BOURSE & FINANCES
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 27 FÉVRIER 2026
Paiement mobile Une mutation en cours, sans rupture avec le cash L Le paiement mobile gagne du terrain au Maroc, porté par la digitalisation et l’inclusion finan- cière. Pourtant, l’économie reste largement dominée par les transactions en espèces. Par K. A. actives, dont 12 portées par des établissements de paiement, signe d’un secteur qui gagne en maturité et en structuration. Mais le contraste apparaît dès que l’on élargit le regard. Les données monétiques globales montrent que le digital progresse surtout via la carte bancaire. Selon les dernières statistiques liées à l’activité du Centre monétique interbancaire, plus de 215 millions d’opérations monétiques ont été traitées en 2024, pour un volume proche de 90 milliards de dirhams. Le sans contact représente désormais près des trois quarts des transactions.
Et ce n’est pas uniquement une question de technologie. C’est avant tout une question de confiance, d’habitude, et sou- vent de coût. Pour beaucoup de petites entreprises, les frais asso- ciés aux systèmes de paiement électroniques sont encore per- çus comme trop lourds compa- rés à l’absence de commission du cash. Sans compter que certains consommateurs se méfient encore des aspects techniques ou de la sécurité, même si les autorités tra- vaillent à renforcer la protection des instruments digitaux. Pourtant, tous les signaux ne sont pas négatifs. L’usage des paie- ments mobiles se structure pro- gressivement autour de cas d’usage concrets : règlement de factures, versements sociaux, transferts de personne à personne et même paiements chez des commerçants qui commencent à accepter le m-wallet de manière régulière. Le marché montre une double dynamique : d’un côté, une adoption rapide des technologies par une population jeune, connec- tée et exigeante; de l’autre, une économie encore largement mode- lée par le cash, ancré dans les comportements et les chaînes de valeur traditionnelles. Pour Jabbari, «on se situe aujourd’hui à un point d’inflexion. Les solutions de paiement mobile sont opérationnelles et leur adop- tion progresse, mais leur ancrage dans les pratiques économiques demeure limité par des habitudes solidement installées et par une infrastructure d’acceptation encore inégale. Tant que le paiement mobile ne sera pas adopté naturel- lement par tous, le cash continuera de dominer». Ce constat renvoie à une transition qui est bien plus qu’un simple chan- gement de technologie : c’est un changement d’habitude collectif. Et comme tout changement culturel, il prend du temps. Le mobile a déjà transformé des secteurs entiers, de la communication à l’accès à l’information. Le paiement évolue dans la même direction, mais à un rythme plus mesuré, conditionné autant par les comportements des utilisateurs que par la maturité des infrastructures. ◆
élevé, poussée par des facteurs économiques, culturels et com- portementaux. Même si les jeunes urbains utilisent de plus en plus leur téléphone pour régler des fac- tures ou transférer de l’argent à un proche, les commerçants de proxi- mité préfèrent encore recevoir des dirhams dans la main plutôt que des paiements électroniques, sou- vent perçus comme moins visibles ou plus complexes à traiter pour des petites sommes quotidiennes. Un autre indicateur parlant de cette dynamique est l’usage des tran- sactions par m-wallet : si le nombre de transactions a presque doublé en 2024, passant de 9,7 millions à 19,7 millions, et si le montant total échangé avoisine 3,9 milliards de dirhams, ces chiffres restent modestes face à la masse des transactions en espèces qui cir- culent chaque jour dans le pays. Cela montre que la croissance est réelle, mais que le point de bascule vers une économie véritablement cashless est encore loin d’être atteint. Dans ce contexte, le pro- fesseur Sami Jabbari, spécialiste en économie numérique, note que «l’adoption véritablement massive du paiement mobile ne se maté- rialisera que lorsque les usages du quotidien (transports, marchés, commerces de proximité) l’intégre- ront comme un standard et non comme une alternative. À ce stade, le cash demeure, pour des millions de transactions, l’instrument le plus accessible, le plus immédiat et le moins contraignant» . Cette analyse colle à une réalité bien connue des acteurs économiques : le mobile ne remplace pas la monnaie, il s’y ajoute.
e Maroc accélère sa transition vers les paiements digitaux, mais dans les commerces de proximité et les marchés traditionnels, le cash reste encore le mode de règle- ment dominant. Aujourd’hui, les portefeuilles électroniques gagnent des millions d’usagers, mais la plu- part des transactions quotidiennes continuent de passer par la mon- naie physique. Ce décalage met en évidence une transformation en cours, mais encore freinée par des habitudes solidement installées. Selon le rapport annuel 2024 de Bank Al-Maghrib (BAM), l’un des chiffres qui frappe est l’ampleur de l’adoption des m-wallets : l’encours de portefeuilles mobiles a grimpé de 10,4 millions à 13,7 millions en un an, soit une croissance de près de 32%. Ce développement est le reflet d’un marché qui n’est plus marginal, mais qui s’insère de plus en plus dans le quotidien des utilisateurs connectés. Le mar- ché compte désormais 21 solutions
Le cash continue de dominer Derrière ces chiffres flatteurs se cache une réalité plus nuancée: malgré l’explosion des comptes de paiement mobile, le cash reste omniprésent dans l’économie. Les données de la circulation fiduciaire montrent que la monnaie physique continue de circuler à un niveau
En 2024, le nombre de portefeuilles mobiles a atteint 13,7 millions (+32% sur un an) pour 19,7 millions de transactions totalisant 3,9 milliards de dirhams, selon Bank Al-Maghrib.
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