Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc
Du 29 janvier 2026 - 8 DH - N° 1223
PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC
Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli
Fusions-acquisitions De «l’événement» à la construction
Rabat - Dakar
Le partenariat au centre du jeu
P. 8 à 11
P.4/18/31
● Lors de l’événement «Les Nuits de la Finance», organisé le 27 janvier à Casablanca, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a livré une lecture très «économie réelle» de la trajectoire industrielle du Royaume.
P. 12 à 15
Contrefaçon
Entrepreneuriat féminin
Retour des pluies
«Il nous faut au Maroc des peines plus dissuasives»
Après la dynamique de création, le défi de la croissance
L’étau économique se desserre
Entretien avec Me Daoud Salmouni Zerhouni, avocat et conseiller en propriété intellectuelle.
P.28 à 30
P. 19 à 21
P. 24/25
Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma
SOMMAIRE
2
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
ACTUALITÉ
31 POLITIQUE
Editorial
De la pelouse à la diplomatie : Le Maroc garde le cap africain
4
Voyons voir : Rabat – Dakar : Le partenariat au centre du jeu Ça se passe au Maroc
6
BOURSE & FINANCES
Point Bourse Hebdo : Le Masi sous le parapluie, les taux sans pitié Fusions-acquisitions : De «l’événement» à la construction Entretien avec Jamal El Mellali & Ramy Habibi Alaoui : De la rentabilité à la résilience, Ce que construisent les fusions bancaires
7
8
Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication
10
De l’usine à la valeur
es propos de Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, lors de l'évènement «Nuits de la Finance» organisé par Finances News Hebdo le 27 janvier, ont le mérite de rompre avec l’autosatisfaction industrielle. L’industrialisation marocaine n’est ni linéaire ni naturelle. Elle s’est construite par ruptures successives, à travers des renoncements et des choix parfois douloureux. L’ouverture commerciale a exposé un tissu productif fragile à une concurrence brutale, sacrifiant des industries protégées pour per- mettre l’émergence d’un modèle plus robuste. Cette «destruction créatrice» avait pour ambition de faire basculer l’industrie et la pro- duction marocaine dans les standards mondiaux. L Le nouveau front industriel marocain Mais il ne s’agissait pas seulement de produire. Il fallait produire vite et livrer mieux que les autres. D’où le second pari : la logistique. Ports, autoroutes, rail et hub de Tanger Med ont corrigé un handicap majeur qui annihilait toute compétitivité. Ce choix d’investissement public, longtemps contesté, est devenu l’ossature silencieuse de la perfor- mance industrielle actuelle. L’infrastructure ne sert plus seulement l’aménagement du territoire, mais fabrique un avantage économique mesurable. Ce premier cycle a permis au Maroc de sortir du low-cost pour s’ins- taller dans le best-cost. Mais Mezzour reconnaît lucidement que la souveraineté industrielle n’est pas encore atteinte. Assembler n’est pas décider. Produire n’est pas maîtriser la technologie. Exporter n’est pas posséder la valeur. Le nouveau cap consiste donc à remon- ter dans la chaîne de valeur, capter la décision stratégique et maîtriser les brevets, le design et la marque. Autrement dit, passer de site de production à acteur industriel souverain. Le contexte international rend ce virage indispensable. Le protec- tionnisme rampant, les crises d’approvisionnement et la reconfigu- ration des chaînes de valeur mondiales ont replacé la souveraineté productive au centre des stratégies nationales. La banque de projets industriels traduit cette volonté, l’objectif étant de substituer des importations sans retomber dans un protectionnisme inefficace, relancer l’investissement productif local et reconstruire une base industrielle nationale. Le Made in Morocco illustre cette bataille culturelle et économique. Il doit devenir un label crédible, normé et protégé. L’avenir industriel ne se jouera pas seulement sur les chaînes de montage, mais dans l’apti- tude à capter la valeur immatérielle. Car la valeur se fixe désormais à l’aval commercial qui, sans aucun doute, devient ainsi le prochain chantier industriel. u
32 L'UNIVERS DES TPME
Entretien avec Mahja Nait Barka : CitizOn, «Il existe une forte demande pour des contenus cul- turels exigeants mais accessibles»
ECONOMIE
12
Industrie marocaine : Le virage du «best-cost» vers la souveraineté Reportage photos Entretien avec Bouazza Kherrati : Prix alimen- taires, «Les intermédiaires vont perdurer tant que l’informel existe» Maroc-Sénégal : L’heure est à la coproduction et à la projection africaine Retour des pluies : L’étau économique se desserre Pluies abondantes : Un choc de croissance pour l’économie marocaine Entretien avec Mohammed Jadri : Retour des pluies, «Un soulagement majeur pour l’économie marocaine» Entrepreneuriat féminin : De la dynamique de créa- tion au défi de la croissance Industrie des cyclomoteurs : La filière présente un potentiel de développement important Fitness : Un marché plus fragile qu’il n’y paraît Entretien avec Me Daoud Salmouni-Zerhouni : Contrefaçon, «Il nous faut au Maroc des peines plus dissuasives»
15 16
18
19 20
22
24
34 HIGH-TECH
26
Ransomware : Une escalade mondiale qui s’accé- lère en 2025
27 28
• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal
• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL
• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021
• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com
VOYONS VOIR
4
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
Rabat - Dakar Le partenariat au centre du jeu
R
investisseurs et des communautés installées de part et d’autre.
formation, encadrement et dans un domaine hautement stratégique : les phosphates et leur valorisation, avec l’OCP comme vitrine et levier. La coopération sur les PME a, elle aussi, une logique imparable. Quand un responsable sénégalais rappelle que les PME représentent 97% du tissu économique du pays, il indique où se trouve la bataille de la productivité, de la formalisation et de l’emploi. Si Rabat et Dakar organisent des passerelles entre agences PME et structures de mise à niveau, c’est un pari sur la diffusion des compétences et sur la compétitivité. Le volet portuaire et logistique ajoute une dimension stratégique. Les synergies Tanger Med–Dakar et Dakhla–Ndayane/Bargny consolident l’idée d’un axe atlantique africain plus fluide, où l’intégration se fait par les flux (marchandises, intrants industriels, exporta- tions agroalimentaires, composants...) dans un schéma gagnant-gagnant. Il y a également l’énergie, avec le Gazoduc Afrique Atlantique, qui devient un enjeu de souveraineté Sud-Sud et où le Sénégal est appelé à jouer un rôle de premier plan dans la première phase. S’y ajoutent les éner- gies renouvelables, l’accès à l’électricité, la transformation locale des ressources minières ou encore l’enseignement supérieur et la recherche. Dans cette atmosphère encore chargée, Sonko a clarifié l’intention. «C’est un voyage de confirmation, de dépassement et de refondation du lien, à la hauteur de deux nations qui se respectent, se reconnaissent et se projettent ensemble». Traduction écono- mique : on passe du «partenariat cordial» au «partenariat productif» avec des instruments, des calendriers et une mobilisation des sec- teurs privés. Dans une Afrique traversée par des recom- positions géopolitiques et par une quête d’intégration économique, Rabat et Dakar entendent avancer ensemble. Il restera sans doute des séquelles émotionnelles dans l’opinion publique, quelques passes d’armes numériques entre supporters et des souve- nirs de soirée tendue au stade. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que deux gouvernements viennent de démontrer que l’architecture du partenariat maroco-sénégalais est suffisam- ment robuste pour absorber les turbulences conjoncturelles. ◆
Par D. William
abat a accueilli les 27 et 28 janvier la 15 ème Commission mixte de coopération Maroc– Sénégal. Cet événement, qui a eu lieu quelques jours après la finale électrique de la CAN et à un moment où l’émotion sportive encore chaude, a donné à voir qu’un trophée peut certes enflammer les nerfs, mais qu’il ne peut en aucune manière dicter la trajectoire des relations entre les deux pays. Le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a d’ailleurs planté le décor en rappelant que le lien bilatéral relève d’une profondeur his- torique et non d’une opportunité du moment. «Une relation naturelle et durable, et non un produit de l'instant ou une alliance conjonc- turelle», a-t-il affirmé, notant que «le Royaume du Maroc et la République du Sénégal res- teront deux grands pays africains, fidèles à l’esprit de fraternité, de solidarité et de res- pect qu’ils ont toujours incarné à l’égard du continent africain». Côté sénégalais, le Premier ministre Ousmane Sonko n’a pas esquivé le sujet. Il l’a recadré en le requalifiant pour ce qu’il est, à savoir une poussée d’adrénaline collective et guère une faille géopolitique. «Les dérapages obser- vés (...) doivent être requalifiés comme des excès émotionnels produits par la ferveur et non comme des facteurs politiques ou cultu- rels», précise-t-il. Des propos qui refusent de politiser l’incident et, surtout, qui protègent la relation des entrepreneurs, des étudiants, des
Signature de 17 instruments juridiques Dès lors, ce qu’il faut relever, c’est la maturité des deux Etats. Là où d’autres auraient cédé à la crispation nationaliste post-match, Rabat et Dakar ont répondu par des signatures d’ac- cords, des mécanismes de suivi, des projets d’infrastructures et des forums économiques. C’est dire que cette Commission mixte n’a pas servi à «sourire pour la photo», mais plu- tôt à consolider le partenariat bilatéral, avec notamment la signature de 17 instruments juridiques. Sur l’industrie et le commerce, une nouvelle feuille de route est actée, le Sénégal ayant comme objectif d’accélérer son industriali- sation à l’heure où le pays ouvre un nouveau chapitre énergétique (pétrole et gaz), déploie des zones agro-industrielles et des zones économiques spéciales, tout en cherchant à faire monter en gamme sa transformation locale. Le Maroc, lui, apporte son expérience en infrastructures industrielles, mise à niveau, oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc) Dans une Afrique traversée par des recompositions géopolitiques et par une quête d’intégration économique, Rabat et Dakar entendent avancer ensemble.
ÇA SE PASSE AU MAROC
6
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
Offshoring
Le Maroc muscle son offre A mal El Fallah Seghrouchni a présidé, mardi 27 jan- vier à Rabat, une rencontre dédiée au renouvellement de l’Offre Offshoring Maroc. Cette initiative vise à renforcer la compétitivité du Royaume, attirer de nouveaux investissements et positionner l’off- shoring comme un moteur de créa- tion d’emplois qualifiés, notamment à l’échelle régionale. La ministre a
Tourisme
L’ONMT confiant pour 2026 P orté par une année 2025 exceptionnelle, le tou- risme marocain aborde 2026 avec confiance et ambition. Réuni le 27 janvier, le Conseil d’admi- nistration de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), présidé par Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, a validé des orientations stratégiques ins- crivant le secteur dans une trajectoire de croissance durable et structurée. L’exercice 2025 s’est distingué par des performances inédites : près de 20 millions de touristes accueil- lis (+14% sur un an), des recettes atteignant 124 milliards de dirhams à fin novembre (+19%) et une hausse de 9% des nuitées. Ces résultats confirment l’efficacité de la feuille de route touristique 2023-2026 et traduisent, selon la ministre, des choix structurels engagés depuis 2021 sous l’impulsion royale. Parallèlement, l’ONMT a accéléré la modernisation de son marketing touristique à travers une approche digitale et data-driven. Le dispositif «World Class Marketing», combinant campagnes multicanales et marketing d’influence, a été déployé en lien avec de grands événements, notamment la campagne «Maroc, terre de football» lors de la CAN 2025. Fort de ces acquis, le Conseil a validé le plan d’actions et le budget 2026, alignés sur l’objectif d’atteindre 26 millions de touristes à l’horizon 2030 et de pro- mouvoir une croissance touristique responsable et inclusive. ■
insisté sur le rôle central du capital humain, de l’innovation et de la montée en compétences pour accompagner l’évolution du secteur vers des activités à plus forte valeur ajoutée. Face à une concurrence internationale accrue, le Maroc mise sur la montée en gamme de son offre, le développement de compétences avancées et le renforcement de la R&D. À l’horizon 2030, le Royaume ambitionne de porter l’emploi du secteur à 270.000 postes et de doubler ses revenus à l’export. La rencontre a été marquée par la signature de trois conven- tions, notamment autour de la formation et du développement de Tech Valley Offshoring. ■
L’AMMC dévoile ses priorités
L’ Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a présenté, mardi à Rabat, ses priorités d’actions pour l’année 2026 lors d’une rencontre réunissant les acteurs de l’écosystème financier. Selon son président, Tarik Senhaji, ces priorités s’articulent autour de cinq axes issus du plan stratégique 2024-2028 : dynamisation et accessibilité du marché, innovation et durabilité, protection et éducation des investisseurs, modernisation de la supervision et transformation interne.
Pour 2026, l’AMMC prévoit de dévelop- per le marché obligataire et les fonds de dette, d’introduire de nouveaux instruments comme les ETF, d’agréer les premières pla- teformes de crowdfunding et d’avancer sur l’encadrement des cryptoactifs. L’Autorité renforcera aussi l’éducation financière, la lutte contre les abus de marché et sa trans- formation digitale, notamment via des outils de supervision innovants. ■
Le Maroc se dote d’une Agence nationale de protection de l’enfance
L a Chambre des représentants a adopté, lundi 27 janvier, le projet de loi n°29.24 portant création de l’Agence nationale de protection de l’enfance (ANPE), ainsi que des centres de protection de l’enfance et des établissements de prise en charge sociale dédiés aux enfants. Le texte a été approuvé par 61 députés, contre 23 oppositions. L’ANPE disposera de compétences exclusives, notamment la tutelle des centres de protection,
l’autorisation et le suivi des établissements sociaux, ainsi que l’évaluation de la situation des enfants. Le texte prévoit deux régimes de prise en charge : un régime fermé et un régime ouvert, adaptés aux différentes catégories d’enfants, notamment ceux en conflit avec la loi, en situation de vulnérabilité, abandonnés ou victimes de violences. Axée sur une approche fondée sur les droits, la loi privilégie la prévention, la réinsertion et l’accompagnement post-prise en charge. ■
www.fnh.ma
BOURSE & FINANCES
7
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
Point Bourse Hebdo Le Masi sous le parapluie, les taux sans pitié
Evolution de l'indice Masi depuis début janvier 2025
L Après un début d’année prometteur, la Bourse de Casablanca a brutalement changé de tempo. La remontée des taux, un climat risk-off et un bruit géopolitique ont suffi à éteindre l’élan de janvier. dir la demande sur les BDT sur le reste du 1er trimestre 2026, selon les analystes. Pendant ce temps, le MASI a essayé un petit numéro jeudi dernier. Une tentative de rebond, oui… sauf que ça a fini par reculer. Résultat : -2,90% sur la semaine à 18.643 points. En clair, près de 570 points envolés en cinq séances. Retour à la case départ, et même un cran plus bas, après un début janvier en fanfare. Le marché se retrouve maintenant avec un YTD à -1,08%. Ça pique surtout parce que, psychologiquement, les investis- seurs avaient déjà «encaissé» ces 3% comme acquis. Par Y . Seddik
e marché a retrouvé son temps de janvier : gris, froid, et pas très joueur. L’année avait pourtant démarré sur un pied solide, avec un MASI en hausse d’environ 3% dès la première semaine de janvier. Puis, séance après séance, le ton s’est durci. Les investisseurs ont commencé à lever le pied, le risk-off s’est installé, et l’élan s’est éteint, à mesure que la volatilité et la géopolitique brouillent la visibilité. Résultat cette semaine : le marché repasse en mode prudence, et l’indice bascule même en territoire négatif depuis le début de l’année. Le vrai sujet de la semaine, ce n’est tant pas le -2,90% du MASI. C’est le marché des taux qui s’est tendu un cran de trop pour une place qui aime bien avancer en pantoufles. Le 2 ans qui prend +24 pbs à 2,74%, le 5 ans +16 pbs, et sur le secondaire, la ten- sion s’est déjà diffusée sur plusieurs maturités. Côté primaire, le Trésor peut faire le difficile grâce au surfinan- cement (18,45 Mds de DH levés pour 15,50 annoncés), ce qui temporise… tant que le 10 ans et le 15 ans ne se mettent pas à suivre franchement. Avec, en toile de fond, une liquidité bancaire tendue, qui risque de refroi-
TOP Performances
FLOP Performances
TotalEnergies Bank Of Africa Stroc Industrie
-8,82%
+13,76% +10,55%
SMI Minière Touissit M2M Group
-8,65%
-7,52%
+5,32%
en tête (+13,76% à 6.200 DH), Minière Touissit (+10,55% à 2.190 DH), puis M2M Group (+5,32% à 475 DH) (Top 3 de la semaine). Le reste du marché, lui, avait plutôt la main sur le bouton «prudence». Et puis il y a l’ambiance globale, celle qui n’aide jamais les marchés à garder du souffle. Trump a refait du Trump, et ça a remis une couche de risk-off en rappelant aux investis- seurs les séquences baissières du printemps 2025 (les cicatrices sont peut-être encore fraîches). Menaces de nouveaux droits de douane visant l’Europe en l’absence d’accord sur le Groenland… avant rétropédalage,
sur fond d’accord avec l’OTAN. Sur les salles de marchés US, ils ont même un surnom pour ça : le TACO Trade «Trump Always Chickens Out». Beaucoup de menace, puis une marche arrière. Le problème, c’est que même quand il recule, la volati- lité, elle, reste. Dans ce décor-là, difficile de repro- cher aux investisseurs d’être frileux. Visibilité moyenne, taux qui montent un peu plus que prévu, bruit géopo- litique qui ressort du placard… ce n’est pas l’environnement rêvé pour «charger» du risque. Et dans cette configuration, le risque se paie, le sans-risque se vend mieux. ◆
Ce qui est assez parlant, c’est que dans ce mouvement de baisse, seu- lement deux secteurs échappent vrai- ment aux dégagements. Les mines, d’abord, portées par la hausse mus- clée des métaux précieux sur les mar- chés internationaux. Et les sociétés de financement, avec un +0,36%… un petit îlot de vert qui ne raconte pas grand-chose, au fond. Côté «carton» individuel, pas besoin de chercher midi à quatorze heures : c’est encore une histoire de mines et de dossiers qui se traitent à part. SMI
BOURSE & FINANCES
8
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
Fusions-acquisitions De «l’événement» à la construction D Les grandes opérations de fusion et acquisition se multiplient dans la banque et l’assurance, sans provoquer l’agitation qu’elles suscitaient encore il y a quelques années. Elles s’inscrivent désormais dans un mouvement plus large de consolidation, porté par l’évolution des modèles économiques, la transformation des métiers et des besoins d’investissement de long terme. Plusieurs projets de rapprochement sont actuellement à l’étude dans le secteur financier marocain, dans la banque comme dans l’assurance, notamment entre Crédit du Maroc et BMCI d’une part, et entre Sanlam et Allianz d’autre part. Par Y. Seddik tion à long terme» . Les chiffres récents le rappellent d’ailleurs. D’après les données de Dealogic, la valeur mondiale des opérations a dépassé 4.800 milliards de dollars en 2025, en hausse de 41% sur un an, tout en se traduisant par moins de transactions en volume (environ 38.395, soit -6%), signe d’un marché tiré par les opérations de grande taille. Et le secteur financier, banque et assurance en tête, est l’un des terrains où cette logique s’exprime avec le plus de constance.
epuis une quinzaine d’années, ce phénomène s’est banalisé au point de devenir un marqueur de matu- rité. Quand un secteur se structure, quand ses coûts fixes montent, quand la concurrence se durcit, les acteurs cherchent la taille. Pas par goût des grands ensembles, mais parce que certains investissements - technologie, conformité, cybersé- curité, distribution, data - se ren- tabilisent mieux à grande échelle. La consolidation devient alors une réponse économique. Quand on regarde les marchés euro- péens et américains, la fusion apparaît aujourd’hui comme un outil courant de consolidation, particulièrement dans le secteur financier. Comme nous l’explique Jamal El Mellali, directeur et Responsable de la nota- tion des banques en Afrique franco- phone chez Fitch Ratings, «la sophis- tication croissante des besoins des clients, solutions intégrées, services multicanaux, innovations digitales, favorise l’émergence de groupes de taille plus importante, mieux armés pour investir durablement. La fusion devient alors moins une opération opportuniste qu’un levier stratégique de transformation, permettant aux institutions financières de s’adapter plus rapidement aux mutations du marché tout en sécurisant leur posi-
souligne que «la recherche d’une taille critique constitue l’un des prin- cipaux objectifs des fusions dans le secteur bancaire. Du point de vue des actionnaires, il s’agit d’améliorer l’efficacité, la rentabilité, la diversifi- cation et la compétitivité, notamment grâce à la réalisation d’économies d’échelle» . En Afrique, la logique est identique, mais le cycle est plus récent et plus actif. Sur un continent longtemps fragmenté en marchés nationaux, le mouvement actuel s’apparente à une phase de structuration : montée en puissance de groupes régionaux, constitution de plateformes multi- pays, recherche d’une masse critique permettant d’investir et de se proje- ter. Dans le monde entier, cette bas- cule vers le «grand format » se voit nettement, puisque selon Dealogic, 70 transactions de plus de 10 mil- liards de dollars ont été conclues à l’échelle globale depuis le début de 2025, dont 22 sur le seul quatrième trimestre, reflet d’une fin d’année portée par la course à la taille. Au Maroc, le mouvement s’inscrit dans une configuration plutôt sin- gulière. Un marché parmi les plus structurés d’Afrique, doté d’institu- tions solides, d’un cadre prudentiel robuste et d’acteurs qui ont, pour certains, déjà démontré leur aptitude à intégrer et à développer des enti- tés au-delà des frontières. Comme l’explique Jamal El Mellali, «le rythme plus mesuré des grandes fusions au Maroc reflète d’abord la stabi- lité du système bancaire, qui a été historiquement structuré autour de
quelques acteurs bien établis et ren- tables». Pour rappel, la dernière opération de consolidation significative dans le secteur financier marocain remonte à 2020, avec la fusion entre deux filiales du groupe Holmarcom, Atlanta Assurances et Sanad Assurances, qui a donné naissance à AtlantaSanad Assurance après approbation de l'autorité de contrôle et l'obtention des autorisations réglementaires. Cette entité unifiée est devenue l’un des acteurs majeurs du marché de l’assurance au Maroc. En 2025, AtlantaSanad a poursuivi la progres- sion de ses performances opération- nelles, avec un chiffre d’affaires de près de 4,54 milliards de dirhams à fin septembre 2025, en hausse de près de 15% par rapport à la même période de 2024. Trois vitesses, donc, mais une logique commune : à mesure que les marchés se densifient, la conso- lidation devient l’un des outils par lesquels ils se stabilisent.
Une dynamique mondiale… et un même mouvement
La consolidation est souvent lue comme un phénomène occidental. C’est une erreur de perspective. Ce qui change d’une zone à l’autre, ce n’est pas la logique, c’est la volumé- trie. Autrement dit, le nombre d’opé- rations et leur cadence. En Europe, le mouvement est ancien et déjà très avancé. Le continent a vu se consti- tuer des groupes de grande taille, par étapes successives, au fil de rapprochements qui ont progressive- ment «remodelé» le paysage. Cette expérience européenne a une vertu: elle rend visibles les bénéfices qui s’installent dans la durée. Les opé- rations ne sont pas pensées comme des coups, mais comme des trajec- toires : gagner une base de clients, renforcer une franchise, élargir une offre, étendre une empreinte géogra- phique, absorber des coûts fixes. Sur ce point, Ramy Habibi Alaoui, directeur associé, Banques Afrique et Moyen-Orient chez Fitch Ratings,
La fusion, une discipline professionnelle
La dernière opération de consolidation significative dans le secteur financier marocain remonte à 2020, avec la fusion entre deux filiales du groupe Holmarcom, Atlanta Assurances et Sanad Assurances.
La perception publique d’une fusion se concentre souvent sur sa partie visible, en l’occurrence les organi- grammes, les marques, les nouveaux actionnaires, la communication interne. Pourtant, l’essentiel est ail-
www.fnh.ma
BOURSE & FINANCES
9
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
lioration de la rentabilité bancaire, grâce au renforcement des posi- tions de marché et à la réalisation d’économies d’échelle», soulignent les experts de Fitch Ratings.
Maroc, Afrique : une consolidation qui a
ccompagne la montée en gamme Les marchés financiers marocains et africains évoluent dans la même direction que les autres : davan- tage de sophistication, davantage d’exigences, davantage d’inves- tissement. La différence tient à la vitesse et à la profondeur. À titre de repère, hors Afrique du Sud, l’Afrique comptait 174 deals pour une valeur totale de 4,66 milliards de dollars au premier semestre 2025, en recul de 16% sur un an. Les niveaux restent inférieurs aux pics observés entre 2021 et 2022, selon le rapport de DealMakers Africa. Au Maroc, les grandes opérations de fusion sont restées relativement rares au cours des dernières années. Cette situa- tion ne traduit pas un manque de dynamisme, comme le soulignent nos experts, mais une configura- tion spécifique. Le système bancaire s’est structuré tôt autour d’acteurs solides, sans déséquilibres majeurs appelant des consolidations d’ur- gence. La stabilité du cadre pru- dentiel, le rôle central du régulateur et des perspectives de croissance longtemps favorables ont plutôt encouragé des stratégies organiques et une expansion régionale. Dans ce contexte, la consolidation s’inscrit davantage dans une logique ciblée et progressive, alignée sur les priori- tés stratégiques des établissements, notamment leur positionnement en Afrique et leur capacité à gérer la complexité croissante du métier bancaire. Ainsi, en Afrique comme ailleurs, les opérations de fusions- acquisitions s’inscrivent dans un processus d’agrégation plutôt lent, à mesure que les marchés gagnent en profondeur et en discipline. Au final, la consolidation apparaît aujourd'hui comme un mécanisme de montée en gamme. Elle permet de bâtir des institutions plus solides, plus modernes, mieux armées pour financer l’économie et répondre aux attentes des clients. Et c’est sou- vent ainsi que se construisent les grandes places financières. ◆
Hors Afrique du Sud, l’Afrique comptait 174 deals pour une valeur totale de 4,66 milliards de dollars au premier semestre 2025, en recul de 16% sur un an.
leurs : dans la mécanique. Banques et assurances appar- tiennent à ces secteurs où l’éco- nomie se double d’une architecture de supervision. Cela change tout. Une opération n’y est pas un simple accord entre deux Conseils d’admi- nistration. C’est une séquence enca- drée, balisée, professionnalisée, où interviennent à la fois la finance, le droit, la conformité, la gouvernance, le contrôle des risques, les systèmes d’information. Sur ce point, Jamal El Mellali rappelle que «les opérations de fusion-acqui- sition bancaires reposent désormais sur des processus très structurés et largement standardisés au niveau international : analyses financières approfondies, due diligence régle- mentaire et des risques, projection des synergies, gouvernance post- opération et dialogue avec les super- viseurs, notamment avec les autori- tés de la concurrence». Cette logique est renforcée par la nature même de ces métiers : exi- gences de fonds propres, règles de solvabilité, obligations de lutte contre le blanchiment, dispositifs de confor- mité et de contrôle interne, supervi- sion étroite des autorités. Autrement dit, les rapprochements dans la banque et l’assurance se déroulent dans l’un des cadres les plus balisés de l’économie. Cette infrastructure
invisible est l’un des piliers de la sta- bilité du secteur financier. Elle permet aux opérations de s’inscrire dans le temps long, loin des logiques de rupture brutale. Pourquoi les métiers financiers se consolident «naturellement» On oublie parfois que la banque et l’assurance sont des métiers de promesses. Promesse de liqui- dité, promesse de paiement, pro- messe d’indemnisation. Et ces pro- messes reposent sur deux piliers : la confiance et la capacité à absorber les chocs. Dans un environnement où les exi- gences prudentielles montent, où les clients attendent des parcours digi- taux fluides, où l’investissement en technologie devient structurel, la taille critique offre plusieurs avantages tangibles. Elle apporte d’abord des marges de manœuvre très concrètes. Elle permet d’absorber des coûts fixes devenus incontournables, de dégager des moyens pour moderni- ser les systèmes et d’investir dans la durée. Elle élargit aussi les capacités de financement et de couverture, tout en renforçant la présence com- merciale, à travers des réseaux plus denses et des offres plus larges. À la clé, une meilleure lisibilité pour les acteurs, aussi bien auprès des inves- tisseurs que des partenaires.
Ce tropisme pour l’échelle se lit aussi dans un autre indicateur : la reprise des opérations transfrontalières, dont le montant a progressé de 46% en 2025 pour atteindre environ 1.240 milliards de dollars, toujours d’après les chiffres de Dealogic, un niveau qui renvoie aux cycles les plus actifs. La nouvelle «grammaire» des fusions financières Là se situe le point le plus important. Une fusion est souvent commentée comme une date, une annonce, un moment. Les marchés, eux, la lisent comme une brique. Une brique dans la constitution d’acteurs capables de tenir leur rang dans une écono- mie plus complexe, plus concurren- tielle, plus régulée. Une brique dans la stabilisation d’un secteur dont la mission dépasse la performance tri- mestrielle. Ce déplacement du regard a un effet immédiat sur la perception. Il ne s’agit plus de «ce qui va se passer demain», mais de « ce que le secteur devient sur dix ans» . « Sur la base des récentes opérations de fusions bancaires observées dans les marchés émergents, notamment au Moyen-Orient et en Afrique, nous constatons que malgré des coûts d’intégration à court terme, ces opé- rations se traduisent généralement, à moyen et long terme, par une amé-
www.fnh.ma
BOURSE & FINANCES
10
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
Pourquoi les fusions bancaires de par le monde se multiplient sans provoquer l’agitation d’hier ? Quels en sont les véritables moteurs et quels effets produisent ces fusions sur la solidité et la compétitivité des établissements ? Dans cet entretien, Jamal El Mellali, directeur et responsable de la Notation des banques en Afrique francophone, et Ramy Habibi Alaoui, directeur associé-Banques Afrique et Moyen-Orient chez Fitch Ratings, apportent un éclairage structuré sur la logique mondiale de consolidation et ses déclinaisons régionales, notamment au Maroc. De la rentabilité à la résilience Ce que construisent les fusions bancaires
constitue l’un des principaux objectifs des fusions dans le secteur bancaire. Du point de vue des actionnaires, il s’agit d’améliorer l’efficacité, la ren- tabilité, la diversification et la compétitivité, notamment grâce à la réalisation d’économies d’échelle. Cet objectif d’amélioration de la rentabilité et de capture d’éco- nomies d’échelle est le déno- minateur commun des fusions bancaires, indépendamment de la géographie. S’agissant des différences géographiques, nous constatons que la grande majorité des opérations de fusion dans le secteur bancaire implique des acteurs domes- tiques. À l’inverse, les fusions trans- frontalières, comme l’actualité récente en Europe l’a montré, se heurtent souvent à des obs- tacles politiques : les gouverne- ments peuvent être réticents à laisser des acquéreurs étrangers contrôler de grandes banques. Des exemples de fusions trans- frontalières existent en Europe, aux États-Unis et au Moyen- Orient, mais les regroupements domestiques demeurent domi- nants sur la plupart des mar- chés. Il est également intéressant de souligner que les dynamiques des fusions bancaires varient selon les géographies. Dans les marchés émergents, la structure de l’actionnariat (la présence d’actionnaires communs dans le secteur bancaire notamment) et le rôle de l’État, notamment la volonté de créer des «cham- pions nationaux», influencent le rythme des rapprochements, comme on a pu l’observer dans les pays du Golfe depuis 2017 et, dans une moindre mesure, au Maroc dans les années 1990. Les fusions bancaires peuvent également être dictées par le cadre réglementaire. En effet, la hausse du capital social mini- mum décidée par les autorités peut entraîner des opérations de fusion, comme nous avons pu l’observer récemment dans certains pays d’Afrique subsa- harienne.
Propos recueillis par Y. Seddik
Ramy Habibi Alaoui
Jamal El Mellali
turelles fortes : risque d’érosion des marges, notamment due à une concurrence accrue, y com- pris celle des banques digitales, renforcement constant des exi- gences réglementaires, notam- ment en termes de capitalisa- tion, et besoins d’investissements massifs dans la technologie et la conformité. Dans un tel environ- nement, atteindre une taille cri- tique est devenu essentiel pour absorber les coûts fixes et res- ter compétitif, ce qui explique le recours fréquent aux opérations de fusion. Par ailleurs, la sophis- tication croissante des besoins des clients, solutions intégrées, services multicanaux, innovations digitales, favorise l’émergence de
groupes de taille plus importante, mieux armés pour investir dura- blement. La fusion devient alors moins une opération opportuniste qu’un levier stratégique de trans- formation, permettant aux insti- tutions financières de s’adapter plus rapidement aux mutations du marché tout en sécurisant leur position à long terme. F. N. H. : Selon vous, la fusion vous semble-t-elle être devenue un outil large- ment partagé de construc- tion d’acteurs de taille critique, au-delà des diffé- rences géographiques ? Ramy Habibi Alaoui : En effet, la recherche d’une taille critique
Finances News Hebdo: Quand on regarde les mar- chés européens/améri- cains, la fusion apparaît aujourd’hui comme un outil courant de consolidation, particulièrement dans le secteur financier. Comment expliquez-vous que ce mécanisme se soit imposé aussi naturellement ? Jamal El Mellali : Les opéra- tions de fusion se sont impo- sées dans ces régions car elles répondent à des pressions struc-
La recherche d’une taille critique constitue l’un des principaux objectifs des fusions dans le secteur bancaire.
www.fnh.ma
BOURSE & FINANCES
11
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
F. N. H. : Les opérations de fusion‑acquisition dans la banque ou l’assurance reposent aujourd’hui sur des processus très struc- turés. Peut‑on parler d’un véritable métier, avec des standards comparables d’un marché à l’autre ? J. E. M. : Oui, on peut clairement parler d’un véritable métier. Les opérations de fusions‑acquisi- tions bancaires reposent désor- mais sur des processus très structurés et largement standardi- sés au niveau international : ana- lyses financières approfondies, due diligence réglementaire et des risques, projection des syner- gies, gouvernance post‑opération et dialogue avec les superviseurs, notamment avec les autorités de la concurrence. Ces standards sont portés par des acteurs glo- baux (banques d’affaires, cabi- nets de conseil, auditeurs) et se retrouvent d’un marché à l’autre. Au Maroc, ces standards inter- nationaux sont de plus en plus intégrés, notamment du fait du positionnement régional des grands groupes bancaires maro- cains. Toutefois, leur mise en œuvre reste fortement influencée par les spécificités locales : rôle central du régulateur, importance de la stabilité du système, et considérations économiques ou stratégiques propres au pays. Le métier est donc global dans ses méthodologies, mais son exécu- tion reste tout de même ancrée dans le contexte marocain. F. N. H. : D’après vos obser- vations, quels sont les prin- cipaux effets de ces conso- lidations sur la solidité financière des acteurs et leur capacité d’investisse- ment et de modernisation ? R. H. A. : Les effets positifs potentiels incluent une diversi- fication accrue des revenus, un meilleur positionnement sur le marché, ainsi que des gains d’efficacité et de compétitivité qui renforcent, par conséquent, la capacité d’investissement des banques. En outre, les fusions peuvent soutenir la liquidité des établissements, notamment en
améliorant leur capacité à collec- ter les dépôts, et réduire le coût de financement lorsque l’opéra- tion permet d’atteindre une taille significative. Néanmoins, elles s’accom- pagnent aussi de coûts d’intégra- tion et de restructuration, d’une pression potentielle sur les ratios de solvabilité, en particulier à court terme, ainsi que de risques d’exécution souvent significatifs, notamment pour les intégrations complexes et les transactions de grande ampleur et structurantes. Sur la base des récentes opéra- tions de fusions bancaires obser- vées dans les marchés émergents, notamment au Moyen-Orient et en Afrique, nous constatons que malgré des coûts d’intégration à court terme, ces opérations se traduisent généralement, à moyen et long terme, par une amélio- ration de la rentabilité bancaire, grâce au renforcement des posi- tions de marché et à la réalisation d’économies d’échelle. F. N. H. : Le Maroc a connu un rythme plus mesuré en matière de grandes fusions financières. Est-ce avant tout le reflet d’un marché arrivé à maturité avec sa propre temporalité ? J. E. M. : En effet, au Maroc, la dernière grande opération de
consolidation remonte à plus de 20 ans (2004) et concerne la fusion entre la Banque Commerciale du Maroc et Wafabank, qui a donné naissance à Attijariwafa bank. Cette opération a eu un impact systémique fort et a entraîné un changement durable du paysage bancaire marocain, avec l’émer- gence d’un champion national de premier plan. Ce rythme plus mesuré des grandes fusions au Maroc reflète d’abord la stabilité du système bancaire, qui a été historiquement structuré autour de quelques acteurs bien éta- blis et rentables. Par ailleurs, la forte concentration du secteur, les cinq plus grandes banques représentant 76% des actifs à fin 2024, selon Bank Al‑Maghrib, limite, dans une certaine mesure, le potentiel de fusions à l’heure actuelle. S’ajoutent à cela les bons niveaux de rentabilité et des pers- pectives robustes de croissance domestique, portées notamment par les projets structurants en cours au Maroc. Par ailleurs, contrairement à certains marchés européens
marqués par une fragmentation excessive ou des crises succes- sives, le Maroc n’a pas connu de déséquilibres majeurs néces- sitant des consolidations d’ur- gence. La stabilité du secteur et une croissance longtemps soute- nue ont plutôt favorisé des stra- tégies organiques et une expan- sion régionale. Cette temporalité propre est également liée au rôle central joué par le régulateur et à une approche prudente de la consolidation. Les autorités privilégient la rési- lience du système et la continuité du financement de l’économie, ce qui conduit naturellement à un rythme plus graduel des opéra- tions de fusion. Selon nous, cela ne signifie pas nécessairement une absence de dynamisme, mais plutôt une consolidation plus ciblée, réfléchie et alignée sur les prio- rités stratégiques des banques, notamment leur positionnement en Afrique et leur capacité à gérer la complexité croissante du métier bancaire. Toutefois, nous pensons que la consolidation au Maroc peut aujourd’hui apparaître comme une option stratégique crédible, notamment entre les plus petits acteurs du marché, ce qui leur permettrait notamment de renforcer leur position domes- tique. ◆
Contrairement à certains marchés européens marqués par une fragmentation excessive ou des crises successives, le Maroc n’a pas connu de déséquilibres majeurs nécessitant des consolidations d’urgence.
www.fnh.ma
ECONOMIE
12
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
Industrie marocaine Le virage du «best-cost» vers la souveraineté
e débat a démarré sur une mise en pers- pective historique, loin du récit des «vingt dernières années» souvent mobilisé pour raconter l’essor industriel. Pour Ryad Mezzour, l’industrialisation est une trajec- toire discontinue, jalonnée de tentatives, de chocs et de reconfigurations. Il remonte ainsi aux lendemains de l’indépendance, à la création de la Somaca en 1959 et aux pre- mières implantations de fournisseurs auto- mobiles. Le modèle n’a pas tenu face à la crise pétrolière, puis à la mondialisation et à l’émergence d’usines géantes. «Le modèle qui avait été choisi n’était pas un modèle qui pouvait résister à des méga-usines», résume-t-il. Le cœur de sa démonstration tient à l’idée que l’ouverture commerciale a imposé une logique de «destruction créatrice», au sens schumpétérien du terme (sacrifier pour reconstruire plus grand). Pour accéder à de nouveaux marchés, le Maroc a abaissé ses et une spécialisation sectorielle progressive, avant d’entrer dans un nouveau cycle dominé par la souveraineté industrielle, la marque et l’innovation. En arrière-plan, un impératif de création d’emplois qualifiés s’impose désormais. Par Y. Seddik L Lors de l’événement Les Nuits de la Finance, organisé le 27 janvier à Casablanca, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a livré une lecture très «économie réelle» de la trajectoire industrielle marocaine. Une transformation bâtie sur des choix assumés, des investissements logistiques lourds
barrières douanières et multiplié les accords de libre-échange. L’impact a été immédiat et brutal. Une partie de l’embryon industriel, protégé et peu compétitif, s’est retrouvée exposée de plein fouet à la concurrence internationale. Selon le ministre, l’exemple de Goodyear résume à lui seul le changement de mind- set. L’ancienne usine, qui marquait autrefois l’entrée de Casablanca, produisait environ 50.000 pneus par an. Un projet lancé récem- ment vise désormais une capacité de 18 millions de pneus annuels, s’ajoutant aux 12 millions déjà installés. En vingt ans, la logique industrielle a basculé. La montée en puissance a été réelle, mais elle s’est faite au prix d’un ajustement profond du tissu productif en amont. Ce choix, ajoute-t-il, s’est produit à un moment où l’économie devait absorber l’ar- rivée massive de jeunes générations, dans un contexte de capital «traumatisé» (allusion à la campagne d’assainissement de la fin des années 1990) et d’incitations fortes à investir dans l’immobilier. Autrement dit, une industrie fragilisée, un capital prudent, et une pression démographique qui impose de «grossir» vite.
La logistique comme avantage compétitif
Le deuxième «pari» est l’infrastructure. Ryad Mezzour rappelle ainsi un fait rarement quantifié dans les débats publics : pendant une période, expédier une marchandise de Casablanca vers l’Europe «prenait autant de temps et coûtait plus cher» que de l’envoyer de Shanghai vers l’Europe, du fait des congestions portuaires et des forma- lités. La réponse a été un investissement structurant dans les ports, les autoroutes et le TGV, contesté politiquement, mais assu- mé économiquement. Le cas Tanger Med est d’ailleurs présenté comme l’archétype. Le ministre avance dans ce sens les chiffres de Tanger Med qui traite l’équiva- lent de 11 millions de conteneurs EVP (20 pieds) contre 4,5 millions pour Algésiras à l’époque où ce dernier était la référence méditerranéenne citée. Sur ces 11 millions, la consommation marocaine représenterait environ 1 million (soit un ordre de grandeur proche du port de Casablanca), le reste relevant d’un modèle de hub industriel et logistique. Il insiste également sur la rentabilité. Selon lui, la valeur de Tanger Med serait envi-
Il ne s’agit plus seulement d’accumuler des volumes exportés, mais de remonter dans la chaîne de valeur et de reprendre la main sur la décision.
www.fnh.ma
Page 1 Page 2 Page 3 Page 4 Page 5 Page 6 Page 7 Page 8 Page 9 Page 10 Page 11 Page 12 Page 13 Page 14 Page 15 Page 16 Page 17 Page 18 Page 19 Page 20 Page 21 Page 22 Page 23 Page 24 Page 25 Page 26 Page 27 Page 28 Page 29 Page 30 Page 31 Page 32 Page 33 Page 34 Page 35 Page 36Made with FlippingBook flipbook maker