FNH N° 1227

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 27 FÉVRIER 2026

Trump vs Cour suprême Du camouflet à la guerre commerciale

L

Par D. William

es droits de douane mondiaux décidés ven- dredi 20 février par Donald Trump sont entrés en vigueur mardi dernier : 10% sur la plupart des produits entrant aux Etats-Unis, avec une menace brandie presque aussitôt de monter à 15%. Cette surtaxe est le pansement posé sur une défaite politique et juridique infligée par la Cour suprême, qui a invalidé une large partie des taxes imposées depuis le retour de Trump au pouvoir, au motif que l’Exécutif avait étiré abusivement une loi d’urgence économique sans démontrer l’urgence. Le président américain, très amer contre la Cour suprême, accusée de servir la Chine et dont la décision est qualifiée d’anti-améri- caine, a donc choisi de retourner l’humiliation en démonstration de force en changeant de base légale. Il s’appuie désormais sur une loi de 1974 censée permettre de corriger un déséquilibre marqué de la balance des paie- ments. Le choix est stratégique. Il lui donne une cer- taine marge de manœuvre, mais pas la liberté totale dont il jouissait avec l’outil précédent. La nouvelle surtaxe a une durée limitée à cent cinquante jours. Au-delà, la Maison-Blanche devra obtenir un vote du Congrès si elle veut prolonger ce régime. Autrement dit, le pré- sident gagne du temps. Sur le fond, la logique reste la même. Trump fait des droits de douane un instrument poli- tique à usages multiples. D’abord, un levier

de négociation pour arracher des conces- sions à des partenaires jugés trop confor- tables. Ensuite, une source de recettes pour compenser des baisses d’impôts. Enfin, un marqueur idéologique qui parle à son élec- torat, à qui il vend l’histoire d’une Amérique pillée depuis des décennies et qui choisit de reprendre le contrôle de ses frontières éco- nomiques. L’effet immédiat, lui, est paradoxal. En moyenne, le taux effectif sur les importations devrait descendre à environ 13,7% contre 16% avant la décision de la Cour suprême, selon le Budget Lab de l'Université Yale. Cela signifie un nouveau paysage, plus instable, où une taxe universelle cohabite avec des droits sectoriels beaucoup plus élevés, de 10 à 50% sur des produits comme le cuivre, l’automobile ou le bois de construction. Et cette taxe universelle ne s’applique pas à tout le monde. Les produits canadiens et mexicains importés dans le cadre de l’accord oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc) Le président américain, très amer contre la Cour suprême, accusée de servir la Chine et dont la décision est qualifiée d’anti-américaine, a choisi de retourner l’humiliation en démonstration de force.

nord-américain restent à l’écart. Les exemp- tions se multiplient, car l’administration sait qu’une hausse brutale sur les produits de consommation peut coûter cher politique- ment. Un bras de fer au-delà des frontières américaines La surtaxe court jusqu’au 24 juillet, avec un impact immédiat, surtout en Europe. Le Parlement européen a suspendu la procédure de mise en œuvre de l’accord commercial UE-USA dans l’attente d’éclaircissements. Les eurodéputés veulent savoir si la nou- velle taxe mondiale fait sauter le plafond de 15% négocié dans l’accord. La Commission européenne rappelle une évidence diploma- tique. Un accord est un accord. Mais l’Union est face à un problème pratique : comment ratifier un texte quand l’exécutif américain change le cadre au gré des décisions de jus- tice et des colères présidentielles ? Trump, lui, répond par la menace. Il prévient que les pays qui voudraient jouer avec la déci- sion de la Cour seront frappés par des droits plus élevés. C’est une tactique classique du locataire de la Maison-Blanche. Il fait de la surenchère pour pousser les partenaires à venir négocier en position de faiblesse. Dans pareil contexte, les entreprises avancent dans un épais brouillard. Alors, elles hésitent à investir, commander et signer des contrats de long terme, parce qu’elles ne savent pas quel tarif s’appliquera dans trois mois. Par ailleurs, dans cet environnement écono- mique incertain, l’administration Trump devra faire face à un autre élément fâcheux : le contentieux. En effet, les droits invalidés par la Cour suprême ont généré plus de 130 mil- liards de dollars en 2025, selon des analystes. La suspension de leur collecte ouvre la voie à des demandes de remboursement, donc à une guerre judiciaire. L’entreprise FedEx a d’ailleurs déjà porté plainte. Au final, la surtaxe universelle ressemble à une réponse politique à une limite institutionnelle. Et tout cela engendre une instabilité écono- mique. Et c’est cette instabilité qui inquiète le plus les partenaires des Etats-Unis, car elle peut faire basculer un désaccord commercial en crise de confiance durable. ◆

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