ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
de remonter dans la chaîne de valeur et de reprendre la main sur la décision (où pro- duire, quoi produire, à quel prix) et sur les actifs immatériels (brevets, marque, design). Par ailleurs, le ministre replace la souve- raineté industrielle dans un monde moins «globalisation heureuse». Il décrit une quin- zaine d’années de montée des tensions commerciales, culminant récemment dans une dynamique de démondialisation, de nearshoring et de friendshoring. Les crises, notamment sanitaires, ont ajouté une dimen- sion concrète : l’accès aux biens critiques (masques, intrants, équipements) est rede- venu un enjeu. C’est dans ce contexte qu’est lancée la banque de projets du ministère. Les pre- mières fiches, dit-il, sortent en septembre 2020. Pas moins de 80 fiches, avec une ambition de 34 milliards de dirhams de substitution aux importations et 17 milliards d’exportations, précisément pour éviter de retomber dans un protectionnisme de subs- titution «non compétitif». Depuis, l’outil a changé de dimension : 400 à 450 fiches et environ 2.000 projets lancés, avec un objectif désormais affiché de 100 milliards de dirhams de substitution et 100 milliards d’exportations. Au-delà des chiffres, Ryad Mezzour décrit un effet d’entraînement : retour d’opérateurs nationaux vers la production, y compris d’anciens industriels devenus importateurs après l’ouverture. Il évoque même des situa- tions où des multinationales, présentes sur le marché marocain, peinent face à des produits marocains devenus compétitifs et exportateurs. «Made in Morocco» : de l’origine au label, de la production à la marque L'autre axe débattu est le Made in Morocco. Le ministre raconte une bascule culturelle
Sans prétendre à une souveraineté totale, le Maroc cherche à renforcer sa capacité de décision, à capter davantage de valeur et à sécuriser des filières stratégiques.
La fin de l’échange ramène à la question la plus poli- tique relative à l’emploi. Le ministre évoque une donnée démographique marquante issue du dernier recense- ment : 1,97-1,98 enfant par femme, signe d’un bascule- ment culturel où l’enfant devient «roi», avec une attente accrue de réussite et de mobilité sociale. Chaque année, dit-il, 180.000 jeunes obtiennent un diplôme du supé- rieur et 330.000 une certification de formation profes- sionnelle. Dans ce contexte, il souligne le paradoxe d’un chômage autour de 13% au moment où certains secteurs peinent à recruter (agriculture, construction, restaura- tion, câblage, textile), car «l’ambition a changé». La montée des diplômés et la nouvelle exigence sociale
ron 2,5 fois l’investissement réalisé. Ainsi, l’infrastructure n’est pas seulement un coût d’aménagement, c’est un actif économique qui fabrique de la compétitivité logistique, donc de l’industrie. Le Maroc «best-cost», mais pas encore souverain À la question de savoir si le Maroc est passé d’un modèle d’assemblage à un modèle de création de valeur et de savoir-faire, le ministre répond sans détour : «pas encore», du moins pas de manière généralisée. Le
diagnostic est nuancé, puisque le Royaume ne se positionne plus comme «low-cost», mais comme «best-cost» qui attire davan- tage pour les compétences que pour le seul coût du travail. La souveraineté de déci- sion et la souveraineté technologique, elles, restent à construire. Cela «prend du temps», «demande de l’argent» et, surtout, «un chan- gement de mindset», résume Mezzour. Ce passage est important car il requa- lifie l’objectif. Il ne s’agit plus seulement d’accumuler des volumes exportés, mais
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