ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 20 FÉVRIER 2025
tion au processus de formation du capital, en particulier dans la construction et l’entretien des infrastructures. Cette réin- dustrialisation de la production domestique, quoique taxée de protectionnisme, est à même de corriger le biais de ‘tertiari- sation prématurée’ dont souffre l’économie du Maroc». Changer de paradigme Clairement, le Royaume doit accélérer ses réformes structu- relles pour favoriser la création d’emplois durables. Cela passe par trois chantiers majeurs : un changement de paradigme éco- nomique, l’agriculture, soumise aux aléas climatiques, ne pou- vant plus être le seul moteur de l’économie marocaine; une refonte de l’éducation et de la formation pour adapter les cur- sus universitaires aux besoins réels des entreprises et ren- forcer la formation profession- nelle; et enfin un environnement plus propice aux PME et aux startups qui doivent être mieux accompagnées en termes de financement et de réglemen- tation. D’ailleurs, Cardarelli ne dit pas autre chose. Selon lui, «pour stimuler la création d'em- plois, il convient de mettre en œuvre une nouvelle approche des politiques actives du mar- ché du travail, en se concen- trant sur la main-d'œuvre per- due dans le secteur agricole en raison de la succession des sécheresses. Il faudrait s'atta- cher tout particulièrement à encourager la croissance des petites et moyennes entre- prises (PME) et à favoriser leur intégration dans les chaînes de valeur sectorielles». Le gouvernement saura-t- il opérer ce virement straté- gique nécessaire pour inverser durablement la courbe du chô- mage ? Saura-t-il sortir du sché- ma des solutions temporaires et engager enfin le virage d’une croissance réellement inclusive et créatrice d’emplois ? C’est à voir. En attendant, 1,638 mil- lions de personnes se rongent les ongles sur le banc de touche du marché du travail. ◆
Comment concilier assainissement des finances publiques et soutien à la croissance ?
Pour Hachimi Alaoui, «il s’agit surtout de concilier l’objectif à court terme de stabilité macroéconomique, avec un objectif à moyen terme de viabilité de la dette publique. À cet égard, la politique budgétaire au Maroc affiche un profil contracyclique, et ce depuis 2012. Le solde budgétaire global est positivement corrélé au cycle économique, reflétant ainsi des phases de consolidation des finances publiques lors des périodes d’expansion, et un effort budgétaire de relance lors des phases de récession. Certes, il est difficile d’identi- fier le sens de la causalité entre la conjonc- ture et le solde budgétaire, puisque les recettes publiques baissent automatiquement lors des phases de récession (effet des stabilisateurs automatiques), quand bien même l’État peut décider de réduire les recettes fiscales pour relancer l’économie (effet de l’impulsion dis- crétionnaire). Néanmoins, la décomposition du solde budgétaire en composantes cyclique et structurelle permet de déduire une orienta- tion volontairement contracyclique de la poli- tique budgétaire au Maroc. Quoique louables quant à l’objectif de stabi- lité macroéconomique, ces impulsions budgé- taires ne peuvent être maintenues en l’absence d’un espace fiscal, car elles impliquent un creusement du déficit budgétaire et une accu- mulation de la dette publique. C’est pourquoi les autorités budgétaires au Maroc envisagent d’assigner un objectif à moyen terme à la poli- tique budgétaire, en imposant une règle bud- gétaire sous forme d’une fonction de réaction du solde budgétaire aux déviations du ratio de la «Dette publique/PIB» par rapport un point d’ancrage. Ce dernier, ainsi que les modali- tés d’application de la règle budgétaire, seront déterminés dans le cadre de la refonte prévue de la loi organique relative à la Loi de Finances. En somme, les autorités budgétaires aspirent à une stratégie d’arbitrage entre les objectifs à court et à moyen terme des finances publiques, en vue d’implémenter une politique fiscale qui soit saine et soutenable» .
Au total, 1,638 million de personnes se rongent les ongles sur le banc de touche du marché du travail.
Des initiatives vaines ? Face à cette situation, le gou- vernement a initié plusieurs programmes pour booster l’emploi : Idmaj, Tahfiz, Taehil, Awrach, Ana Moukawil… Une panoplie de dispositifs censés faciliter l’accès au travail, mais qui n’arrivent pas à enrayer la montée du chômage. C’est pour cette raison que l’Exécutif a annoncé un plan d’investisse- ment massif de 14 milliards de dirhams pour stimuler l’emploi et encourager l’entrepreneuriat. L’idée ? Favoriser les investis- sements à forte valeur ajoutée, améliorer les programmes d’in- sertion et soutenir les opportu- nités d’emploi en milieu rural. Très ambitieux. Mais en réalité, sans un chan- gement structurel profond, ces mesures risquent de n’être qu’un pansement sur une jambe de bois, sans effets probants sur le chômage. Un chômage que Hachimi Alaoui estime «ten- danciel, avec une composante structurelle liée à la nature du régime de croissance» . En cela, explique-t-il, «au Maroc, l’accu- mulation du stock de capital
se fait à travers des flux d’in- vestissement qui sont financés, en grande partie, par l’épargne extérieure. En ce sens, la forma- tion du capital fixe s’appuie sur des inputs importés, en plus du recours aux services des opéra- teurs étrangers pour les grands chantiers d’infrastructure, ce qui creuse davantage le déficit de la balance commerciale et détériore la position extérieure du Maroc» . Dans ce tableau sombre, il y a néanmoins une lueur d’espoir. Alaoui souligne en effet qu’il est néanmoins «possible de main- tenir ce régime de croissance, tout en associant le travail au processus d’accumulation du capital». A cet égard, explique-t-il, «des mesures fiscales peuvent réduire la dépendance du capi- tal fixe aux inputs importés, en augmentant le coût des impor- tations de biens et services des- tinés à l’investissement. Cela revient à reconnaître et valoriser le travail domestique, non seu- lement comme facteur de pro- duction, mais aussi et surtout comme une forme de contribu-
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