ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
Retour des pluies L’étau économique se desserre Les précipitations abondantes de cette saison ont mis fin à un cycle de sécheresse qui pesait lourdement sur l’économie nationale. Cette situation favorable améliore les perspectives de croissance à court terme, mais montre également combien la trajectoire économique du Royaume reste suspendue à la variabilité climatique. Par D. William
budgétaire. Ensuite, elles viennent renforcer les prévisions de crois- sance autour de 5% en 2026, portées à la fois par la reprise agricole et par la bonne tenue des secteurs non agricoles (industrie, BTP et services) dopés par l’in- vestissement et les grands chan- tiers d’infrastructures. Mais ce sursaut hydrique ne doit pas masquer la fragilité du modèle économique actuel. La dépen- dance de la croissance marocaine au climat est bien présente, quand bien même elle a été atténuée par la progression du PIB non-agri- cole. Standard Chartered anticipe d’ailleurs une croissance de 4,5% en 2026 tirée principalement par les services et l’industrie, preuve que la diversification avance. Toutefois, le secteur agricole conserve un pouvoir de pertur- bation élevé sur l’ensemble des indicateurs macroéconomiques. Les précipitations abondantes enregistrées par le Royaume ren- forcent aussi une autre lecture : la politique des barrages et des infrastructures hydrauliques a per- mis de capter efficacement l’abon- dance pluviométrique. Plusieurs ouvrages sont aujourd’hui rem- plis à 100%. Cette capacité de stockage protège l’approvision- nement en eau potable, sécurise l’irrigation et réduit la vulnérabilité immédiate. Mais elle pose aussi une question de gouvernance : comment gérer cette ressource dans la durée, face à des cycles climatiques de plus en plus erra- tiques ? Car l’épisode 2025-2026, aussi favorable soit-il, reste exception- nel après sept années de séche- resse quasi continue. La tentation serait grande d’y voir un retour durable à la normale. Mais l’his- toire récente invite plutôt à la pru- dence. Le changement climatique accroît la fréquence des chocs, alternant périodes de stress hydrique sévère et épisodes de précipitations intenses. La sécu- rité hydrique devient ainsi une variable stratégique de la sécurité économique. Et tant que l’agricul- ture restera fortement tributaire de la pluviométrie, la croissance marocaine conservera une part d’imprévisibilité. ◆
Le taux de remplissage des barrages dépasse 55%, avec des réserves en eau de plus de 9 milliards de m³.
A
près une longue sécheresse, le Maroc connaît actuellement une belle embellie hydrique. Avec un taux de remplissage des barrages qui dépasse 55% et des réserves en eau de plus de 9,26 milliards de m³ au 28 janvier, le pays retrouve une marge de manœuvre que beaucoup n’osaient plus espérer il y a encore un an. Rappelons qu’à la même période en 2025, les stocks étaient inférieurs de près de moitié. Cette bascule quan- titative est d’abord un fait cli- matique. Mais ses répercussions sont économiques, budgétaires et sociales. Car au Maroc, l’eau reste le pre- mier carburant de la croissance. En effet, l’amélioration des res- sources hydriques reconfigure immédiatement la campagne
agricole. Les semis ont été rattra- pés, les emblavures étendues, les pâturages régénérés et la recons- titution du cheptel engagée dans de meilleures conditions. Le haut- commissariat au Plan (HCP) table ainsi sur une progression de plus de 10% de la valeur ajoutée agri- cole en 2026. Ce seul chiffre suffit à rappeler une réalité structurelle: malgré la montée en puissance des secteurs non agricoles, la tra- jectoire du PIB national demeure sensible au ciel. Une bonne plu- viométrie accélère la croissance, alors qu’une sécheresse la com- prime. Le Maroc vit donc encore au rythme de cette variabilité. Cette dépendance s’explique par le poids économique et social de l’agriculture. Elle représente autour de 13% du PIB en moyenne et emploie près de quatre actifs sur dix, principalement en milieu rural. Quand la campagne agricole est bonne, l’ensemble de la demande intérieure s’en ressent. Quand elle est mauvaise, la croissance ralen-
tit, les revenus ruraux chutent, les tensions sociales s’exacerbent et l’Etat est appelé à intervenir. Les années de sécheresse récente en ont donné une démonstration coûteuse. Plans d’urgence, sub- ventions à l’alimentation du bétail, aides directes aux agriculteurs ou encore importations massives de céréales sont autant de filets de sécurité budgétivores qui ont été déployés. Rien qu’en 2022, le plan anti-sécheresse mis en œuvre a mobilisé 10 milliards de dirhams. Ces dépenses imprévues pèsent sur le déficit, mobilisent des res- sources qui auraient pu être orien- tées vers l’investissement produc- tif et réduisent les marges budgé- taires de l’Etat. Un modèle encore fragile C’est dire que que les précipita- tions actuelles offrent donc un double dividende. D’abord, elles soutiennent directement la pro- duction agricole et contribuent indirectement à la consolidation
Quand la campagne agricole est mauvaise, la croissance ralentit, les revenus ruraux chutent, les tensions sociales s’exacerbent et l’Etat est appelé à intervenir.
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