FNH N° 1231

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FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026

FOCUS ASSURANCE

a rappelé que, face à des risques massifs, l’intervention publique reste déterminante. Baddou a également insisté sur l’intercon- nexion croissante des risques. Il a cité la pan- démie de Covid-19 comme illustration d’un événement capable d’affecter simultanément plusieurs maillons de la chaîne assurantielle. Il a aussi évoqué les cyber-risques, en souli- gnant que des attaques peuvent toucher au même moment plusieurs régions ou plusieurs infrastructures. A ses yeux, cette simultanéité constitue un changement majeur pour le sec- teur. Dans le même registre, il a rappelé la récur- rence des événements extrêmes observés en 2023 à l’échelle mondiale, entre cani- cules, inondations, incendies et séismes. Une telle concentration de chocs, a-t-il expliqué, pose inévitablement la question de la capa- cité du marché mondial de l’assurance et de la réassurance à absorber ces sinistres. Il a relié cette question à celle du «protection gap», c’est-à-dire la part des dommages qui demeure non couverte une fois l’assurance intervenue. Sur un autre plan, le responsable a plaidé pour un effort plus marqué en matière de pré- vention. Il estime que le Maroc n’anticipe pas assez et que le secteur lui-même reste encore en retrait sur certains volets, notamment en assurance santé. Il a évoqué la nécessité d’in- tégrer davantage de démarches préventives, comme les check-up, les bilans réguliers ou le dépistage, considérant que cette dimension deviendra un levier important dans les années à venir. Il a également cité les inondations de février 2026 et le fait que certains territoires restent exposés à des phénomènes déjà connus dans la mémoire locale. Le cyber a occupé une place importante dans son intervention. Baddou a relevé que ces couvertures restent encore difficiles à mutualiser et à tarifer, alors même qu’elles intègrent une forte composante de préven- tion. Il a rappelé que les entreprises assurées sur ce volet doivent généralement passer par un processus d’évaluation préalable de leur système d’information et de leurs dispositifs de sécurité. Enfin, le Directeur général de CAT Assurance a appelé le secteur à regarder autrement les insurtechs. Il reconnait que ces acteurs sont encore parfois tenus à distance, alors qu’ils peuvent apporter des idées nouvelles et contribuer à transformer les pratiques. Il plaide pour davantage d’écoute, d’expéri- mentation et d’investissement, estimant que certaines de ces jeunes pousses pourraient faire émerger des solutions utiles pour le marché. ◆

 Baddou estime que le Maroc n’anticipe pas assez et que le secteur lui-même reste encore en retrait sur certains volets.

Transformation des risques Bachir Baddou appelle le secteur à sortir de sa zone de confort Intervenant à l’ouverture de la deuxième journée du Rendez-vous de Casablanca de l’assurance, le vice-président délégué de la FMA et Directeur général de CAT Assurance et Réassurance a appelé le secteur à revoir ses repères face à la transforma- tion des risques. Son constat est celui d’une industrie longtemps habituée à travailler sur des bases historiques stables, mais désormais confrontée à des risques plus complexes, plus interconnectés et parfois plus difficiles à mutualiser.

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Par Y. Seddik

elon Bachir Baddou, l’assurance a toujours pu s’appuyer sur l’historique de la sinistra- lité et sur la profondeur de la donnée pour modéliser et tarifer. Ce cadre, a-t-il expliqué, devient moins lisible. Il a relevé que certains risques restent peu nombreux, mais d’une intensité telle qu’ils fragilisent les mécanismes classiques de mutualisation. Il a également estimé que, sur certains segments, la fron- tière de l’assurable semble avoir été atteinte, même en mobilisant l’ensemble de la chaîne allant de l’assurance à la réassurance et à la rétrocession. Baddou a particulièrement insisté sur le risque climatique. Il a rappelé que le Maroc figure parmi les zones appelées à connaître des changements importants dans les années à venir, avec notamment des épi- sodes de sécheresse plus marqués. Dans ce contexte, il a mis en avant l’intérêt des parte-

nariats public-privé pour élargir la capacité de réponse du secteur. Il a cité, à ce titre, la multirisque climatique agricole, mise en place dans le cadre d’un partenariat public-privé, ainsi que le dispo- sitif de couverture contre les événements catastrophiques adossé au Fonds de solida- rité contre les événements catastrophiques. Revenant sur le séisme d’Al Haouz de 2023, il a estimé que cet épisode avait mis à l’épreuve un dispositif dans lequel les assureurs, le fonds et l’Etat ont chacun joué leur rôle. Il

Habitué à travailler dans des cadres relativement stables, le secteur de l’assurance se retrouve confronté à des risques plus massifs…

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