ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026
Perspectives 2026 L’économie marocaine à l’épreuve des incertitudes géopolitiques
F. N. H. : Mais des cri- tiques sont formulées sur le niveau d’endettement du pays, particulièrement la dette extérieure. Est-ce inquiétant ? M. A. : La dette publique a augmenté ces dernières années pour soutenir l’effort d’inves- tissement dans les infrastruc- tures afin que le pays soit prêt pour les événements attendus. Cette dette qui est mobilisée pour le développement, reste à un niveau soutenable. Selon les données du ministère des Finances, la dette extérieure glo- bale du Maroc culmine à 68 milliards de dollars. Mais le plus important c’est qu’elle soit maî- trisée et à la hauteur des capaci- tés du pays, et que le service de la dette ne soit pas trop lourd. Le gouvernement s’est, depuis des années, engagé dans un pro- cessus de réduction de l’endet- tement public pour le ramener à 64% d’ici 2028. F. N. H. : Quel effet aura la flambée des cours du brut sur l’économie nationale ? M. A. : Historiquement, la hausse des prix du pétrole a un effet direct sur l’économie maro- caine, car la facture énergé- tique s’alourdit rapidement. Les importations de produits pétro- liers aggravent le déficit com- mercial, qui a un effet négatif sur les avoirs en devises. Les prix des intrants et des équipements repartent à leur tour à la hausse. Cela pénalise le pouvoir d’achat du consommateur marocain. Le gouvernement a activé le bou- clier anti inflation afin de conte- nir la hausse du coût de l’éner- gie, mais celui-ci a montré par le passé qu’il a des effets limités. ◆
Portée par des secteurs dynamiques et des investissements structurants, l’économie marocaine affiche des perspectives encourageantes pour 2026. Dans cet entretien, l’économiste Mohamed Amrani décrypte les moteurs de croissance, les fragilités structurelles et les défis à relever pour maintenir le cap dans un environnement international incertain.
Propos recueillis par C. Jaidani
Finances News Hebdo : Comment jugez-vous les perspectives de l’économie nationale en 2026 ? Mohamed Amrani : L’économie nationale affiche de nombreux indicateurs rassurants, mais reste toutefois à la merci de nom- breuses incertitudes qui risquent de la pénaliser. Le FMI a der- nièrement salué la résilience de l’économie marocaine qui, en dépit de plusieurs aléas comme les tensions géopolitiques à l’in- ternational, notamment la guerre dans le Golfe ou les années suc- cessives de sécheresse, n’a pas été chahutée. L’organisation onusienne a mis en exergue les réformes structu- relles du Royaume et les investis- sements publics lancés en pers- pective d’événements de grande taille. Force est de constater
aussi que l’économie marocaine devrait bénéficier d’une bonne récolte agricole en 2026. Celle- ci peut induire des effets béné- fiques sur les autres secteurs et, surtout, sur l’emploi, notamment dans le monde rural qui a été impacté par la baisse de la plu- viométrie ces dernières années. Dans le détail, de nombreux sec- teurs réalisent de bonnes per- formances comme le tourisme, qui ne cesse d’enregistrer des records. Il est prévu que 2026 s’inscrive dans la même ten- dance haussière si l’on prend en considération les projections des professionnels et celles du département de tutelle. Il en est de même des exportations de phosphates et dérivés qui réa- lisent des performances notables en relation avec l’augmentation de la demande internationale.
F. N. H. : Qu’en est-il des nouveaux métiers du Royaume, précisément l’au- tomobile ? M. A. : En dépit des contraintes, les nouveaux métiers du Maroc maintiennent le cap. Les chiffres de production et des exportations en témoignent. L’aéronautique est dans une phase de plein essor. De nombreux construc- teurs et équipementiers ont mani- festé leur intérêt pour s’installer au Maroc ou agrandir leur activité. Toutefois, force est de reconnaitre que le secteur automobile affiche quelques signes d’essoufflement. Ce phénomène touche tous les pays producteurs, à cause de la concurrence chinoise qui réa- lise une percée remarquable. Le Maroc doit diversifier ses mar- chés pour ne pas dépendre de l’Europe, son principal client.
Le gouvernement s’est, depuis des années, engagé dans un processus de réduction de l’endettement public pour le ramener à 64% d’ici 2028.
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