ECONOMIE
22
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026
anticoncurrentiel n’a été relevé, même si elle pointe un alignement persistant des opérateurs sur des dates identiques de révision des prix, limitant la flexibilité des ajus- tements tarifaires. Elle appelle ainsi à une évolution des pratiques dans un marché désormais libéralisé, afin de mieux refléter les conditions réelles d’approvisionnement et de concurrence. Mais le «traitement de faveur» dont bénéficient les transporteurs n’a rien d’anodin. Il traduit une lecture pragmatique des rapports de force. Le transport au Maroc (comme ail- leurs) n’est pas un secteur comme les autres. C’est un secteur qui a déjà montré, par le passé, sa toute puissance. Son pouvoir de nuisance est réel : une grève des professionnels peut bloquer toute l’économie. Et cela, le gouverne- ment en tient forcément compte. En chouchoutant les transporteurs, il cherche, d’un côté, à éviter des tensions sociales et économiques et, de l’autre, un renchérissement des coûts du transport qui va fata- lement se propager à l’ensemble de l’économie. Mais ce choix a un revers, en ce qu’il alimente un sentiment d’injus- tice chez les automobilistes, exclus du dispositif alors qu’ils subissent la même hausse des prix. Le carbu- rant reste, pour beaucoup d’entre eux, une dépense incompressible. Une réalité que n’ont pas manqué de souligner les partis de l’opposi- tion, notamment le Parti du progrès et du socialisme (PPS), pour qui l’aide accordée aux transporteurs est une mesure sélective, sans effet global sur le pouvoir d’achat. C’est pourquoi le PPS suggère, entre autres, de plafonner les prix des carburants et de réduire la TVA ainsi que la taxe intérieure de consommation sur le gasoil et l’es- sence. Ailleurs, c’est ce qui semble se faire. Des réponses plus globales En Europe notamment, les gouver- nements ont privilégié des mesures plus larges. L’Allemagne a réduit temporairement les taxes sur les carburants pour tous, allégeant la facture à la pompe d’environ 17 centimes par litre. L’Espagne a abaissé la TVA et les accises, avec
Les prix à la pompe du gasoil et de l’essence se sont envolés chacun de 38% entre le 15 mars et le 1 er avril.
scolaire, touristique et rural) pour 648 MDH. Sur le papier, l’effort est donc conséquent, avec plus de 1,6 milliard de dirhams mobilisés. L’objectif est de contenir la vague inflationniste et préserver le pouvoir d’achat des ménages, au moins sur les postes les plus sensibles. Sauf que l’Etat ne protège pas tout le monde de la même manière. L Face à l’envolée des cours du pétrole, le Maroc a opté pour une stratégie de soutien ciblé, privilégiant les professionnels du transport afin de limiter les répercussions économiques. Une approche rationnelle sur le plan budgétaire, mais qui laisse les automobilistes absorber seuls une hausse sensible des prix à la pompe, ravivant le débat sur l’équité des politiques publiques en période de crise énergétique. Par D. William Prix des carburants Coup de pompe chez les automobilistes ’
échec des négociations le week- end dernier entre les Etats-Unis et l’Iran et la décision du président américain Donald Trump de blo- quer le détroit d’Ormuz ont de nou- veau ravivé les tensions au Moyen- Orient. Conséquence : les prix du baril de pétrole ont de nouveau bondi pour dépasser les 100 dol- lars. Il faut dire que depuis le début de la guerre, le 28 février, les ten- sions sur le cours de l’or noir sont assez persistantes, obligeant plu- sieurs pays à adopter des mesures d’urgence pour limiter ses impacts économiques. Dans ce cadre, le gouvernement marocain a opté pour une réponse calibrée, à tra- vers trois leviers : la subvention du gaz butane (600 MDH), le maintien des tarifs de l’électricité (400 MDH) et la subvention de 3 DH par litre de carburant aux professionnels du transporteur (taxis, bus, transport
16 mars et le 1 er avril 2026, les cotations du gasoil ont progressé de 2,18 DH/L, alors que les prix à la pompe n’ont augmenté que de 1,72 DH/L, traduisant une réper- cussion partielle. A l’inverse, pour l’essence, la hausse à la pompe (+1,53 DH/L) a dépassé celle des cotations internationales (+1,37 DH/L), suggérant une transmission plus que complète. Sur l’ensemble de la période allant du 1 er mars au 1 er avril, l’écart cumulé ressort ainsi à -1,35 DH/L pour le gasoil et à +0,33 DH/L pour l’essence. Pour expliquer cette asymétrie, le Conseil évoque de possibles méca- nismes de compensation entre pro- duits, les opérateurs pouvant réper- cuter davantage les hausses sur l’essence afin d’atténuer l’impact d’une transmission incomplète sur le gasoil, qui représente l’essentiel des ventes. L’institution souligne toutefois qu’aucun comportement
Car si les transporteurs bénéfi- cient d’un amortisseur social, les automobilistes ordinaires, eux, subissent de plein fouet la hausse des prix à la pompe, avec notam- ment le gasoil et l’essence qui se sont envolés chacun de 38% entre le 15 mars et le 1 er avril. Cette évolution des prix fait d’ail- leurs l’objet d’une analyse fine du Conseil de la concurrence, qui met en évidence une transmission dif- férenciée des hausses internatio- nales selon les produits. Entre le
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker