ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
Pluies abondantes Un choc de croissance pour l’économie marocaine Après plusieurs années de sécheresse sévère, le retour de pluies abondantes redonne de l’oxygène à l’économie marocaine. Si ce contexte favorable agit comme un puissant amortisseur conjoncturel, il remet aussi en lumière la dépendance persistante du modèle économique national à la pluviométrie et l’urgence d’en transformer les bénéfices immédiats en leviers de résilience durable. Par R. Mouhcine
souligne-t-il, tout en rappelant que cette dynamique reste, à ce stade, largement conjoncturelle. La valeur ajoutée agricole pour- rait progresser de plus de 10% en 2026, contribuant de manière décisive à la révision à la hausse des prévisions de croissance globale, désormais proches de 6% dans certains scénarios. L’un des effets les plus atten- dus de cette reprise agricole concerne l’évolution des prix alimentaires. Après plusieurs années de fortes tensions, ali- mentées à la fois par la séche- resse, la hausse des coûts de production et les chocs interna- tionaux, l’amélioration de l’offre locale ouvre la voie à une modé- ration progressive des prix des produits frais. Légumes, fruits, légumineuses et fourrages devraient bénéficier directement de cette abondance relative, avec des effets indirects sur les prix des viandes et des produits laitiers. Mohammed Jadri tempère tou- tefois l’enthousiasme. «L’impact sur l’inflation globale restera partiel» , explique-t-il, rappelant que les céréales demeurent lar- gement dépendantes des mar- chés internationaux et que les coûts de transport, d’énergie et de distribution continuent de peser sur le coût de la vie. La détente observée devrait donc se concentrer sur l’inflation ali- mentaire domestique, sans effa- cer les tensions structurelles plus profondes. Un répit pour les finances publiques La baisse attendue des impor- tations céréalières constitue un autre levier important. Une bonne campagne permet d’allé- ger la facture en devises, qui a lourdement pesé sur la balance commerciale ces dernières années. Une réduction même partielle des volumes importés de blé tendre et d’orge peut représenter plusieurs milliards de dirhams d’économies, contri- buant à préserver les réserves de change. Sur le plan budgétaire, les effets sont également positifs,
Historiquement, les bonnes campagnes agricoles jouent un rôle crucial sur le marché du travail rural.
L
es précipitations abondantes enregistrées depuis la fin de l’an- née 2025, prolongées en janvier 2026 par des épisodes de pluie, de neige et de froid, constituent un tournant après plusieurs cam- pagnes agricoles marquées par un stress hydrique prolongé. En l’espace de quelques semaines, les indicateurs hydrauliques ont connu une amélioration specta- culaire. Le taux national de rem- plissage des barrages a franchi, pour la première fois depuis plu- sieurs années, le seuil symbo- lique des 50%, avec plus 9 mil- liards de mètres cubes stockés à la fin janvier. Dans certaines régions du Nord et de l’Orien- tal, plusieurs barrages ont atteint ou frôlé leur capacité maximale, tandis que même des ouvrages
stratégiques longtemps sous tension, comme Al Massira, ont enregistré une progression, certes modeste mais significa- tive. Cet apport hydrique massif équivaut, selon les autorités, à une année supplémentaire d’ap- provisionnement en eau potable pour plusieurs régions. Au-delà de l’enjeu hydraulique, il a sur- tout déclenché un puissant effet de confiance, tant chez les agri- culteurs que chez les acteurs économiques. L’agriculture reste le principal canal de transmission vers la croissance Premier bénéficiaire de cette séquence pluvieuse, le secteur agricole redevient un moteur
de l’activité. Les projections de production céréalière pour la campagne 2025-2026 ont été nettement révisées à la hausse, autour de 80 millions de quin- taux, contre des scénarios qui tablaient auparavant sur des volumes bien plus modestes. Le maraîchage, les légumi- neuses, les cultures arboricoles, mais aussi les parcours pas- toraux, profitent pleinement de la recharge des nappes phréa- tiques et de l’amélioration des conditions climatiques. Pour l’économiste Mohammed Jadri, l’effet macroéconomique est déjà perceptible. « Sur le plan macroéconomique, l’ef- fet se traduit d’abord par une contribution plus favorable de l’agriculture à la croissance» ,
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