HIGH-TECH
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026
F. N. H. : Avec l’intelligence arti- ficielle, on observe une montée des attaques automatisées et plus difficiles à détecter. Cette évolution est-elle déjà visible en Afrique ? P. N. : Oui, et elle est très rapide. L’intelligence artificielle est déjà inté- grée depuis longtemps dans nos solu- tions de protection. Mais aujourd’hui, elle est aussi utilisée par les attaquants, ce qui change complètement la donne. Avant, lorsqu’une faille de sécurité était identifiée, il pouvait se passer plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant qu’elle soit exploitée. Aujourd’hui, ce délai est extrêmement réduit. Dans cer- tains cas, les attaques commencent le jour même. Cela s’explique par l’utilisation de l’IA pour automatiser l’exploitation des failles. Les attaquants peuvent déve- lopper très rapidement des scripts capables de cibler les systèmes vul- nérables. Pour les entreprises, cela implique un changement de posture. Les mises à jour doivent être appliquées immédiatement. Attendre quelques jours peut suffire à être exposé. Le temps de réaction devient un facteur critique. Plus on réduit le temps d’ex- position, plus on limite les risques. Mais cela suppose une organisation rigou- reuse et des ressources que toutes les entreprises, notamment les PME, ne possèdent pas. F. N. H. : Vos rapports indiquent une hausse de 27% des malwares sur Android début 2025. Le mobile est-il aujourd’hui une porte d’entrée majeure des cybe- rattaques en Afrique ? P. N. : L’Afrique est parfois plus expo- sée que d’autres régions. Le continent est en avance sur certains usages, notamment le mobile money. Et là où il y a de l’argent, il y a forcément un intérêt pour les attaquants. Les cybercriminels ciblent désormais directement les smartphones, en cher- chant à accéder aux applications ban- caires ou de paiement. Il peut s’agir de petites transactions, mais répétées, ce qui permet de générer des gains significatifs sans attirer immédiatement l’attention. Nous travaillons sur des solutions inté- grées directement dans les applica- tions pour sécuriser les usages. Mais aujourd’hui, les utilisateurs n’ont pas
encore le réflexe de sécuriser leur mobile comme ils le feraient pour un ordinateur. Cela représente un enjeu majeur en matière de sensibilisation. F. N. H. : Aujourd’hui, une part importante des utilisateurs est exposée aux menaces web et locales. Les entreprises afri- caines ont-elles les moyens de faire face à ce niveau de risque ?
P. N. : Les solutions existent et peuvent être adaptées. Le principal défi reste humain. L’Afrique dispose de talents, mais une partie impor- tante de ces compétences est attirée par l’Europe ou les États-Unis, où les opportunités sont plus attractives. Cela crée une pénurie locale, notam- ment dans les métiers de la cybersé- curité. Cependant, on observe une évolution
intéressante. Certains profils expéri- mentés reviennent aujourd’hui pour créer des entreprises à forte valeur ajoutée sur le continent. Ce retour des compétences est essentiel pour structurer un écosys- tème local solide. C’est un signal positif, qui montre que des bases commencent à se construire pour renforcer la résilience numérique en Afrique. ◆
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