieux alliés . L’ancrage Souvent relégué en objectif final de tout parcours de formation, l’ancrage est en fait une étape cruciale qu’il faut penser en amont de tout programme car il permet de mobiliser l’attention soutenue des apprenants. Lors de cette phase, les nudges peuvent capitaliser sur 2 biais cognitifs :

Le biais de cadrage reflète notre tendance à être influencé par la manière dont une situation est présentée. Dire que 70% des personnes ayant suivi cette formation sont satisfaits, ou que le taux d’insatisfaction s’élève seulement à 30%, n’aura pas le même impact auprès des participants, même si ces statistiques signifient peu ou prou la même chose. Le cadrage est donc essentiel pour former la « 1ère impression », et aura une influence indéniable sur l’ancrage mental. L’effet de halo va venir amplifier le biais de cadrage. Ainsi, les participants auront tendance à percevoir sélectivement les informations qui vont dans le sens de cette première impression, cherchant ainsi à confirmer leur croyance initiale. C’est pour ces raisons que les nudges peuvent avoir une action efficace pour dissiper les doutes des participants, et ainsi les recentrer sur le contenu avec attention et intérêt. La transférabilité La transférabilité est cette étape qui marque l’acquisition d’une connaissance – processus nécessitant action et réflexion qui vise à se faire une représentation des acquis que l’on peut expliquer avec ses propres mots. C’est un marqueur essentiel de tout apprentissage Là, le biais rétrospectif (l’effet « je le savais depuis le début ») peut être un redoutable allié s’il est combiné avec de bons nudges. Cette tendance naturelle à juger a posteriori qu’un événement était prévisible est là pour assouvir notre besoin de certitude. Par une stratégie d’anticipation qui consiste à « projeter » les apprenants dans le futur, nous pouvons donc utiliser ce biais à notre avantage. Quelle que soit la méthode utilisée (storytelling, design fiction), il est essentiel de passer par la mise en action . Les apprenants doivent donc être « auteur » de leur récit afin de consolider les acquis, et les transformer ainsi en connaissance.

La transposition Une fois les connaissances établies, celles-ci peuvent devenir des savoirs qui marquent l’étape de transposition et se caractérisent par le fait que les informations, dans un domaine donné, vont s’organiser en un ensemble de notions admises et transmissibles. Ces savoirs acquis vont pouvoir être utilisés à des fins pratiques, et donc s’adapter aux besoins de l’apprenant en dehors du contexte de la formation. Là aussi les nudges vont pouvoir s’appuyer sur quelques biais pour favoriser la transposition. Le biais d’association justement nous incite à étendre les qualités (ou les défauts) perçus dans une situation donnée, à d’autres situations similaires ou proches. Avec un design de nudges intelligemment fait, nous pouvons capitaliser par anticipation sur ce biais afin de favoriser la mise en application des connaissances hors formation , et promouvoir ainsi le développement de savoirs. La durabilité Enfin la dernière étape essentielle à tout programme de formation est d’assurer la durabilité des connaissances et des savoirs transmis en prenant en compte les environnements de travail . En effet, toute nouvelle pratique va perturber l’ écosystème de l’apprenant . Il faut donc que ces pratiques soient viables afin que l’environnement de travail retrouve un nouvel équilibre. Pour favoriser cela, il faut lutter contre d’éventuel biais de statu quo, principale source de résistance au changement. Aussi, les nudges auront tout intérêt de profiter d’un autre biais encore plus puissant pour promouvoir le changement : l’aversion à la perte. Celle-ci traduit le fait que nous attachons plus d’importance à une perte qu’à un gain de même importance. Ainsi, présenter « ce que l’on risque de perdre » si les efforts entrepris ne sont pas poursuivis est un puissant levier pour se « désancrer » des anciennes routines.

Article rédigé par Riadh LEBIB

Riadh LEBIB est Cognitive Designer chez SBT Human(s) Matter. Docteur en Neurosciences, et diplômé en Thérapies Comportementales et Cognitives. Il compte 10 ans d’expérience en recherche fondamentale, et travaille depuis 7 ans dans le consulting et la formation. Spécialiste en Sciences Comportementales, il développe des solutions créatives et innovantes pour les professionnels de l’entreprise.

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