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transfert. Un patient peut-il vraiment se sentir libre de dire « non » à son analyste ? Alors que dans la plupart des autres professions, l’exigence éthique du consentement éclairé est relativement simple, en psychanalyse, elle est tout sauf simple. L’objet de l’enquête analytique, l’inconscient, complique toute notion de consentement éclairé dans le champ transférentiel. Ni l’analysé ni l’analyste ne peuvent être immédiatement conscients de tous les motifs inconscients qui poussent à autoriser le partage de matériel clinique, et aucun d’eux ne peut prédire les répercussions après-coup d’une telle décision. Il existe des cas documentés dans lesquels un patient a donné son consentement au partage du matériel clinique et a néanmoins estimé que l’analyste avait trahi sa confiance. Ces analystes ont conclu qu’il existe une incertitude éthique inhérente au consentement éclairé en psychanalyse, étant donné que le transfert et le contre-transfert ne peuvent être connus que de manière partielle. Les répondants qui ont rejeté le consentement du patient préconisent le déguisement comme moyen le plus sûr de permettre la publication de matériel clinique tout en préservant la confidentialité. Certains y sont parvenus en réduisant le matériel clinique à une brève vignette ou en regroupant quelques patients afin de présenter une image plus large d’un dilemme clinique. Bien sûr, le déguisement menace la validité scientifique des rapports cliniques, car on peut se demander dans quelle mesure la présentation d’un cas reflète l’expérience analytique si des aspects importants de l’histoire du patient, des événements majeurs de sa vie et de son contexte culturel ont été déformés. D’autres répondants ont soutenu la nécessité d’obtenir le consentement du patient et de tenir compte de ses sentiments à l’égard de sa présentation. Certains ont également recommandé que le patient lise et autorise l’utilisation du matériel clinique inclus dans une publication. Ces analystes estiment que l’engagement interactif suscité par la demande de consentement est en fait la meilleure mesure éthique à prendre. Ils affirment que l’ajout du point de vue du patient permet d’obtenir des avantages thérapeutiques et une plus grande précision scientifique. Nombre d’analystes soulignent aussi les pertes de nuance dans la rencontre clinique lorsque des déguisements élaborés sont introduits. Bien sûr, l’implication du patient dans la description du matériel clinique peut également entraîner des pertes potentielles. Les partisans du premier camp remettent en question l’utilité d’inclure un patient dans le processus de rédaction et affirment qu’un tel comportement est finalement contraire à l’éthique. Écrire sur un traitement en pensant à son patient comme public limiterait la capacité de l’analyste à s’exprimer sur les dimensions inconscientes du traitement. Il n’y a aucun moyen de le faire sans risquer de perturber le patient, ce qui aurait pour conséquence d’appauvrir considérablement le contenu écrit sur le traitement. Pour ces analystes, l’objectif est de décrire le traitement de manière aussi complète que possible, mais en anonymisant les informations afin que même la patiente ne puisse pas se reconnaître.
Perspectives
Le conflit insoluble qui ressort de notre enquête auprès des rédacteurs en chef de revues sur la meilleure façon de présenter les données cliniques en vue de leur publication témoigne de la diversité des points de vue sur cette question et montre clairement que chaque revue, et peut-être même chaque auteur, devra évaluer une solution adaptée à chaque situation.
En raison de ces limites dans notre capacité à être sûrs de nos choix éthiques spécifiques, ainsi que des opinions divergentes sur la manière de traiter les publications cliniques, nous ne nous sentons pas en
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