NOUS SOMMES VIVANTS — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d'entreprise
Folke 2025 : on ne gère plus des ressources mortes Les travaux de Carl Folke et ses collègues du Stockholm Resilience Centre (2025) déplacent le point de référence de la gestion d'entreprise. Si l'on suit leur cadre, la performance d'une organisation ne se mesure plus à sa capacité à « résister » au marché (résilience classique) mais à sa capacité à générer les conditions pour que son écosystème — fournisseurs, sols, employés, communautés — puisse se renouveler de lui-même . La régénération consiste à gérer non pas des impacts, mais le renouvellement du potentiel de vie d'un territoire ou d'une organisation. En résumé : on ne gère plus des ressources mortes (matières premières, stocks, flux) — on gère des capacités vivantes (fertilité, relations, vitalité). C'est exactement ce que le Capacity Score tente d'opérationnaliser. Mais la distance entre le cadre théorique de Folke et la réalité d'un dirigeant confronté à ses comptes trimestriels est immense — et c'est cette distance que la Partie IV (preuve économique) doit combler. Le tunnel carbone — et la vision pluridimensionnelle Ce livre blanc est, entre autres choses, un remède au « tunnel carbone » — le biais systémique qui consiste à ne regarder que le CO ■ dans les trajectoires de transition. Le tunnel carbone produit trois effets pervers : il rend invisibles les autres dimensions du vivant (biodiversité, eau, sols, santé humaine), il favorise les solutions technologiques monosectorielles (capture carbone, compensation) au détriment des approches systémiques, et il permet à des organisations de se déclarer « en transition » tout en dégradant activement d'autres dimensions. Le Capacity Score propose une vision pluridimensionnelle à travers ses six leviers — mais cette pluridimensionnalité a un coût : elle est plus difficile à communiquer, à certifier et à comparer qu'un chiffre carbone. C'est un choix assumé : la réalité du vivant est multidimensionnelle, et tout outil qui la réduit à un seul indicateur ment par simplification. L'objection de fond : l'entreprise peut-elle être le moteur de la régénération planétaire ? Le succès de l'approche Nous Sommes Vivants repose sur un pari audacieux : que l'entreprise commerciale — avec ses contraintes de rentabilité, de croissance, de compétition — puisse être un vecteur de régénération plutôt qu'un agent de dégradation à contenir. Ce pari n'est pas naïf : les Lauriers, les cas Michelin et Patagonia, la filière laine montrent que c'est possible au niveau du produit et de la filière. Mais l'objection de fond demeure : est-ce que la régénération du vivant est compatible avec le dogme de l'activité commerciale croissante ? Le cadre Nous Sommes Vivants répond partiellement : la section 7.4 (post-croissance et capacités du vivant) pose que la régénération ne requiert pas la décroissance — elle requiert un changement de nature de la croissance . Croître en volume de matière extraite est dégénératif ; croître en services socio-écosystémiques rendus est potentiellement régénératif. Mais « potentiellement » n'est pas « nécessairement ». Le test de robustesse (section 4.9) — capacité + preuve par les effets — est là pour faire le tri. Et la démonstration formalisée que ce tri fonctionne à l'échelle, dans la durée, dans des secteurs variés, reste le chantier ouvert de la Partie IV. Ces trois tensions ne sont pas des faiblesses du cadre — elles en sont les frontières actives . Un cadre qui n'aurait pas de frontières serait une idéologie. Un cadre qui nomme ses frontières et organise le travail pour les repousser est un programme de recherche-action — et c'est ce que ce livre blanc prétend être.
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