FNH N° 1227

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 27 FÉVRIER 2026

F. N. H. : Le modèle actuel repose sur un maillage ter- ritorial et la proximité. Une logique davantage finan- cière ne risque-t-elle pas de fragiliser les petites officines et d’accentuer les disparités d’accès aux soins, notamment dans les zones moins rentables ? A. B. : Le secteur pharmaceu- tique officinal, malgré ses nom- breuses fragilités, présente un maillage géographique proche de la perfection, avec une pré- sence sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones rurales ou montagneuses les plus éloi- gnées des villes. Certains phar- maciens ruraux vivent modeste- ment, mais assurent un service de proximité, parfois même en l’absence de médecins. Ce mail- lage constitue la principale force du secteur officinal. Le secteur de la distribution, représenté par 64 grossistes- répartiteurs, assure une distri- bution régulière et fluide sur l’en- semble du territoire, permettant à ces pharmacies d’être alimen- tées quotidiennement. Dans les grandes villes, une pharmacie peut être livrée plusieurs fois par jour. Les grossistes-réparti- teurs contribuent aux équilibres financiers des officines grâce à des livraisons de médicaments payables en fin de mois. De même, les laboratoires pharma- ceutiques approvisionnent les  Seul le pharmacien est en mesure de délivrer ou de conseiller le bon médicament pour le patient.

giques concernant les gammes de produits, les marges, les par- tenariats et les promotions, ces décisions étant dictées par des objectifs financiers. Le pharmacien peut se retrou- ver soit salarié, soit déten- teur minoritaire, perdant alors toute maîtrise sur la dispensa- tion. Ses choix thérapeutiques peuvent être influencés par des logiques commerciales, favori- sant les produits à forte marge, les marques propres ou cer- tains laboratoires au détriment d’autres. Notre pays subirait alors une standardisation commerciale, au détriment du rôle clinique du pharmacien et de sa relation de proximité avec les patients. Ceci a déjà été observé dans plusieurs pays ayant libéralisé le secteur officinal. En ce qui concerne le risque de concentration ou d’intégra- tion verticale, il s’explique par l’entrée de grossistes-réparti- teurs pharmaceutiques dans le capital de pharmacies d’offi- cine. Ceux-ci peuvent orienter les achats vers leurs propres circuits, imposer des volumes, des prix ou des stratégies marketing et, pire, verrouiller

l’accès au marché pour les indépendants, favorisant ainsi la captation du marché par quelques groupes puissants. C’est ainsi que peuvent se constituer des oligopoles, inter- dépendants, qui peuvent adop- ter des stratégies de coopéra- tion tacites ou de concurrence agressive, voire des collusions sur les prix. Les pharmacies appartenant à ces groupes se réduiraient alors à de véritables «Retail Health Business» (RHB). Les conséquences des RHB seraient notamment : • la réduction du temps consa- cré au conseil pharmaceutique; • la priorité donnée aux pro- duits à forte marge plutôt qu’aux besoins cliniques des patients; • et la diminution des effec- tifs, le recrutement favorisant des jeunes diplômés à petits salaires au détriment de phar- maciens plus expérimentés. Ces risques sont accentués au Maroc par la grande frag- mentation du marché, majori- tairement constitué de petites pharmacies indépendantes, vulnérables face à des acteurs puissamment capitalisés. Le Conseil de la concurrence, dont l’une des missions prin- cipales est de lutter contre les situations monopolistiques, devra trancher dans un dossier où, paradoxalement, on pro- pose un modèle économique

fondé sur la concentration et la création de situations oligopo- listiques. Par ailleurs, certains termes utilisés par les pharmaciens peuvent être mal compris par le grand public et créer un malen- tendu avec le Conseil de la concurrence. C’est le cas du «monopole pharmaceutique» sur les produits de santé, perçu parfois négativement. Or, les réglementations mondiales ont accordé ce monopole au pharmacien, simplement parce que ces produits diffèrent des autres par leur dangerosité potentielle et la nécessité de leur bon usage (indications, contre-indications, précau- tions, interactions et effets indésirables). Seul le pharmacien est en mesure de délivrer ou de conseiller le bon médicament pour le patient, grâce à sa maî- trise des sciences pharmaceu- tiques. Confier le médicament à des non-pharmaciens revient à mettre le patient en danger. De la même manière, on ne peut permettre à un non-médecin d’exercer la médecine, c’est là aussi une forme de monopole légalement admise. Nul doute que le Conseil de la concurrence saura faire la part des choses et que ses experts évalueront correctement les enjeux et conséquences de cette ouverture du capital.

Le pharmacien peut devenir soit un salarié, soit un détenteur minoritaire, perdant ainsi la maîtrise de la dispensation.

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