BOURSE & FINANCES
11
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
F. N. H. : Les opérations de fusion‑acquisition dans la banque ou l’assurance reposent aujourd’hui sur des processus très struc- turés. Peut‑on parler d’un véritable métier, avec des standards comparables d’un marché à l’autre ? J. E. M. : Oui, on peut clairement parler d’un véritable métier. Les opérations de fusions‑acquisi- tions bancaires reposent désor- mais sur des processus très structurés et largement standardi- sés au niveau international : ana- lyses financières approfondies, due diligence réglementaire et des risques, projection des syner- gies, gouvernance post‑opération et dialogue avec les superviseurs, notamment avec les autorités de la concurrence. Ces standards sont portés par des acteurs glo- baux (banques d’affaires, cabi- nets de conseil, auditeurs) et se retrouvent d’un marché à l’autre. Au Maroc, ces standards inter- nationaux sont de plus en plus intégrés, notamment du fait du positionnement régional des grands groupes bancaires maro- cains. Toutefois, leur mise en œuvre reste fortement influencée par les spécificités locales : rôle central du régulateur, importance de la stabilité du système, et considérations économiques ou stratégiques propres au pays. Le métier est donc global dans ses méthodologies, mais son exécu- tion reste tout de même ancrée dans le contexte marocain. F. N. H. : D’après vos obser- vations, quels sont les prin- cipaux effets de ces conso- lidations sur la solidité financière des acteurs et leur capacité d’investisse- ment et de modernisation ? R. H. A. : Les effets positifs potentiels incluent une diversi- fication accrue des revenus, un meilleur positionnement sur le marché, ainsi que des gains d’efficacité et de compétitivité qui renforcent, par conséquent, la capacité d’investissement des banques. En outre, les fusions peuvent soutenir la liquidité des établissements, notamment en
améliorant leur capacité à collec- ter les dépôts, et réduire le coût de financement lorsque l’opéra- tion permet d’atteindre une taille significative. Néanmoins, elles s’accom- pagnent aussi de coûts d’intégra- tion et de restructuration, d’une pression potentielle sur les ratios de solvabilité, en particulier à court terme, ainsi que de risques d’exécution souvent significatifs, notamment pour les intégrations complexes et les transactions de grande ampleur et structurantes. Sur la base des récentes opéra- tions de fusions bancaires obser- vées dans les marchés émergents, notamment au Moyen-Orient et en Afrique, nous constatons que malgré des coûts d’intégration à court terme, ces opérations se traduisent généralement, à moyen et long terme, par une amélio- ration de la rentabilité bancaire, grâce au renforcement des posi- tions de marché et à la réalisation d’économies d’échelle. F. N. H. : Le Maroc a connu un rythme plus mesuré en matière de grandes fusions financières. Est-ce avant tout le reflet d’un marché arrivé à maturité avec sa propre temporalité ? J. E. M. : En effet, au Maroc, la dernière grande opération de
consolidation remonte à plus de 20 ans (2004) et concerne la fusion entre la Banque Commerciale du Maroc et Wafabank, qui a donné naissance à Attijariwafa bank. Cette opération a eu un impact systémique fort et a entraîné un changement durable du paysage bancaire marocain, avec l’émer- gence d’un champion national de premier plan. Ce rythme plus mesuré des grandes fusions au Maroc reflète d’abord la stabilité du système bancaire, qui a été historiquement structuré autour de quelques acteurs bien éta- blis et rentables. Par ailleurs, la forte concentration du secteur, les cinq plus grandes banques représentant 76% des actifs à fin 2024, selon Bank Al‑Maghrib, limite, dans une certaine mesure, le potentiel de fusions à l’heure actuelle. S’ajoutent à cela les bons niveaux de rentabilité et des pers- pectives robustes de croissance domestique, portées notamment par les projets structurants en cours au Maroc. Par ailleurs, contrairement à certains marchés européens
marqués par une fragmentation excessive ou des crises succes- sives, le Maroc n’a pas connu de déséquilibres majeurs néces- sitant des consolidations d’ur- gence. La stabilité du secteur et une croissance longtemps soute- nue ont plutôt favorisé des stra- tégies organiques et une expan- sion régionale. Cette temporalité propre est également liée au rôle central joué par le régulateur et à une approche prudente de la consolidation. Les autorités privilégient la rési- lience du système et la continuité du financement de l’économie, ce qui conduit naturellement à un rythme plus graduel des opéra- tions de fusion. Selon nous, cela ne signifie pas nécessairement une absence de dynamisme, mais plutôt une consolidation plus ciblée, réfléchie et alignée sur les prio- rités stratégiques des banques, notamment leur positionnement en Afrique et leur capacité à gérer la complexité croissante du métier bancaire. Toutefois, nous pensons que la consolidation au Maroc peut aujourd’hui apparaître comme une option stratégique crédible, notamment entre les plus petits acteurs du marché, ce qui leur permettrait notamment de renforcer leur position domes- tique. ◆
Contrairement à certains marchés européens marqués par une fragmentation excessive ou des crises successives, le Maroc n’a pas connu de déséquilibres majeurs nécessitant des consolidations d’urgence.
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker