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ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026

Entrepreneuriat féminin De la dynamique de création au défi de la croissance L Le nombre d’entreprises créées en 2024 s’établit à 95.673, avec une part dirigée par des femmes qui stagne autour de 15%. Malgré les initiatives, stratégies et programmes mis en place, le plafond de verre de l’entrepreneuriat féminin est plus coriace qu’il n’y paraît. Par J. M.

es données fournies par l’Obser- vatoire marocain de la TPME (OMTPME) dans son rapport annuel font état d’une dynamique positive de la création d’entreprise observée depuis 2017. Le nombre d’entreprises créées en 2024 s’est établi à 95.673, en progression de 2% par rapport à l’année précé- dente. Il faut dire que des dispo- sitifs ont été mis en place pour rendre la création d’entreprise accessible à tous (du moins ses formalités administratives), grâce à la dématérialisation des services administratifs depuis la plateforme Direct Entreprise. Malgré ces améliorations notables, l’entrepreneuriat féminin semble se heurter à un plafond de verre. En effet, depuis 2020, sa part dans le paysage entrepreneurial a toujours oscillé autour des 15%. Sur les 388.446 entreprises recensées en 2024 et pour lesquelles les don- nées relatives au genre ont été identifiées par l’Observatoire, il en ressort que 60.636 sont gérées par des femmes, soit un pourcentage de 15,6%. Pour Keltoum Houssni, entrepre- neure et fondatrice de HJInnovation, avec « 15,6% d’entreprises dirigées par des femmes fin 2024 (un chiffre stable depuis 2020), le constat est clair : l’entrepreneuriat féminin au

le secteur de «la santé humaine et l’action sociale» , qui affiche un pourcentage de 43,1%, en hausse de 28,2% par apport à l'année 2023. Le secteur de « l’enseigne- ment» a représenté une part de 30,2%, en hausse également de 11,5% par rapport à l’année pré- cédente. Ces 3 sections ne repré- sentent néanmoins que 10% de l’effectif total des EPMA dirigées par des femmes. Les secteurs de la construction et des industries extractives affichent des parts res- pectives de 8,2% et 6,8%. L’entrepreneuriat féminin aura donc réussi sa démocratisation pour être représenté dans tous les domaines de l’économie maro- caine. L’étape suivante résidera dans la capacité de ces entre- prises dirigées par des femmes à croître et à être pérennes. Dans ce cadre, l’enjeu principal reste de créer un environnement favorable à leur développement. Un impératif de transition «Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus de convaincre les femmes d’entre- prendre, elles entreprennent déjà. L’enjeu est de leur permettre de grandir, de passer de micro-initia- tives à de vraies PME capables de recruter, d’innover et d’exporter, car l’écosystème ne permet pas encore aux projets féminins de se transformer en entreprises solides et en croissance. Cette dernière vient grâce au financement, à l’ac- cès aux marchés et à un accompa- gnement vers le scale. Passer de la

Maroc avance, mais il n’accélère pas. Nous avons gagné en visibili- té, en engagement institutionnel, et les femmes sont plus nombreuses à entreprendre. Mais la stagnation montre que nous sommes face à un plafond structurel» . L’ensemble des régions ont connu une hausse du nombre d’entre- prises dirigées par des femmes durant l’année 2024. Mais des progressions plus marquées ont été observées dans la région de Béni Mellal-Khénifra (22,2%), de Marrakech-Safi (10,2%) et de l’Oriental (6,5%). L’analyse par région a également fait ressortir qu’à Marrakech-Safi, 18,4% des entreprises personnes morales actives (EPMA) sont dirigées par des femmes, ce qui représente la part la plus élevée en 2024. Les proportions sont respec- tivement de 17,9% et 16,2% dans les régions de Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat.

création à la croissance nécessite un accompagnement ciblé sur la vente, le cash-flow, la structuration et la montée en gamme», souligne Houssni. «Autre point important, la valorisa- tion des success stories féminines et le renforcement de leur crédi- bilité économique brisent les sté- réotypes et attirent investisseurs et partenaires. La simplification des démarches administratives et la digitalisation des processus permettent aussi de réduire les obstacles et d’augmenter le taux de survie des entreprises », ajoute- t-elle. Une transition de l’environne- ment entrepreneurial féminin est donc impérative. Elle permettrait à ces entreprises dirigées par des femmes de grandir et de solidi- fier leur présence. Un besoin que semblent avoir compris l’Etat et la société civile. En témoignent les différentes stratégies, initiatives et programmes d’accompagnement mis en place. Au sein de l’Association des femmes cheffes d’entreprises (AFEM) par exemple, de nombreux programmes ont vu le jour, notam- ment « She Learn», qui propose des

Une présence sectorielle diversifiée

S’il y a quelques années, les entre- prises dirigées par des femmes évoluaient dans les secteurs tra- ditionnels tels que l’artisanat, l’ar- gan, le tourisme ou l’économie sociale, l’entrepreneuriat féminin est désormais présent dans tous les pans de l’économie nationale. Il a représenté une part de 45% dans la section des «autres activités de services» , avec un attrait marqué pour le domaine de la coiffure et des soins de beauté. Vient ensuite

Sur un effectif de 120.391 EPMA ayant contracté un crédit, 17.744 sont dirigées par des femmes, soit 14,7% du total contre 14,6% en 2023.

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