ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 27 FÉVRIER 2026
grandes villes, comme Rabat- Casablanca-Tanger, les postes d’emploi subissent des effets de masse (une offre d’emploi face à des centaines de demandeurs), et celles et ceux qui arrivent à sortir du lot pour décrocher des postes doivent être les meilleurs. En outre, l’économie marocaine reste peu créatrice des postes d’emploi durables malgré toutes les dynamiques lancées en matière d’industria- lisation du pays. En effet, nous continuons à investir dans les infrastructures, mais autrement. On est passé des infrastruc- tures routières et de transport à ce que j’appelle comme écono- miste «les infrastructures indus- trielles de production» qui ne génèrent pas assez d’emplois, encore moins avec l’utilisation accrue de l’intelligence artifi- cielle et du digital. Par ailleurs, les conventions d’investissement entre l’Etat et les opérateurs privés doivent être mieux pilotées. Il est ques- tion d’assurer un suivi continu des postes d’emploi créés, et de mener de manière efficace un suivi à travers des actions correctives qui permettront d’at- teindre les postes à créer, en l’occurrence les objectifs assi- gnés de création d’emploi au niveau desdites conventions. F.N.H. : Les femmes sont aussi touchées de manière disproportionnée avec 20,5%. Quels sont les prin- cipaux obstacles qu’elles rencontrent pour accéder à l’emploi ? Y. G. F. : En effet, certains postes d’emploi au Maroc restent toujours monopolisés par les hommes, notamment ceux liés à l’industrie ou l’agriculture de transformation tels que les chefs de chantier, responsables d’usines, managers de produc- tion, entre autres. En outre, il s’agit d’une culture dans plu- sieurs provinces du Royaume, où on favorise et priorise les tra- vailleurs masculins au détriment des femmes. Quand il s’agit de conditions physiques de travail, je peux comprendre. Mais pour
Chaque année, le Maroc a environ 400.000 demandeurs d’emploi sur le marché du travail.
les postes d’administration, de supervision, de gestion, il faut qu’on s’ouvre aux compétences féminines. Il est question aussi de hausser la qualification des femmes, et de les former aux métiers afin qu’elles deviennent compéti- tives. Je parle de la femme non diplômée, qui a véritablement besoin de mise à niveau pro- fessionnel. Quant aux femmes formées et éduquées dans les villes, j’observe des compé- tences et des potentialités vrai- ment à mettre en avant et à valo- riser de plus en plus. Certaines d’entre elles occupent déjà des postes clés en top management, et c’est amplement mérité. F.N.H. : Le gouvernement marocain a lancé plusieurs programmes pour favori- ser l’emploi des jeunes, tels que Forsa, Awrach, Idmaj, Tahfiz et Taehil. Pourquoi ces dispositifs n’ont-ils pas permis de réduire significativement le chômage des jeunes ? Y. G. F. : Les programmes lan- cés par le Gouvernement restent malheureusement inefficaces et pour la simple raison : absence de cibles précises et de fait générateur. Un programme qui ne peut être généralisé à toute la population marocaine, avec
des moyens clairs et une opé- rationnalisation sur le terrain, n’atteindra guère ses objectifs. Le manque de tableaux de bord de suivi constitue dans la majo- rité des cas la principale cause de l’échec de ces programmes. Autrement dit, quand on lance un programme, on a besoin d’entités locales opérationnelles qui mettent en place les actions, et qui rendent compte conti- nuellement au comité de suivi pour évaluer de près l’avance- ment du chantier. On a besoin d’impact afin d’améliorer la per- ception citoyenne. F.N.H. : Malgré ces pro- grammes et mesures, le gouvernement ne parvient toujours pas à endiguer le chômage des jeunes. A votre avis, quels sont les principaux freins à l’efficacité des politiques publiques ? Y. G. F. : Nous n’avons toujours pas au Maroc une véritable poli- tique publique de l’emploi et de lutte contre le chômage. Nous disposons de programmes éparpillés, avec un manque de
visibilité et sans fil conducteur. Les plans et les programmes se multiplient à chaque man- dat gouvernemental, mais nous avons toujours ce problème de gouvernance. De ce fait, il va falloir mettre un cadre à tout cela, afin de piloter efficacement la politique d’emploi au Maroc. Cela ne pourra se faire sans une réelle volonté politique. F.N.H. : Quelles mesures concrètes, à votre avis, pourraient être mises en place pour améliorer l’in- sertion professionnelle des jeunes, réduire le chômage des diplômés et favoriser l’emploi des femmes, en particulier dans les zones rurales ? Y. G. F. : L’adéquation for- mation-emploi est le nerf de la guerre. L’entreprise nationale ou internationale est devenue très exigeante aujourd’hui. On doit lancer des dynamiques publiques privées afin de sti- muler l’emploi, notamment dans les catégories des jeunes et des femmes. Par la suite, il faut cibler l’investissement productif qui nous permettra de créer des postes d’emploi durables dans l’espace et dans le temps et dans plusieurs secteurs d’ave- nir, notamment les industries du futur. ◆
On doit lancer des dynamiques publiques privées afin de stimuler l’emploi, notamment dans les catégories des jeunes et des femmes.
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