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FINANCES NEWS HEBDO / JEUDI 14 MARS 2024

ECONOMIE

une grande partie de la popu- lation qui n’a pas été embau- chée ni par le secteur privé formel ni par le secteur public formel. L’importance de ce secteur informel reste vitale; il repré- sente 30 à 40% de l’économie marocaine, soit près de 12% du PIB national. Le taux d’informalité repré- sente près de 77,2% de l’em- ploi total dans notre pays, et si l’on exclut les travailleurs du secteur public, on monte à un taux de 84,3 %. Ce qui veut dire que 84,3% des employés au Maroc, dont 77,2% d’employés du secteur privé, ne sont pas déclarés. De ce fait, leurs patrons, leurs entreprises ou leurs adminis- trations ne payent pas leurs cotisations, privant ainsi le financement de notre assu- rance maladie et notre sys- tème de protection sociales (retraites, allocations fami- liales, allocations de chômage …) de précieuses ressources financières représentées par les cotisations salariales et patronales. Le rapport de Hamza Saoudi et Ahmed Ouhnini du Policy Report, sous le titre «Le sec- teur informel : repenser la structure globale des incita- tions pour une économie plus inclusive et dynamique» est assez éloquent à ce sujet. Le poids important de ce sec- teur demeure une question préoccupante pour l’écono- mie marocaine d’une manière générale, et pour le futur du financement de la santé. En effet, les entreprises et tra- vailleurs du secteur informel sont le plus souvent invisibles aux radars de l’administration fiscale, rendant impossible l’élargissement de l’assiette fiscale, avec pour consé- quences, d’une part, la réduc-

tion du poids fiscal sur les contribuables tout en assurant de précieuses et importantes recettes fiscales pour l’Etat. De plus, ce secteur prive l’as- surance maladie de substan- tielles recettes représentées par les cotisations des actuels employés du secteur informel. F.N.H. : Dans un pays où le secteur informel est aussi important, le financement durable d’une couverture sani- taire universelle s’avère difficile. Comment pal- lier cette probléma- tique ? A. B. : L’économie informelle, qui comprend les employés non déclarés mais aussi des patrons et des entreprises, prive l’Etat de substantielles cotisations à l’assurance mala- die, aux systèmes de retraite et de recettes fiscales. Pour y remédier, plusieurs mesures peuvent être envisagées, à savoir : A- Le renforcement des contrôles pour identifier les employeurs qui ne déclarent pas leurs employés et les sanctionner. B- La sensibilisation et l’édu- cation des employés et employeurs à l’obligation et aux nombreux avantages de la déclaration des employés. C- La simplification des pro- cédures administratives pour les déclarations. D- La mise en place des inci- tations fiscales pour encoura- ger les employeurs à déclarer leurs employés ainsi que pour l’encouragement de la mise sous statut d’auto-entrepre- neur ou de sociétés Sarl. E- Le développement de l’éco- nomie formelle à travers la création d’emplois formels et le soutien des entreprises for- melles. Il ne faut pas oublier que la pandémie de la Covid-19 a ruiné de nombreuses entre- prises formelles et a précipité de nombreux employés dans l’informalité. ◆

financement va être profon- dément remaniée avec, entre autres, un financement plus important des citoyens à tra- vers une assiette très élargie et donc moins douloureuse et coûteuse pour eux. Quant aux citoyens les plus précaires, l’Etat se chargera de les prendre en charge. On dit que la santé n’a pas de prix, mais elle a justement un prix, et le coût de la mise en place de la couverture sanitaire uni- verselle pour l’ensemble des Marocains sera énorme. Le coût de la CSU aussi énorme soit-il, est largement justifié par l’ambition royale d’une santé pour tous et d’un système de santé aussi robuste que rési- lient face à des menaces à venir. Ne l’oublions, l’avenir est malheureusement porteur de nombreuses menaces sani-

taires et environnementales. La pérennité de notre cou- verture sanitaire universelle est tributaire de la garantie de sources de financement tout aussi immuables, notamment les cotisations à l’assurance maladie et les sources fiscales. Et ces deux sources fonda- mentales ne pourront être pleinement optimisées sans la contribution d’un large pan de l’économie représenté par le secteur informel. F.N.H. : Que représente le secteur informel au Maroc et en quoi son impact est négatif pour le financement de la santé ? A. B. : Le secteur informel au Maroc joue, à ce jour, un rôle vital dans l’économie du Maroc, en offrant un emploi à

84,3% des employés au Maroc, dont 77,2% d’employés du secteur privé, ne sont pas déclarés.

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