Grazia Daily Cannes Jour 10

DA I LY CANNES

S A M 19 mai

DOWN mais accueilli fraîchement en projection de presse. Le critique Michel Ciment, à qui on rétorquait «le public a aimé» , a repris le mot de Zweig: «Il sera bien le seul.» Cette année, on n’aura parlé que de ça au marché du film: le Blockchain, une technologie de stockage et de transmission de contenus audiovisuels révolutionnaire. Ce game changer suscite un énorme intérêt chez les jeunes loups de l’industrie cinématographique. Bien que Burning soit le mieux noté dans toute l’histoire cannoise par la presse internationale, son réalisateur Lee Chang-dong a avoué: «La Croisette, c’est ce que je hais le plus: le smoking, les sourires aux caméras. Mais mon film en a évidemment besoin.» UP PROTOCOLE NEW KIDS ON THE BLOCK Capharnaüm de Nadine Labaki a été ovationné en projection officielle, THE PEOPLE VS MICHEL CIMENT

Cannes sans dormir JOUR 10 Par Philippe AZOURY K ate Moran et Vanessa Paradis m’examinaient de la tête aux pieds, façon bilan de santé. «Ça va, tu as l’air presque frais pour quelqu’un qui a repoussé les limites de l’insomnie. Ça tourne presque au pornographique, ton histoire: le no sleep porn. Les gens s’attendent à te voir mourir en direct, dormir comme un gros bébé cadum.» Dormir, c’est mourir, avait glissé Louise. «Ne rien céder», nous écrivait Joseph sur IG, que nos bêtises rendaient insomniaque à distance, depuis Paris. On s’excuse, Joe: c’est un sport stupide, confondre la nuit et le jour, tendre le fil jusqu’à ce qu’il casse, c’est vain et débile, un jour, je le paierai cher, je sais, mais pour l’heure, rien n’est plus important que d’être sur la terrasse de l’appartement, entouré d’Ele- na et de Romain, sous une lumière que l’au-delà de la fatigue rendait plus sensiblement et intensément bleu. Olivier nous attendait hilare devant la porte, il n’était pas 7h: «On vous entend rire jusqu’au Suquet. J’ai lancé un café…» Ça tombait bien, on avait pour lui et Gérard les mains pleines de croissants, on avait déva- lisé les deux boulangeries déjà ouvertes. Rien ne suffi- sait, ça n’était jamais assez. On en voulait encore. On aurait dit des enfants. On cherchait des idées de films à présenter au comité de sélection l’année prochaine: «Qu’est-ce que tu penses d’ «Albane, année zéro»: un drame dans lequel un gosse erre sur un rooftop cannois toute une nuit, affligé devant tant d’inconséquence?» C’était pas si vrai: Cannes cette année avait été ce qu’il avait oublié d’être les dernières années: humain et porté par l’envie que ça redevienne bien, toute cette histoire. Le numéro que vous allez lire, le dernier, a été fait dans cet état de douceur extrême. On tapait les premières lignes des chroniques quand un homme et une femme se sont jetés à la mer sous nos yeux: il était 7h30, on pouvait les apercevoir du balcon. Cette image de carte postale azur, la dernière de Cannes et la première de l’été qui vient, est maintenant à vous. Notre manière à nous de vous embrasser sur les pau- pières et vous souhaiter bonne nuit, maintenant.

où survivent tous les damnés du Proche-Orient, mais aussi les esclaves du capitalisme «moderne», femmes érythréennes ou philippines aussi bien traitées qu’une serpillière. Zein, un enfant «d’à peu près» 12 ans, se démène dans ce labyrinthe, trafiquant toute lamisère qui peut se trafiquer. Au regard d’une généalogie dont le cinéma a le secret, Zein est le des- cendant direct d’Edmund, le petit garçon d’ Allemagne année zéro de Rossellini vaquant dans les ruines de Berlin. Innocent et rusé, candide et dessalé, jeune et prématurément vieux, si beau, si amoché. Ça n’est jamais commode de faire jouer un enfant, qui plus est quand on colle dans son sac à dos le poids d’un bébé de quelquesmois, dont Zein décrète qu’il sera son ange protecteur. Zain Al Rafeea, réfugié syrien de 14 ans rencontré dans une rue de Beyrouth, est cet enfant perdu. Il ne joue pas, ou alors, si, il joue mais son propre rôle pour conjurer sa malédiction. Si le jury du Festival a du cran, il devrait lui attribuer le prix duMeil- leur acteur. Petit Poucet dumalheur, Zein/Zain sème des cailloux qui à la fois guident, blessent et égarent. Tout est dit de ce que l’on sait déjà : le merdier libanais, la sous-condition des femmes et des filles bonnes à marier à leurs premières règles, le commerce des êtres humains (une poignée de dollars pour un bébé). Mais à l’énergie, à l’instinct, Nadine Labaki transfigure le déjà-su en jamais- vu. Capharnaüm est un bazar sacré. CAPHARNAÜM de Nadine Labaki, avec Zain Al Rafeea… (Compétition)

Notre film du jour Capharnaüm

Un réfugié syrien de 12 ans erre dans le capharnaüm beyrouthin. Nadine Labaki crée la surprise. Par Gérard LEFORT

Les dictionnaires l’attestent: caphar- naüm désigne un débarras où sont entassés des objets hétéroclites et périmés. Capharnaüm est aussi le nom d’une ville biblique où Jésus aurait été assailli par des malades quémandant lemiracle de leur gué- rison. Le troisième filmde la Libanaise Nadine Labaki est à la croisée de ces définitions: un sacré bazar. Où l’on n’a pas envie de piocher ce qui par- fois l’encombre: montage en flash- back inutilement déroutants ou musique violoneuse.Mais on prend tout le reste. Surtout sa façon de presser le fruit du quasi-documentaire pour en extraire le jus d’une fiction acide et crève-cœur. Beyrouth aujour­ d’hui, du point de vue des bidonvilles

Nos coverstars #10: Vanessa Paradis et Kate Moran, en robes Chanel, bijoux Chanel Joaillerie, montre Chanel Horlogerie et maquillage Chanel. Double C, double je, double couteau dans notre cœur. Avec les doigts. A l’année prochaine, essayons de dormir un peu d’ici là. Ok, Philippe?

SAMEDI 19.05.2018 - 1

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