ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 27 FÉVRIER 2026
ment au fil des vagues d’investis- sement successives, notamment durant les périodes de forte crois- sance immobilière et d’expansion des infrastructures. Entre 2018 et 2024, les opérateurs ont mobilisé près de 8,4 milliards de dirhams d’investissements, dont près de la moitié consacrée au renforcement et à l’extension des capacités pro- ductives. A ces montants s’ajoute l’investissement spécifique lié au démarrage de la cimenterie Novacim, évalué à 2,65 milliards de dirhams, ce qui renforce encore la pression sur l’offre globale. Pourtant, cette abondance de capacités n’a pas conduit à un marché concurrentiel au sens clas- sique du terme. Le Conseil met en évidence une concentration éle- vée de l’offre, dominée par un nombre restreint d’opérateurs. Le marché est structuré autour de grands groupes, dont certains sont adossés à des multinationales de dimension mondiale, tandis que d’autres relèvent de puissants conglomérats nationaux. Ciments du Maroc et Asment de Temara contrôlés par Heidelberg Materials, LafargeHolcim Maroc, Ciments de l’Atlas ainsi que quelques acteurs régionaux se partagent l’essentiel du marché. Les indicateurs de concentration, analysés en volume et en valeur sur la période 2018-2024, confir- ment la stabilité de cette structure oligopolistique. Les parts de mar- ché évoluent à la marge, mais sans remise en cause fondamentale des équilibres existants. L’entrée de nouveaux opérateurs, notamment sous forme de centres de broyage indépendants, n’a pas suffi à bou- leverser la hiérarchie du secteur. Ces nouveaux acteurs restent souvent dépendants des grands producteurs pour leur approvision- nement en clinker, ce qui limite leur autonomie stratégique et leur capacité à exercer une pression concurrentielle significative. C’est précisément sur ce point que les promoteurs expriment leurs réserves. «Malgré une capa- cité installée importante, le marché reste structuré autour de quelques acteurs intégrés et d’une forte contrainte logistique régionale. La surcapacité ne suffit donc pas à
Le Maroc est dans une situation de surcapacité structurelle.
Marché du ciment Un oligopole sous surveillance
sujet, dans un pays comme le Maroc où la question du logement demeure centrale. L Le Conseil de la concurrence a analysé en profondeur le fonctionnement du secteur cimentier, attribuant les hausses de prix de 2022 en grande partie au choc énergétique mondial, non sans souligner la forte concentration du marché. Une industrie fortement concentrée La FNPI souligne que ces conclusions confirment l’existence de déséquilibres structurels et appelle à corriger les rigidités observées pour éviter que de nouvelles flambées des prix ne fragilisent l’écosystème immobilier. Par D. William
e rapport du Conseil de la concur- rence sur le marché du ciment s’inscrit dans un contexte mar- qué par de fortes tensions enre- gistrées sur les prix des matériaux de construction au Maroc à partir du début de l’année 2022. Ces tensions ont mis sous pression l’ensemble de la chaîne du bâti- ment et des travaux publics, avec un impact particulièrement lourd sur les promoteurs immobiliers de petite et moyenne taille. La saisine du Conseil par la Chambre des représentants et par la Fédération nationale des promoteurs immobi- liers (FNPI) traduit ainsi un malaise profond, nourri par la perception d’un décalage entre l’évolution des coûts réels de production et la dynamique des prix facturés sur le marché. Le Conseil de la concurrence a toutefois pris soin de rappeler le
cadre strict de son intervention. Il ne s’agit pas d’un dossier conten- tieux visant à qualifier des pra- tiques anticoncurrentielles ou à sanctionner des opérateurs, mais d’un avis de portée générale sur le fonctionnement concurrentiel du marché. Un avis d’autant plus important que le ciment, maté- riau incontournable de l’habitat, des infrastructures et des grands chantiers publics, concentre une part significative des coûts de construction, notamment dans le logement social et à faible valeur immobilière. Selon les données reprises par le Conseil, le ciment représente à lui seul plus de 8% du coût global hors foncier des logements sociaux et plus de 10% dans les logements à faible valeur immobilière. Cette pondération explique la sen- sibilité politique et économique du
L’un des enseignements majeurs du rapport réside dans la descrip- tion très détaillée de l’appareil pro- ductif national. A fin 2024, le Maroc dispose de 13 cimenteries inté- grées et de 10 centres de broyage, pour une capacité nominale ins- tallée de plus de 27 millions de tonnes de ciment par an et environ 17,3 millions de tonnes de clinker. Ces chiffres placent le pays dans une situation de surcapacité struc- turelle, la demande nationale étant nettement inférieure à ces niveaux, même dans les phases hautes du cycle du BTP. Cette surcapacité n’est pas un phénomène récent. Elle s’est construite progressive-
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