ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
que dans les groupes Renault et Stellantis, les sites marocains figurent parmi les plus compéti- tifs au monde, en coût et en qua- lité. Il affirme que des Européens se forment au Maroc sur cer- taines chaînes, et des Asiatiques sur des activités de câblage. Sur la souveraineté automobile, il expose un cap : capacité ins- tallée de 1 million de véhicules, taux d’intégration de 69% (soit environ 70% de la valeur des pièces produites localement), montée en puissance sur le design, et construction d’une chaîne de valeur électrique, notamment autour de la batterie, présentée comme la seule hors d’Asie devant être «terminée» cette année. Mais il reconnaît que le lancement d’une marque automobile est un investissement colossal (il cite 1 milliard d’euros) et suppose réseaux et temps long, à l’image des trajectoires chinoises et coréennes. Au final, l’équation du ministre est assumée : la souveraineté industrielle, oui mais au service d’une montée en gamme rapide, capable de produire des emplois qualifiés et mieux rémunérés. Et pour y parvenir, il martèle une triade qui résume sa doctrine : Made in Morocco pour la pro- duction, Invented in Morocco pour l’innovation, et la marque marocaine pour capter la prime la plus rémunératrice qui, au-delà des usines, donne le pouvoir de décider. ◆
récente, puisqu’il y a quelques années encore, «importé» était souvent synonyme de qualité. Aujourd’hui, le Made in Morocco s’affiche «avec fierté», y com- pris dans les banques et la grande distribution. Mais cette visibilité attire aussi des abus : certains opérateurs à l’étranger utiliseraient l’étiquette «Made in Morocco» sur des produits qui ne le sont pas, phénomène observé au départ sur des pro- duits du terroir, puis au-delà. D’où une logique de reprise en main, avec comme objectif de donner au Made in Morocco des critères. Le ministre cite un seuil de 40% d’intégration locale ou un certain degré d’innovation au Maroc, tout en rappelant qu’en Europe, le critère d’accès peut être de 55% d’intégration locale (après avoir été plus élevé). Le but est de transformer une ori- gine en label de confiance et en outil de positionnement. Parallèlement, Mezzour déplace le débat également vers l’im- matériel. La souveraineté ne se joue pas uniquement dans l’usine, mais dans la marque. L'exemple choisi est la sardine en boîte. Le Maroc serait pre- mier exportateur mondial sur ce produit, mais sans marques internationales fortes; un opéra- teur marocain, explique-t-il, a dû acheter une marque aux États- Unis pour capter la valeur. Et il détaille la mécanique : dans une boîte «marocaine» entrent des
dépendances (énergie, intrants, équipements), tandis que la valeur la plus rémunératrice devient la prime de marque, davantage que la prime de pro- duction. Fonds 2022, centres tech- niques et «IP marketplace» Sur l’innovation industrielle, Ryad Mezzour décrit une archi- tecture en «layers». D’abord, neuf centres techniques, regrou- pés, installés à proximité de zones industrielles qui offrent un espace mutualisé pour tes- ter, prototyper et développer. Pour financer leur autonomie, ils peuvent intervenir sur des contrôles qualité liés aux impor- tations. Selon lui, 350 ingénieurs sont mobilisés dans cet éco- système. Ensuite, un Fonds de soutien à l’innovation, lancé en 2022 avec la CGEM, et structuré en trois étages : • Études, ingénierie, brevets: l’État finance 80% des frais, pla- fonné à 1 million de dirhams par projet. • Prototype/maquette : finan- cement jusqu’à 60%, plafond 4 millions de dirhams, avec parrai- nage requis d’un industriel réa- lisant au moins 10 millions de dirhams de chiffre d’affaires. • Ligne pilote d’industrialisa- tion : subvention jusqu’à 30%, plafond 5 millions de dirhams. Au-dessus, une «IP market- place» portée par l’OMPIC, avec au menu une mise en relation
d’innovations, de centres de recherche, de moyens mutuali- sables et d’opportunités issues de brevets tombés dans le domaine public, convertibles en projets industriels. Compétitivité, IDE et «fit» industriel Sur les risques de départ de mul- tinationales, le ministre reven- dique une ligne : pas de procédés «déloyaux», pas de manipulation compétitive via la monnaie; la protection passe par la capacité à être meilleur. «Notre seul moyen (…) c’est d’être compétitif», dit- il, en citant la densification des écosystèmes, l’innovation et la formation. L’automobile sert de vitrine. Ryad Mezzour explique
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