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ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026

Retour des pluies «Un soulagement majeur pour l’économie marocaine»

surtout visible sur l’inflation alimentaire domestique, sans pour autant effacer totalement les tensions structurelles qui pèsent sur le coût de la vie. F. N. H. : La baisse atten- due des importations de céréales est souvent citée comme l’un des princi- paux bénéfices de cette pluviométrie. Quel impact concret cela peut-il avoir sur la balance commerciale du Royaume en 2026 ? M. J. : Une bonne campagne céréalière peut effectivement alléger de manière significative la facture des importations, qui a fortement pesé sur la balance commerciale ces dernières années. Une réduction même partielle des volumes importés de blé tendre et d’orge peut représenter plusieurs milliards de dirhams d’économies en devises, ce qui contribue à améliorer le déficit commercial et à préserver les réserves de change. Cependant, il convient de res- ter prudent. Le Maroc restera structurellement importateur net de céréales, notamment pour sécuriser son approvi- sionnement. L’impact posi- tif sera donc réel mais limité dans le temps. L’enjeu princi- pal est d’utiliser cette marge de manœuvre conjoncturelle pour renforcer la sécurité ali- mentaire, diversifier les cultures et améliorer la productivité afin de réduire, à moyen terme, la dépendance vis-à-vis des mar- chés extérieurs. F. N. H. : Cette amélio- ration de la production agricole peut-elle contri- buer à réduire le déficit budgétaire, notamment via une diminution des subventions alimentaires? Dans quelles proportions réalistes ? M. J. : Une amélioration de la production nationale peut effectivement réduire le coût budgétaire des subventions, en particulier celles liées à la farine nationale de blé tendre et à

Après plusieurs années de sécheresse sévère, le retour de pluies abondantes redonne de l’oxygène à l’économie marocaine. Dans cet entretien, l’économiste Mohammed Jadri analyse avec prudence les bénéfices réels de cette embellie et décrypte ce que cette séquence climatique favorable peut, comme ne peut pas, changer durablement le modèle économique du Royaume.

Propos recueillis par R. Mouhsine

Finances News Hebdo : Après plusieurs années de stress hydrique, cette année pluvieuse peut-elle constituer un tournant pour l’économie maro- caine ? Peut-on déjà par- ler d’un effet macroécono- mique tangible ? Mohammed Jadri : Cette année pluvieuse constitue indéniable- ment un soulagement majeur pour l’économie marocaine après plusieurs campagnes marquées par une sécheresse sévère. À court terme, on observe déjà des signaux posi- tifs, notamment une amélioration des perspectives de production agricole, une reconstitution par- tielle des réserves hydriques et un regain de confiance dans les zones rurales. Sur le plan macroéconomique, l’effet se traduit d’abord par une contri- bution plus favorable de l’agri- culture à la croissance et par une atténuation des pressions inflationnistes liées aux produits alimentaires.

Cela étant dit, il est encore pré- maturé de parler d’un véritable «tournant structurel». Il s’agit avant tout d’un effet conjonc- turel positif, qui permet de cor- riger partiellement les déséqui- libres accumulés ces dernières années. Le véritable enjeu reste la capacité à transformer cet épisode favorable en opportu- nité pour renforcer la résilience du modèle agricole et réduire durablement la vulnérabilité de l’économie aux aléas clima- tiques. F. N. H. : Sur le plan des prix alimentaires, observe-t-on un lien direct entre l’amé- lioration de la campagne agricole et la détente de l’inflation ? Quels produits sont les plus concernés selon vous ? M. J. : Le lien entre une bonne

campagne agricole et la détente de l’inflation alimentaire est rela- tivement direct au Maroc. Une amélioration de l’offre locale permet de réduire la pression sur les prix, en particulier pour les produits frais fortement dépendants des conditions cli- matiques. On peut déjà s’at- tendre à une modération des prix des légumes, des fruits, des légumineuses ainsi que de certains produits fourragers, ce qui aura un effet indirect sur les prix des viandes et des produits laitiers. Toutefois, l’impact sur l’infla- tion globale restera partiel. Les céréales, par exemple, restent encore en grande partie dépen- dantes des marchés internatio- naux, et les coûts de trans- port, d’énergie et de distribution continuent d’influencer les prix. La détente observée sera donc

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