ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 27 FÉVRIER 2026
cipliner les prix. La comparaison internationale apporte un éclairage complémen- taire. Les benchmarks réalisés avec plusieurs pays européens et africains montrent que les prix du ciment au Maroc se situent dans une fourchette comparable, voire parfois inférieure à ceux observés dans certains marchés de réfé- rence. Cette donnée relativise l’ar- gument d’un prix marocain anor- malement élevé, tout en laissant ouverte la question du degré d’effi- cacité concurrentielle du marché national. Sur la base de ces constats, le Conseil formule une série de recommandations visant à amélio- rer le fonctionnement concurrentiel du marché du ciment. La première concerne le renforce- ment de la transparence, notam- ment en matière de prix et de coûts. Ces recommandations rejoignent, en partie, les attentes exprimées par les promoteurs. «Nous attendons un mécanisme permanent de veille et de trans- parence sur les prix, ainsi qu’un cadre contractuel plus protecteur en période de forte volatilité. La stabilité des coûts est essentielle pour préserver la viabilité des pro- jets immobiliers et la confiance des investisseurs», insiste Driss Nokta. La deuxième recommandation porte sur l’amélioration de l’ac- cès au marché, en particulier pour les acteurs du broyage et de la distribution. Le Conseil suggère d’examiner les conditions d’appro- visionnement en clinker, afin de limiter les situations de dépen- dance économique susceptibles de restreindre la concurrence. Une réflexion est également proposée sur la facilitation de l’accès aux infrastructures logistiques et por- tuaires. La troisième orientation concerne la surveillance renforcée du mar- ché. Sans préjuger de l’existence de pratiques anticoncurrentielles, le Conseil insiste sur la nécessité d’un suivi régulier et approfondi de l’évolution des prix, des marges et des capacités. Enfin, le rapport invite à intégrer pleinement les enjeux environne- mentaux et énergétiques dans la réflexion sur l’avenir du secteur. ◆
créer une pression concurrentielle automatique sur les prix», souligne Driss Nokta, vice-président de la FNPI. Autrement dit, l’excès d’offre théorique ne se traduit pas méca- niquement par une intensification de la concurrence effective sur le terrain. Le Conseil souligne également le poids des barrières à l’entrée. L’industrie cimentière est parmi les plus capitalistiques de l’économie, avec des coûts initiaux très élevés, des délais de mise en œuvre longs et une exposition importante aux contraintes réglementaires et envi- ronnementales. L’accès aux car- rières de calcaire, les autorisations environnementales, les exigences de sécurité industrielle et les inves- tissements nécessaires en matière de conformité constituent autant de filtres qui restreignent l’entrée de nouveaux acteurs. Ces bar- rières, loin d’être conjoncturelles, sont structurelles et contribuent à figer le paysage concurrentiel. Sur le plan macroéconomique, l’in- dustrie cimentière n’en demeure pas moins un pilier de l’économie nationale. A fin 2024, elle contribue à hauteur de 4% à la valeur ajoutée des industries de transformation. Elle emploie directement plus de 2.360 personnes et génère plus de 3.100 emplois indirects. Sa contri- bution fiscale est tout aussi signi- ficative, avec plus de 7 milliards de dirhams versés aux recettes de l’Etat en 2024, incluant l’impôt sur les sociétés, la TVA, l’impôt sur le revenu et la taxe spéciale sur le ciment. Prix du ciment La partie la plus attendue du rap- port concerne l’analyse des prix et leur évolution, notamment durant la période de fortes hausses observées en 2022. Le Conseil consacre une section entière à la décomposition du prix de vente départ usine, mettant en lumière la structure du coût de revient du ciment. Celui-ci est dominé par les coûts énergétiques, en particulier le coke de pétrole, mais aussi par les coûts de transport, de sacherie, de matières premières comme le gypse et le calcaire, ainsi que par les charges fiscales et environne- mentales.
Vue sur les capacités de production installées à fin 2024
Evolution des ventes globales de ciment à l’export et sur le marché national (2018-2024)
L’analyse montre que les coûts énergétiques jouent un rôle déter- minant dans la formation des prix. Le coke de pétrole, principal com- bustible utilisé dans la fabrication du clinker, a connu une volatilité importante sur les marchés inter- nationaux. Le Conseil établit une corrélation entre l’évolution de l’in- dice PACE (sur lequel est indexé le prix d’achat du coke de pétrole) et l’évolution des coûts supportés par les cimentiers. Toutefois, il observe également que la transmission de ces variations de coûts aux prix de vente n’est ni immédiate ni parfai- tement proportionnelle. Cette observation alimente le sen- timent largement exprimé par les promoteurs immobiliers d’une hausse des prix perçue comme excessive ou insuffisamment jus- tifiée par les seuls facteurs de coût. Pour Driss Nokta, «les aug- mentations observées début 2022 s’expliquent principalement par un choc exceptionnel des coûts éner- gétiques et logistiques. Toutefois, la rigidité à la baisse des prix par la suite a fragilisé les promoteurs, notamment les PME, dont les
marges sont très sensibles aux variations des intrants». Au-delà de cette conjoncture, il met également l’accent sur les déséquilibres structurels du sec- teur. «La dépendance des centres de broyage vis-à-vis du clinker limite l’intensité concurrentielle. Il est nécessaire de renforcer la transparence, d’encourager les alternatives au clinker et de favo- riser un environnement plus ouvert et équilibré entre producteurs, distributeurs et promoteurs», sou- ligne-t-il. De son côté, le Conseil ne tranche pas ce débat en termes de respon- sabilité individuelle, mais il sou- ligne que la structure du marché, marquée par une forte concen- tration et une faible dynamique concurrentielle, réduit la pression concurrentielle susceptible de dis-
A fin 2024, le Maroc dispose de 13 cimenteries intégrées et de 10 centres de broyage, pour une capacité nominale installée de plus de 27 millions de tonnes de ciment par an et environ 17,3 millions de tonnes de clinker.
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