FNH N° 1227

ECONOMIE

18

FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 27 FÉVRIER 2026

tissage des métiers techniques et technologiques par la base (les études), et pas que par l’ouverture de parcs industriels à vocation exclusivement exportatrices (sur le modèle des maquiladoras mexi- caines). F. N. H. : Comment expli- quer la progression du taux de chômage chez les jeunes malgré les évolutions enre- gistrées sur le marché de l’emploi par rapport à 2024 ? Kh. D. : Il faut bien comprendre que le marché de l’emploi est le lieu de rencontre d’une force de travail avec les besoins de certaines structures productives (entreprises) employantes, ou de marchés de consommations finales (clients finaux en recherche de produits ou de services spéci- fiques). Depuis la crise sanitaire de la COVID 19, le marché du travail a énormément changé, avec l’intro- duction en force du travail à dis- tance ou du travail hybride, qui est un mélange de travail en distanciel (emplois nomades) et de travail en présentiel (emplois sédentaires dans des bureaux d’entreprises), plus adaptés quelquefois à une concurrence mondialisée pour les talents et les collaborateurs à haut potentiel. Ce ne sont donc pas que les données quantitatives émanant de statisticiens émérites de BAM et du HCP qui doivent être étu- diées à la loupe et confrontées, mais également l’analyse de don- nées qualitatives dans lesquelles se cachent l’inadéquation entre les formations proposées et les besoins d’un marché du travail domestique marocain en pleine mutation. F. N. H. : Quelles stratégies les chercheurs d’emploi devraient-ils adopter pour améliorer leurs chances d’insertion professionnelle ? Kh. D. : Aujourd’hui, c’est l’ap- proche abductive qui permet à des populations en recherche d’em- ploi d’inférer la meilleure explica- tion ou opportunité (hypothèse) à partir d'indices observés (faits) sur le marché ou une entreprise. En d’autres termes, ce n’est plus le nombre de CV déposés qui sera la

Chômage des jeunes Le défi persistant de l’adéquation formation-emploi

Les programmes nationaux d’insertion professionnelle des jeunes se sont multipliés au fil des années. Mais malgré ces initiatives, la hausse du chômage des jeunes de la tranche d’âge 15-24 ans se poursuit d’année en année. D’un taux de 35,8% en 2023, il est passé à 36,7% en 2024, puis 37,2% en 2025. Entretien avec l’économiste Khalid Doumou.

Propos recueillis par J. M.

Finances News Hebdo : Le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans est estimé à 37,2% en 2025 par le HCP. Ce chiffre traduit-il fidèlement l’ampleur réelle du chômage des jeunes au Maroc ? Khalid Doumou : Selon Bank Al-Maghrib (BAM), ce taux est de 38,4% pour cette tranche d’âge contre 37,2% pour le HCP. Il semblerait donc que même au niveau purement statistique, les chiffres divergent lorsqu’il s’agit de recenser avec exactitude le nombre des jeunes chômeurs au Maroc. Mais quels que soient les chiffres annoncés, une chose est cer- taine : il existe un véritable pro- blème au niveau de l’orientation pédagogique et académique marocaine, quand on la met en regard avec les opportuni-

tés d’emplois réelles offertes par notre marché de l’emploi.

sement parmi 81 pays évalués. Le Royaume se classe 71ème en mathématiques, 79ème en lecture et 76ème en sciences, avec des scores inférieurs à la moyenne de l'OCDE. Pour l’amélioration du système éducatif, des benchmarks existent et on sait que les meilleurs sys- tèmes éducatifs chez les jeunes sont ceux de l’Asie (Singapour, Macao, Taïwan, Japon, Corée du Sud) et en Estonie. Ces pays sont particulièrement performants en mathématiques et en Sciences, or on sait que les STEM (Science, Technology, Engeneering, Mathematics) favorisent plus tard, dans le supérieur, la pensée cri- tique, l'innovation et la résolution de problèmes réels, préparant les étudiants à des carrières tech- nologiques. Si le Maroc indus- triel veut monter en gamme, il doit donc promouvoir l’appren-

F. N. H. : Au regard des performances actuelles du système éducatif maro- cain, comment en évaluer les limites aujourd’hui et quelles pistes pourraient permettre d’en améliorer l’efficacité ? Kh. D. : Le classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves dans la zone OCDE), édité tous les 3 ans, offre une évaluation des com- pétences des élèves de 15 ans, notamment dans les sciences. Il fait grincer des dents au Maroc, c’est une certitude. Les résultats de la dernière enquête PISA 2022 (publiés fin 2023) indiquent en effet une baisse du niveau des élèves marocains de 15 ans, pla- çant le Maroc dans le bas du clas-

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker