ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
La saison pluvieuse contribuera à limiter l’exode rural et à soutenir les revenus des ménages agricoles.
certains produits de base. Si les prix à l’importation baissent et si l’offre locale est suffisante, l’État peut limiter ses interven- tions compensatoires, ce qui allège la charge de la Caisse de compensation. Néanmoins, l’effet restera modéré. Les économies réali- sées dépendront fortement de l’évolution des cours internatio- naux et des choix de politique publique en matière de protec- tion du pouvoir d’achat. Dans un scénario réaliste, on peut s’attendre à une réduction par- tielle du déficit budgétaire, de l’ordre de quelques dixièmes de point de PIB, mais certainement pas à un changement radical de la trajectoire des finances publiques. F. N. H. : Du point de vue de l’emploi, quelles retom- bées peut-on anticiper sur le marché du travail rural? Peut-on espérer une sta- bilisation, voire une créa- tion nette d’emplois dans certaines filières ? M. J. : Une bonne campagne agricole a traditionnellement un effet très positif sur l’emploi rural. Elle permet non seulement de stabiliser les emplois exis- tants, mais aussi de créer des emplois saisonniers dans les filières céréalières, maraîchères, arboricoles et dans l’élevage. Cela contribue à limiter l’exode rural et à soutenir les revenus des ménages agricoles.
Toutefois, ces créations d’em- plois restent souvent tempo- raires et fortement dépendantes du cycle agricole. Le véritable défi est de transformer cette dynamique conjoncturelle en opportunités de structura- tion durable de l’emploi rural, notamment à travers l’agro- industrie, la valorisation locale des produits et le développe- ment de chaînes de valeur plus intégrées. F. N. H. : Dans quelle mesure la bonne tenue du secteur agricole peut-elle jouer un rôle d’amortis- seur pour l’ensemble de l’économie, notamment dans un contexte interna- tional encore marqué par des incertitudes ? M. J. : Le secteur agricole joue un rôle central de stabilisateur macroéconomique au Maroc. Une bonne campagne permet de soutenir la croissance glo- bale, de contenir l’inflation ali- mentaire, de réduire les impor- tations et de renforcer les reve- nus ruraux, ce qui stimule la demande intérieure. Dans un contexte international incertain, marqué par des tensions géo- politiques et une volatilité des marchés, cet effet amortisseur est particulièrement précieux. Cela dit, cette fonction d’amor- tisseur a ses limites. Une écono- mie trop dépendante de l’agri- culture reste vulnérable aux chocs climatiques. D’où l’impor-
tance de poursuivre la diversifi- cation économique et de renfor- cer les secteurs industriels et de services afin que la croissance ne repose pas excessivement sur un facteur aussi aléatoire que la pluviométrie. F. N. H. : Peut-on s’at- tendre à une révision à la hausse des prévisions de croissance économique pour 2026 grâce à cette dynamique agricole ? Quels seraient, selon vous, les principaux canaux de transmission vers le reste de l’économie ? M. J. : Il est très probable que les institutions nationales et internationales révisent légèrement à la hausse leurs prévisions de croissance pour 2026 si la bonne campagne se confirme. L’agriculture pourrait redevenir un moteur important de la croissance, après plu- sieurs années de contribution négative ou faible. Les principaux canaux de transmission sont bien identi- fiés : hausse de la valeur ajou- tée agricole, amélioration des revenus ruraux, stimulation de la consommation intérieure, réduction des importations ali-
mentaires et allègement des pressions inflationnistes. À cela s’ajoutent des effets indirects sur l’agro-industrie, le transport et le commerce, qui bénéficient également de la reprise de l’ac- tivité agricole. F. N. H. : Plus largement, cette séquence climatique favorable remet-elle en perspective la question de la dépendance de l’écono- mie marocaine à la pluvio- métrie ? Faut-il y voir un soulagement conjoncturel ou un signal pour accélérer les réformes structurelles ? M. J. : Cette séquence clima- tique favorable doit être inter- prétée avant tout comme un soulagement conjoncturel, mais aussi comme un rappel très clair de la vulnérabilité structu- relle de notre modèle écono- mique. Elle montre à quel point la croissance, l’emploi et l’infla- tion restent encore fortement corrélés à la pluviométrie. À mon sens, c’est surtout un signal fort pour accélérer les réformes structurelles : moder- nisation de l’irrigation, gestion durable de l’eau, diversification des cultures, montée en gamme de l’agriculture et renforcement des secteurs non agricoles. L’objectif stratégique doit être de construire une économie plus résiliente, capable de main- tenir une trajectoire de crois- sance stable indépendamment des aléas climatiques. ◆
Le véritable enjeu reste la capacité à trans- former cet épisode favorable en opportunités pour renforcer la résilience du modèle agri- cole et réduire durablement la vulnérabilité de l’économie aux aléas climatiques.
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