FNH N° 1189 ok-1

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 20 mars 2025 - 8 DH - N° 1189

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Taux directeur

Marché obligataire

La détente s’accélère sur les maturités longues

BAM renforce sa politique accommodante

P. 9

P.10/11

TOURISME

Le Maroc vise le top 15 mondial

● Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Économie sociale et solidaire, était l'invitée de l'évènement «Nuits de la Finance», organisé par Finances News Hebdo.

P. 3/18 à 21

Résultats annuels

Maroc-Espagne-France Alliances gagnantes, frustrations algériennes

Transformation réussie pour Crédit du Maroc

CIH Bank se positionne sur les projets d’infrastructure

P. 22/23

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Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

SOMMAIRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 20 MARS 2025

ACTUALITÉ

28 L'UNIVERS DES TPME

Editorial

Entretien avec Brahim Zaid : Alya, «Le paiement fractionné a le potentiel de modifier la ma-nière de consommer des Marocains»

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Voyons voir : Trump – Poutine : La diplomatie du leurre

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Ça se passe au Maroc Ça se passe ailleurs

Taxe carbone de l’UE : Le temps presse pour les industries marocaines 30 DEVELOPPEMENT DURABLE

BOURSE & FINANCES

Point Bourse Hebdo : Équilibre de force sur les actions Taux directeur : BAM renforce sa politique accom- modante Marché obligataire : La détente s’accélère sur les maturités longues Marché de change : En attendant la réforme, le Dirham fait preuve de résilience Or et incertitudes géopolitiques : La valeur refuge toujours en vogue Entretien avec Samir Hafiz : Supply Chain Finance, Une solution clé pour optimiser la trésorerie des entreprises Crédit du Maroc : Une transformation réussie CIH Bank : Le groupe se positionne sur les grands projets d’infrastructure

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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication

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L Ces touristes ambassadeurs !

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es chiffres ont cette manie d’être révélateurs. Entre 2010 et 2019, le Maroc n’a gagné que trois petits millions de visi- teurs supplémentaires, là où la Croatie en engrangeait huit, la Grèce seize et la Turquie dix-neuf. Un écart qui aurait pu passer pour un simple retard, mais était plutôt une alerte : le Royaume dormait sur un trésor inexploité. Autrement dit, le tourisme marocain doit cesser de contempler son potentiel et commencer à l’exploiter pleinement. C’est pourquoi le gouvernement a misé gros sur la relance du secteur, avec 8 milliards de dirhams sur la table. Résultat : le secteur carbure, se prévalant de 17 millions de visiteurs en 2024 et de recettes en plein boom. Aujourd’hui, le pays vise 26 millions de touristes en 2030, histoire de figurer dans le club des 15 plus grandes destinations mondiales. Pour y parvenir, le Maroc ne fait pas dans la demi-mesure : 150.000 nouveaux lits d’ici 2030, des programmes d’accompagnement pour

32 SANTÉ

Entretien avec Pr Amal Bourquia : Néphrologie, «Les maladies rénales constituent un enjeu majeur de santé publique au Maroc»

les entreprises, une montée en gamme de l’offre touristique et, sur- tout, une nouvelle vision qui ne se contente plus de vendre du soleil et des médinas. Le tourisme marocain veut de l’innovation, du luxe et de l’inattendu. Pour que les voyageurs reviennent encore et encore.

ECONOMIE

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Tourisme : Le Maroc vise le top 15 mondial Maroc-Espagne-France : Alliances gagnantes, frus- trations algériennes Dispositif TPME : Une intégration totale ou par- tielle dans la Charte de l’investissement ? Autoroutes de l’eau : Le programme de transfert d’eau du Nord vers le Sud du Royaume se poursuit Entretien avec Mohamed Dahbi : Agriculture, «Il faut absolument revoir la stratégie nationale»

Un touriste qui repart avec des étoiles dans les yeux est la meilleure publicité qui soit.

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Oui, le Maroc veut offrir une expé- rience qui dépasse les cartes pos- tales. Oui, le Royaume veut s’ériger en modèle touristique de référence. Oui, il veut devenir une puissance touristique mondiale. Pour ce faire, il ne faudra pas alors se perdre en chemin, mais s’en tenir à la feuille de route. En cela, des évènements comme la Coupe d’Afrique des nations 2025 et la Coupe du monde 2030 sont des tremplins XXL. Ces compétitions ne sont pas seulement des rendez-vous sportifs, mais de véritables catalyseurs de transformation. Routes, hôtels, aéroports… tout va y passer. L’enjeu est clair : faire en sorte que ces touristes ne soient pas de simples spectateurs, mais des explorateurs, en leur offrant notam- ment une image du Maroc qui dépasse le folklore et qui s’impose comme une destination moderne, performante et incontournable. In fine, il ne s’agira pas seulement de recevoir des visiteurs, mais plutôt de réussir à en faire des ambassadeurs. Parce qu’un touriste qui repart avec des étoiles dans les yeux est la meilleure publicité qui soit. u

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34 HIGH-TECH

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PC & Smartphones : Un marché mondial en quête d’équilibre

• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Adil Hlimi, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk, Désy Mbakou • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal

• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri, Rania Benchaib • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL • Impression : Maroc Soir • Distribution : Sochpress • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

VOYONS VOIR

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 20 MARS 2025

Trump – Poutine

La diplomatie du leurre

Ainsi, dès la première nuit suivant cet échange téléphonique, la Russie a fait pleuvoir 145 drones et six missiles sur l’Ukraine. Parmi les cibles ? Deux hôpitaux, des habitations, des infrastruc- tures ferroviaires… Tout sauf l’énergie. On pourrait presque saluer le sens du détail des stratèges du Kremlin, qui respectent à la lettre un engagement dont ils ont eux-mêmes rédigé les clauses. Pendant que Poutine feint la retenue, exigeant cependant que l’aide militaire occiden- tale à l’Ukraine se tarisse, Trump se pavane en champion de la paix, vantant «un appel très bon et productif», tout en rêvant d’accords écono- miques colossaux. Pendant ce temps, l’Ukraine, elle, compte ses morts et répare ses infrastructures, dans une énième démonstration du cynisme diplomatique à l’œuvre. C’est dire qu’en réalité, cette trêve limitée ne change rien au quotidien des Ukrainiens. Mais

après tout, qui s’en étonne encore ? Trump, dans son approche si singulière de la géopolitique, semble avoir trouvé en Poutine un interlocuteur aussi habile que lui dans l’art du bluff. L’essentiel n’est pas de parvenir à un cessez-le-feu global, mais de faire croire que l’on y travaille. Mais ce qui choque le plus dans cet échange téléphonique Trump - Poutine, ce n’est pas tant le contenu (après trois ans de guerre, on a com- pris que la Russie ne céderait rien sans contre- partie substantielle), mais plutôt la méthode. Kiev n’a pas été conviée à ces discussions. Volodymyr Zelensky, une fois de plus, s’est retrouvé dans la posture d’un président à qui l’on impose des décisions prises ailleurs. Par d’autres. Washington et Moscou discutent, et l’Ukraine découvre ensuite les termes du «deal». Drôle de manière de négocier l’avenir d’un pays en guerre. Dans ce marché de dupes, ce n’est donc pas un cessez-le-feu durable qui se des- sine, mais un futur où l’Ukraine pourrait être contrainte de céder des territoires pour acheter une paix fragile. Et dans cette équation, Kiev a peu d’options : accepter un compromis humiliant ou risquer de se passer de l’aide militaire amé- ricaine que ne pourra suppléer l’Europe dans l’immédiat. Bref, dans cette partie d’échecs entre Washington et Moscou, Kiev semble n’être qu’un pion de plus. ◆ oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

I l y a des coups de fil qui changent le cours de l’Histoire. Et puis il y a celui entre Donald Trump et Vladimir Poutine, qui, lui, change tout… pour que rien ne change. Mardi 18 mars, les deux présidents se sont offert un long échange téléphonique, d’où il ressort un accord sur une trêve dans la guerre russo-ukrai- nienne limitée aux infrastructures énergétiques. Enfin, un apaisement momentané, taillé sur- mesure pour donner l’illusion du progrès tout en ménageant les ambitions russes. Un «deal» à la Trump : beaucoup de bruit, des annonces clin- quantes et un résultat proche du néant. Le timing de cet appel avait de quoi susciter des espoirs, notamment du côté de Kiev. L’Ukraine, sous pression militaire et diplomatique, a dû s’accommoder de ce que Washington a vendu comme une avancée majeure. En réalité, la Russie s’est engagée à ne pas attaquer les infrastructures énergétiques ukrainiennes… pen- dant trente jours. Un cadeau empoisonné, puisque Moscou conti- nue allègrement de bombarder les hôpitaux, les immeubles résidentiels et tout ce qui n’entre pas dans la définition très restrictive de cette trêve. Par D. William

Trump, dans son approche si singulière de la géopolitique, semble avoir trouvé en Poutine un interlocuteur aussi habile que lui dans l’art du bluff.

ÇA SE PASSE AU MAROC

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 20 MARS 2025

Financement des TPE

Nouveau programme de soutien à un taux préférentiel

B ank Al-Maghrib (BAM) a mis en place un nou- veau programme de soutien au financement bancaire des très petites entreprises (TPE), per- mettant aux banques participantes de bénéficier d’un refinancement à un taux préférentiel, a annoncé, mardi à Rabat, le wali de BAM, Abdellatif Jouahri. Avec un taux fixé à 25 points de base en dessous du taux directeur, ce dispositif vise à améliorer l’accès des TPE au crédit et à renforcer leur contribution à la

Entreprises

Les défaillances devraient progresser de 7% en 2025 E n 2025, le Maroc devrait connaître une hausse notable des défaillances d'entreprises, avec une augmentation prévue de +7%, proche du taux mondial de +6%, selon Allianz Trade. Cette tendance fait suite à une croissance des défaillances de +10% l'année précédente, en ligne avec le taux mondial. Le nombre total de défaillances atteindra 16.800 en 2025, établissant un nouveau record et marquant une augmen- tation significative de +109% par rapport à la période avant la crise Covid (2016-2019). À titre de comparaison, l'augmentation mondiale des défaillances est de +18% par rapport à cette même période de 2016-2019, souli- gnant la spécificité de la situation au Maroc. Pour 2026, les prévisions indiquent une stabilisation du nombre de défaillances, restant au même niveau élevé qu'en 2025. Lluis Dalmau, économiste chez Allianz Trade, souligne que malgré une croissance économique soutenue par l’investissement public et privé, plusieurs risques per- sistent. Le stress climatique impacte la production agricole, tandis que la pression sociale demeure forte avec un chômage des jeunes élevé. Les entreprises restent confrontées aux retards de paiement, freinant une baisse des défaillances avant 2026. Toutefois, une réduction des cas de défaillances «administratives» - entreprises inactives se dissolvant officiellement - pour- rait être observée à court terme. ■

création d’emplois. Dans ce cadre, une réunion s’est tenue le 6 mars entre BAM, les banques et Tamwilcom pour examiner les mesures facilitant leur financement. Les discussions ont porté sur l’amélioration des procédures bancaires, l’examen des demandes de crédit, la réduction des délais de réponse et la révision du programme Intelaka. Par ailleurs, une réunion tripartite est prévue au premier semestre avec la Confédération géné- rale des entreprises du Maroc (CGEM), en présence des fédérations sectorielles et des banques, afin d’identifier les défis rencontrés par les TPE et d’adapter les dispositifs d’accompagnement. Jouahri a rappelé que des concertations similaires avaient eu lieu en 2016 et 2019, avant d’être interrompues par la crise sanitaire. ■

Transactions commerciales

Déclaration obligatoire avant le 1 er avril

L a Direction générale des impôts (DGI) a appelé, dans une note relative aux délais de paiement des transactions commerciales, les contribuables concernés à souscrire la déclaration de l’année 2024 avant le 1 er avril 2025 par voie électronique et à verser, simul- tanément, le montant de l’amende pécuniaire exigible.

Cette obligation concerne les entreprises réali- sant un chiffre d’affaires entre 10 et 50 millions de dirhams (hors TVA) pour les factures émises dès le 1er janvier 2024 et non payées dans les délais légaux. Pour celles dépassant 50 millions de dirhams, une déclaration trimestrielle est requise. L’amende s’applique à toutes les factures émises dès 2025, y compris celles de moins de 10.000 dirhams. Les documents techniques sont disponibles sur le site de la DGI. ■ U ne étape supplémentaire vient d’être franchie pour améliorer la fluidité dans les aéroports du Royaume. Le double contrôle au départ et à l’arrivée des passagers internationaux, qui imposait aux voyageurs de présenter leur passeport une deu- xième fois après l’apposition du tampon d’entrée, a été supprimé ce week-end à l'aéroport Mohammed V de Casablanca. Cette évolution a été rendue possible grâce à la mise en place de portillons automatiques, permettant un contrôle plus rapide et sécurisé et aux efforts conjugués des équipes de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), la Direction de l'immigra-

Aéroport Mohammed V : Le double contrôle remplacé par des portillons automatiques

Avec cette modernisation, les passagers béné- ficieront d’un passage plus fluide aux frontières, réduisant ainsi les files d’attente et améliorant l’ex- périence du voyage. Cette mesure sera progres- sivement étendue à l’ensemble des aéroports du Royaume avant la saison estivale, le temps que chaque infrastructure aéroportuaire soit équipée de ces nouveaux dispositifs. L’objectif pour l’ONDA reste de conjuguer effica- cité et sécurité, en adoptant des solutions techno- logiques avancées pour accompagner la croissance du trafic aérien international tout en garantissant un contrôle optimal aux frontières. ■

tion et de la surveillance des frontières au ministère de l’Intérieur et de l’ONDA.

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ÇA SE PASSE AILLEURS

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 20 MARS 2025

Banque mondiale

OCDE

La croissance mondiale devrait ralentir à 3,1% en 2025

L'Afrique du Sud est sur une mauvaise trajectoire de croissance

L a croissance mondiale devrait ralentir pour s’éta- blir à 3,1% en 2025 et à 3% en 2026, avec d’importantes variations entre les pays et les régions, indique, lundi, l’Organi- sation de coopération et de déve- loppement économiques (OCDE). « L’économie mondiale a fait preuve de résilience en 2024,

mais des signes de faiblesse apparaissent dans un contexte de ralentisse- ment de la croissance, d’inflation persistante et d’incertitudes liées à l’envi- ronnement politique », souligne l'OCDE dans son dernier rapport intermédiaire «Perspectives économiques». D’après les projections du rapport, la croissance du PIB aux États-Unis devrait s’établir à 2,2% en 2025, avant de ralentir à 1,6% en 2026. Dans la zone Euro, la croissance devrait être de 1% en 2025 et 1,2% en 2026, alors qu'en Chine, elle devrait s’affaiblir, passant de 4,8% cette année à 4,4% en 2026. S'agissant de l’inflation, elle devrait être plus élevée que prévu précédemment, tout en poursuivant sa modération avec le ralentissement de la croissance économique. ■

L’ Afrique du Sud est sur une mauvaise trajectoire de croissance, avec un PIB réel par habitant inférieur en 2024 à celui de 2007, un taux de chômage de plus de 30% et des inégalités persistantes, a indiqué mardi la Banque mondiale. Dans un nouveau rapport inti- tulé «Driving Inclusive Growth in South Africa», la Banque mondiale relève qu’une réglementation trop stricte fait fuir les investisseurs dont les fonds sont nécessaires à la croissance de l’économie. L’Afrique du Sud a eu du mal à développer son économie, avec

une croissance de seulement 0,7% par an au cours de la der- nière décennie, soit quatre fois plus lente que celle des autres pays à revenu intermédiaire. Le rapport souligne que les oppor- tunités économiques demeurent également profondément iné- gales : deux tiers des Sud- africains vivent dans la pauvreté et 40% des adultes, principale- ment des jeunes et des femmes, sont au chômage ou découragés de chercher un emploi. Ce chiffre représente le taux de chômage le plus élevé au monde, précise- t-on. ■

Marchés mondiaux

L'or à un nouveau record à plus de 3.000 dollars

L’ or a franchi cette semaine le palier des 3.000 dol- lars l'once, une première dans son histoire, galvanisé par son statut de valeur refuge face aux inquiétudes géopolitiques et à la guerre commerciale enta- mée par les Etats-Unis de Donald Trump. La dernière menace en date du président américain, sur l'alcool européen, a largement contribué ces dernières heures à faire mon- ter le prix du métal jaune : il a annoncé vouloir taxer à hauteur de 200% les champagnes, vins et autres alcools de la France et de l'Union européenne (UE) si les

tarifs douaniers de 50% annoncés par Bruxelles sur le whisky amé- ricain n'étaient pas abandonnés. « L'équation reste simple pour l'or : plus les droits de douane sont éle- vés, plus l'incertitude est grande et plus la demande est forte », résume Stephen Innes, analyste chez SPI AM. ■

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BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 20 MARS 2025

Point Bourse Hebdo Équilibre de force sur les actions

A Après deux semaines de prises de bénéfices, les acheteurs ont repris la main. La décision de la baisse du taux directeur de BAM est un signal positif pour la Bourse. la Bourse de Casablanca, le combat a été disputé cette semaine, mais au final, pas de vainqueur. Le Masi ter- mine quasiment inchangé (+0,02%) à 16.613,70 points, après un scé- nario qui aurait pu basculer dans le rouge avant un retournement en fin de partie. opéré dans des volumes nettement plus étoffés : 1,68 milliard de dirhams échangés sur le marché central, largement dominé par Attijariwafa bank (13,93%), Sodep-Marsa Maroc (11,31%) et BCP (9,95%). De quoi redonner un peu de relief aux échanges après une période de digestion post-trimestriel. Par Y . Seddik

Evolution de l'indice Masi depuis début mars 2024

TOP Performances

FLOP Performances

Les baissiers avaient pris l’ascen- dant en début de semaine, imposant une pression qui laissait entrevoir une nouvelle séquence corrective. Mais c’était sans compter sur le réveil des acheteurs. Jeudi et ven- dredi, ces derniers ont déclenché une contre-offensive, mettant à pro- fit la consolidation des larges caps pour inverser la dynamique. Une réaction qui rappelle les fameuses «remontadas» chères aux amateurs de football : quand tout semble perdu, un sursaut de volonté change la donne. Si l’indice général s’offre un sursis, le Masi Mid and Small Cap, lui, encaisse un repli de 0,91%, à contre-courant du rebond général. Après avoir résisté la semaine pas- sée, les petites et moyennes capi- talisations subissent un ajustement logique dans les portefeuilles. Ce rééquilibrage des forces s’est

AtlantaSanad Dari Couspate CMGP Group

Dans ce contexte, certains dossiers ont tiré leur épingle du jeu, portés tantôt par un bon flux fondamental, tantôt par des rebonds techniques sur des niveaux graphiques clés. Comme chaque année, le Ramadan ajoute son grain de sel à la volatilité et rend le marché plus nerveux et imprévisible. Sur un autre volet, la saison des publications se poursuit calmement avec des confirmations pour plu- sieurs secteurs. Pour l’heure, les banques et le BTP tiennent le haut du pavé et livrent des copies de bonne facture. Mais prudence, le marché scrute chaque détail et la moindre déception peut être sévère- ment sanctionnée. Le bal des résul- tats s’étirera jusqu’au 31 mars et, d’ici là, les investisseurs auront tout le loisir d’affiner leurs convictions.

-6,7%

+24,61% +7,94%

Fenie Brossette Ib Maroc Promopharm S.A

-5,85%

-5,15%

+6,08 %

daire, les ajustements ne devraient pas tarder, avec des flux qui se re- déploient en fonction de la nouvelle donne monétaire. Sur le front boursier, cette inflexion monétaire pourrait redonner du souffle aux valeurs bancaires. Si la baisse des taux pèse mécanique- ment sur les marges d’intermédia- tion, elle stimule en revanche le crédit et, par ricochet, l’activité éco- nomique. Le marché des actions, en quête de catalyseurs, pourrait éga- lement profiter d’une liquidité plus abondante et d’un regain d’appétit pour le risque, notamment sur les valeurs de croissance. ◆

Bank Al-Maghrib prend le marché de court Contre toute attente, Bank Al-Maghrib a tranché : baisse du taux directeur de 25 points de base. Une surprise pour le marché, qui tablait majori- tairement sur un statu quo. Dans l’immédiat, cette détente monétaire devrait favoriser une baisse générali- sée des rendements obligataires, les investisseurs intégrant rapidement l’impact de cette décision. Le mar- ché primaire, où les adjudications du Trésor ont déjà montré des signes de détente, pourrait enregistrer une nou- velle vague d’émissions à des coûts réduits. Quant au marché secon-

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 20 MARS 2025

Taux directeur BAM renforce sa politique accommodante

modante. Jusqu'à présent, nous assurions un accès illimité des banques à la liquidité. Aujourd'hui, nous allons plus loin en ajustant également notre taux directeur», a expliqué le wali. Dans cette même optique, Bank Al-Maghrib met en place un nou- veau programme de soutien au financement bancaire des très petites entreprises (TPE), avec en particulier un refinancement des banques participantes à un taux préférentiel égal au taux directeur minoré de 25 pb. Ce dispositif et l’engagement exprimé par le sec- teur bancaire devraient améliorer l’accès au financement de cette catégorie d’entreprises et renfor- cer sa contribution à la création d’emplois dans notre pays. L'un des principaux objectifs est d'accompagner les très petites entreprises (TPE), qui repré- sentent 88% du tissu économique national. «Nous avons déjà échan- gé avec les banques sur l'impor- tance de soutenir cette catégorie d'entreprises, notamment via des structures d'accompagnement et d'éducation financière. Nous comptons aussi renforcer les dis- positifs de garanties de crédit en collaboration avec Tamwlicom», a déclaré le gouverneur. Une normalisation prudente de la politique monétaire Cette décision s'inscrit dans un mouvement graduel d'ajustement monétaire, amorcé depuis le pic inflationniste de 2023-2024. « Nous sommes partis d'un taux directeur de 1,5%, que nous avons relevé à 3% avant de le ramener progres- sivement à 2,25%. Avec une infla- tion stabilisée à 2%, nous avons la latitude pour agir», a noté le wali. BAM assume ainsi une posture prudente mais proactive : «Nous accompagnons la croissance et l'emploi de manière ciblée, sans compromettre notre mission prin- cipale. Chaque décision sera prise réunion après réunion, sur la base des données les plus récentes» , a-t-il conclu. Un message clair pour le marché: la Banque centrale garde le cap tout en adaptant finement sa stra- tégie à l'évolution de la conjonc- ture. ◆

Baisse surprise du taux directeur en ce mois de mars. Abdellatif Jouahri estime qu'il dispose de suffisamment de marges de manœuvre pour soutenir la croissance. Par A. Hlimi

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib

C

ontre toute attente, Bank Al-Maghrib (BAM) a décidé, lors de sa réunion de mars 2025, d'abaisser son taux directeur de 25 points de base, le por- tant à 2,25%. Cette décision, qui marque la troisième réduc- tion depuis juin dernier, intervient alors que le consensus du mar- ché tablait sur un statu quo. Lors de la traditionnelle conférence de presse suivant le Conseil, le wali de la Banque centrale a expliqué les motivations de cette mesure en insistant sur la stabilité des indicateurs économiques et les marges de manœuvre disponibles pour soutenir la croissance et l'emploi, tout en préservant la sta- bilité des prix. «Notre mission fondamentale

senté au FMI confortent cette ten- dance à l'amélioration des équi- libres budgétaires. Autre élément clé : les réserves de change, qui couvrent aujourd'hui près de cinq mois et demi d'impor- tations. «Nos exportations restent dynamiques, les importations énergétiques sont sous contrôle et les entrées de devises issues du tourisme, des transferts MRE et des investissements directs étran- gers s'améliorent constamment» , a souligné le gouverneur de la Banque centrale. Un soutien renforcé à la croissance et à l'emploi Avec une croissance non agricole qui commence à dépasser les 4%, BAM estime disposer d'une marge de manœuvre monétaire suffisante pour accompagner l'activité économique sans com- promettre son mandat de stabilité des prix. «Nous avons décidé de renforcer notre politique accom-

reste la stabilité des prix et la lutte contre l'inflation», a rappelé Abdellatif Jouahri, wali de BAM. Les chiffres le confirment : l'infla- tion a chuté de 6,1% à 0,9%, et les projections pour 2025-2026 se stabilisent autour de 2%, aussi bien pour l'inflation globale que pour l'inflation sous-jacente. « Si l'inflation sous-jacente ne bais- sait pas et ne s'alignait pas sur notre objectif de 2%, nous aurions adopté une approche différente», a-t-il précisé. Un cadre macroéconomique favorable La décision de BAM s'appuie également sur un environnement budgétaire et financier rassurant. «Le gouvernement a fait preuve de discipline budgétaire en 2024, et la Loi de Finances 2025 prévoit un déficit réduit» , a indiqué le wali. Les projections internes de BAM et les engagements pris dans le cadre du programme triennal pré-

«Nous accompagnons la croissance et l'emploi de manière ciblée, sans compro- mettre notre mission principale», souligne Jouahri.

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BOURSE & FINANCES

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de dirhams entre 2021 et 2024 grâce à l'augmentation des recettes fiscales et à la réduc- tion du déficit budgétaire». Cette discipline budgétaire, combinée à une augmentation attendue des recettes fiscales à 320,1 milliards de dirhams, permet au gouvernement de mieux calibrer ses émissions de dette et d’opti- miser son coût de financement. Notre source ajoute que «le gouvernement prévoit un défi- cit budgétaire de 58,2 milliards de dirhams en 2025, en légère baisse par rapport aux années précédentes, un objectif rendu possible grâce aux hausses de la TVA, de l’impôt sur les sociétés (IS) et de l’impôt sur le revenu (IR)». Cette trajectoire budgétaire maî- trisée constitue un facteur sup- plémentaire de détente des taux, en réduisant la pression sur les besoins de refinancement du Trésor. Dans la continuité des facteurs favorisant la détente des taux, la gestion des tombées des bons du Trésor apporte un élément de soutien supplémentaire, bien que son effet demeure plus secondaire. Notre expert sou- ligne qu’ «en 2025, le Maroc pré- voit un volume total de tombées de bons du Trésor autour de 109 milliards de dirhams, dont 101 milliards sur le marché intérieur et 8 milliards à l’international. À ce jour, le reste de l’encours des tombées de bons du Trésor est de 87 milliards de dirhams». Ce niveau, en ligne avec la moyenne historique, ne devrait pas exercer de pression parti- culière sur les taux, d’autant que les séances d’échange prévues par le Trésor permettront de lis- ser ces échéances et de réduire les pics de remboursement. « Concernant le calendrier de remboursement, il peut influen- cer les taux obligataires en agis- sant sur plusieurs facteurs. Un remboursement régulier peut renforcer la perception de sta- bilité de l'État» , ajoute notre interlocuteur. En optimisant son profil de dette, le Trésor évite ainsi un afflux massif d’émis- sions sur le marché primaire, ce

 La détente des taux se poursuit dans un environnement financier stabilisé.

Marché obligataire La détente s’accélère sur les maturités longues

évolution des taux obligataires au Maroc suit une dynamique baissière, qui devrait s’accélé- rer sur les maturités moyennes et longues d’ici la fin de l’an- née 2025. La nouvelle décision de Bank Al-Maghrib de baisser son taux directeur de 25 points de base à 2,25 % vient ren- forcer cette tendance, dans un contexte où l’inflation est maî- trisée et où le déficit budgé- taire se réduit progressivement.​ Cette orientation monétaire plus accommodante, combinée à une gestion budgétaire prudente et à des flux croissants vers les obli- gations longues, laisse entrevoir un potentiel de détente supplé- L Avec la nouvelle baisse du taux directeur de Bank Al-Maghrib à 2,25 %, la détente des taux obligataires au Maroc s’accélère, particulièrement sur les maturités moyennes et longues. Entre une inflation maîtrisée, une gestion budgétaire rigoureuse, l’arrivée de nouveaux flux institutionnels et la possibilité d’une émission d’Eurobond, les rendements souverains devraient continuer leur repli. Par Gh. Bennani mentaire des rendements sou- verains. La décision de Bank Al-Maghrib repose sur un environnement macroéconomique favorable. Après avoir atteint 0,9% en 2024, l’inflation devrait remonter légèrement, mais rester modé- rée, oscillant autour de 2% à moyen terme. Cette stabilité des prix permet à la Banque centrale d’adopter une politique monétaire plus accommodante, visant à soutenir l’activité éco- nomique tout en maintenant un cadre financier équilibré. Dans ce contexte, la baisse du taux directeur à 2,25% crée un espace supplémentaire pour une détente des taux obligataires, avec un impact qui devrait être plus marqué sur les maturi- tés moyennes et longues, où le potentiel de correction reste important. Parallèlement, la réduction progressive du déficit budgé- taire, attendue à 3,9% du PIB en 2025, témoigne d’un effort de consolidation des finances publiques qui limite la pression sur les adjudications du Trésor. Un expert du marché obliga- taire souligne qu’ «en 2025, le Maroc affiche une gestion rigou- reuse de ses finances publiques, ayant dégagé une marge bud- gétaire d'environ 150 milliards ’

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qui participe au climat de stabilité des rendements. Un autre élément clé à surveiller est la possible émission d’un Eurobond par le Maroc en 2025. Avec la baisse des taux en zone Euro, cette opération pourrait permettre au Trésor de lever des fonds en Euro à des conditions avantageuses, réduisant ainsi son recours au financement domestique. Ce contexte est d’autant plus propice que le Fonds monétaire international (FMI) vient d’accorder un décaisse- ment de 496 millions de dollars au Maroc dans le cadre de la Ligne de Précaution et de Résilience (LPR). Ce soutien, qui s’ajoute aux précédents décaissements obtenus en 2023 et 2024, témoigne de la confiance des institutions financières internatio- nales dans la solidité macroécono- mique du pays et sa capacité à hono- rer ses engagements. Cette crédibili- té renforcée auprès des investisseurs étrangers pourrait faciliter l’émission d’un Eurobond et améliorer les condi- tions de financement du Trésor. Une source proche du marché rappelle que «l’émission d’un Eurobond par l’État marocain pourrait influencer le marché obligataire domestique de plusieurs manières. Les fonds levés à l’international permettent de réduire les émissions locales et l’offre de bons du Trésor en Dirham diminuera, entraînant une possible baisse des taux». En parallèle, la demande pour les obligations moyennes et long terme devrait être stimulée par l’arrivée de nouveaux flux institutionnels vers les OPCVM OMLT dès le deuxième tri- mestre 2025. La tendance haussière de leur actif net en 2024 autour de 19% témoigne d’un intérêt croissant des investisseurs pour ces véhicules, accentuant la pression baissière sur les rendements. Enfin, la réception par le Trésor du premier acompte de l’impôt sur les sociétés constituera un soutien bud- gétaire supplémentaire, réduisant son besoin de financement sur le marché primaire et contribuant à la détente des taux. Si tous les signaux plaident en faveur d’une poursuite de la baisse des taux, notamment sur les maturités moyennes et longues, la prudence reste de mise. La détente moné- taire initiée par Bank Al-Maghrib, la gestion rigoureuse des finances

dité et, surtout, des tensions géopo- litiques internationales qui pourraient rebattre les cartes et impacter les marchés financiers. Dans ce cli- mat, les investisseurs devront rester attentifs aux ajustements de poli- tique monétaire et aux éventuelles pressions externes pouvant influer sur la courbe des taux. La baisse des rendements semble encore avoir du potentiel, mais la vigilance reste de rigueur. ◆

Le potentiel de correction reste important sur la partie longue de la courbe, soutenu par une politique monétaire plus accommodante et une gestion optimisée des adjudications du Trésor.

publiques et l’afflux des investisseurs institutionnels vers les obligations longues créent un contexte favo- rable, mais l’environnement reste

en constante évolution. La trajec- toire des taux dépendra aussi de l’évolution du contexte macroéco- nomique national, des flux de liqui-

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Marché de change En attendant la réforme, le Dirham fait preuve de résilience M Entre la vigueur du Dollar, stimulé par des taux d'intérêt américains attractifs, et un Euro toujours sous pression, le Dirham a su maintenir une relative stabilité, soutenue par des flux d’exportation solides et une gestion prudentielle des réserves de change. Par Y. Seddik mois, une stabilisation de l’Euro (1,04 EUR/USD) et des entrées de devises liées à la saison estivale pourraient ramener l'USD/MAD à 9,87 et l'EUR/MAD à 10,27. Dans un contexte international marqué par des tensions com- merciales entre les États-Unis et l’Union européenne, ainsi que par les décisions de la FED et de la BCE, la capacité du Maroc à maintenir des niveaux d’exporta- tion élevés et une gestion rigou- reuse de ses réserves de change sera donc déterminante.

Pourquoi maintenant ? La vulnérabilité du Dirham face aux chocs monétaires interna- tionaux s’est accentuée ces dernières années, et a impac- té directement la compéti- tivité de la monnaie nationale. Parallèlement, l’efficacité de la politique monétaire reste entra- vée par l’ancrage aux devises internationales, ce qui limite les marges de manœuvre de BAM face aux fluctuations écono- miques globales. Enfin, la montée en puissance des exportations marocaines renforce la capaci- té du pays à gérer une flexibi- lité accrue du taux de change, et rend donc cette transition plus opportune que jamais. Toutefois, cette transition ne pourra se faire sans certaines conditions préalables : un niveau de réserves de change suffisant, une stabilité budgétaire à moyen terme et une capacité des entre- prises marocaines à s’adapter à un environnement de change plus dynamique. Vers un modèle hybride Inspiré par les expériences inter- nationales, le Maroc semble s’orienter vers un système hybride, combinant flexibilité et stabilité. La Chine a adopté un modèle à bande glissante, per- mettant à sa monnaie d’évoluer dans une fourchette contrôlée. L’Égypte, en revanche, a choi- si un flottement total, avec des résultats contrastés. Pour le Maroc, c’est un compro- mis : offrir plus de souplesse aux forces du marché tout en conser- vant un cadre de stabilité via des interventions ciblées de BAM. Ce modèle pourrait à terme ren- forcer la résilience du Dirham, tout en limitant les risques d’une dévaluation brutale. En définitive, si les fondamentaux actuels lui permettent de résister aux turbulences du marché des changes, la transition vers un régime plus souple devra se faire de manière progressive et maî- trisée. Une évolution inévitable, mais qui demandera une adap- tation constante de l’ensemble des acteurs économiques maro- cains. ◆

algré les pressions externes, la monnaie marocaine fait montre d’une résilience notable depuis le début d’année, soutenue principa- lement par des entrées de devises solides. En effet, sur le mois de février, le Dirham a enregistré une légère appréciation face au Dollar, avec une baisse de -0,66% du taux de change USD/MAD, inté- grant un effet panier de -0,5375% et un effet marché de -0,6340%. Face à l’Euro, il s’est déprécié de -0,61%, clôturant le mois à 10,358, avec un effet panier de +0,3499% et un effet marché de -0,6340%.

Cette stabilité relative trouve son explication dans la robustesse des flux extérieurs, notamment les exportations de phosphates et de leurs dérivés, qui ont permis d’at- ténuer les effets de la hausse du billet vert. La politique monétaire de Bank Al-Maghrib (BAM) joue également un rôle-clé dans cette maîtrise des fluctuations, avec un encadrement rigoureux du mar- ché interbancaire de devises. Les prévisions des analystes restent prudentes. BMCE Capital Global Research anticipe une poursuite de la volatilité du Dirham, fonction de l’évolution des politiques monétaires amé- ricaine et européenne. D'ici trois mois, avec un EUR/USD antici- pé à 1,03, l'USD/MAD pourrait atteindre 10,08, tandis que l'EUR/ MAD grimperait à 10,38. Sur six

Une réforme du régime de change en ligne de mire Au-delà de la stabilité conjonctu- relle du Dirham, c’est la transition vers un régime de change plus flexible qui constitue le véritable enjeu des mois à venir. BAM pré- pare en effet une réforme visant à désancrer progressivement le Dirham du panier de devises, marquant une évolution majeure pour la politique monétaire maro- caine. Le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a confirmé que cette étape intermédiaire ne signifiera pas un flottement total, mais plutôt un ancrage via le taux directeur et la politique monétaire, avec une surveillance active des fluctuations du mar- ché. Objectif : réduire la dépen- dance aux variations de l’Euro et du Dollar, tout en offrant plus de marge de manœuvre aux exporta- teurs marocains.

D'ici trois mois, avec un EUR/USD anticipé à 1,03, l'USD/MAD pourrait atteindre 10,08, tandis que l'EUR/MAD grimperait à 10,38.

 Bank Al-Maghrib prépare une réforme progressive du régime de change pour offrir plus de flexibilité sans rompre avec l’ancrage actuel.

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Or et incertitudes géopolitiques La valeur refuge toujours en vogue Le métal précieux a dépassé la barre symbolique des 3.000 dollars l’once, marquant une hausse de près de 40 % en un an. Une ascension portée par l’instabilité géopolitique mondiale, le spectre du protectionnisme américain et la baisse attendue des taux d’intérêt. Au Maroc, cette flambée des prix se répercute directement sur le marché local où la demande reste forte, malgré la hausse des coûts.

crivent eux aussi en hausse, atteignant une progression de plus de 25% sur un an. Ces augmentations de prix sont répercutées elles aussi sur les acheteurs finaux. Et tout laisse présager que cette tendance haussière devrait se pour- suivre pour l’année en cours» , explique Driss El Alaoui, membre de l’Association des bijoutiers de Casablanca. Il note que «malgré la hausse des prix, l’or demeure toujours coté dans le marché. Nous avons même constaté une hausse de la demande avec la montée de l’inflation de ces dernières années, et aussi avec la dernière amnistie fiscale. Certaines personnes préfèrent convertir leur argent liquide en produits d’orfèvrerie ou de joaillerie qui maintiennent leur valeur et ne subissent pas l’ef- fet du renchérissement du coût de la vie». Par ailleurs, il faut noter que le secteur bénéficie d’une atten- tion particulière de la part des autorités. Pour lutter contre les opérations frauduleuses, dont notamment le blanchiment d’argent, la Loi de Finances 2025 a prévu l’entrée en vigueur de nouvelles disposi- tions, comme l’instauration du cadre réglementaire du métier d’affineur des métaux précieux. Il est question d’assurer un maximum de traçabilité dans le secteur. Cela permettra de contrôler toute la chaîne de valeur, tant en amont qu’en aval, depuis l’importation du produit en lingots ou l’extrac- tion minière jusqu’au façon- nage du produit fini. Le but est de faire face à l’utilisation d’alliages non conformes aux standards exigés. «Notre activité a une bonne réputation et les acheteurs sont très regardants sur la qualité des produits. Les opérations frauduleuses peuvent impacter la filière et générer un pro- blème de confiance. Nous sommes en faveur de toutes les actions permettant de dévelop- per le secteur et de le mettre à niveau» , conclut El Alaoui. ◆

Par C. Jaidani

 Connu comme valeur refuge, l’or demeure toujours intéressant pour les invetisseurs.

L

es prix de l’or continuent d’évo- luer dans un trend haussier historique. Cette croissance a commencé depuis le début de l’année 2024 et elle se pour- suit toujours. Ainsi, le cours du métal précieux a dépassé il y a quelques jours la barre fati- dique de 3.000 dollars l’once. Il y a une année, son cours évo- luait autour de 2.150 dollars, soit un bond de près de 40%. La raison de cette flambée, comme l’expliquent de nom-

breux experts et spécialistes du domaine, est due en grande partie à l’instabilité géopolitique dans le monde, sur fond d‘en- jeux commerciaux majeurs. De nouvelles incertitudes pèsent sur l’économie mon- diale suite aux déclarations tumultueuses de Donald Trump. Celles-ci inquiètent les investisseurs et les marchés. Le président américain a ins- tauré de nouvelles taxes sur les importations de certains pro- duits provenant de plusieurs zones dans le monde, notam- ment l’Union européenne, le Mexique, le Canada et la Chine, ravivant le spectre protection- niste.

Connu comme valeur refuge, la demande de l’or devrait aug- menter en 2025, surtout que les analystes prévoient la poursuite de la baisse des taux directeurs de la FED et de la BCE. Une telle initiative incite les inves- tisseurs et les spéculateurs à acheter l’or pour dégager ulté- rieurement des plus-values. Au Maroc, le même phénomène est constaté. En une année, le prix de l’once d’or 18 carats est passé de 600 DH à 750 DH. «Depuis plus d’une année, le prix de l’or est en hausse progressive à l’international. Cela se répercute immédiate- ment sur le marché national. Les coûts de production s’ins-

La demande de l’or devrait augmenter en 2025, surtout que les analystes prévoient la poursuite de la baisse des taux directeurs de la FED et de la BCE.

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